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Un coin du 9.3 dans les années 60
Qu’est-ce que tu crois ? Qu’avant toi il n’y avait rien ?
Aujourd’hui dans l’9.3, tu t’l’as racontes de trop
Le javanais en verlan, tu le parles bien ?
Alors, zavivava vala saveclave, oh !
Dans les années 60, pas de violence pour exister !
Mes potes, c’est Baziz, Eric, Smaïn, Nicole,
Hocine, Charles, Karim, Pascal, Mamadou, Enrique,
Méziane, Serge, Saléha, tu vois un peu le bol !
Notre cité s’appelle Saint-Just, qui ça ?
Trois bâtiments qui se suivent à la queue leleu
« Devant », c’est le parking, deudeuche, DS, Simca,
« derrière », c’est balançoires et espace pour footeux !
On joue « derrière », entre immeuble et mur de jardins
Quand le ballon s’envole par-dessus, ailleurs
Il faut bien aller le chercher chez les voisins
Courte-échelle, saut et retour ; au moins mille heures !
Le Tour de France fait étape dans l’bac à sable
Les billes roulent sur les routes jaunes du Mont Vantoux
Les Dinky et les Norev suivent impeccables
Maillot jaune et peloton la jouent roue dans roue
Blanc-Mesnil accueille la coupe du monde de football !
Les grands favoris, bien sûr, c’est nous, les « Saint-Just »
Ceux des Tilleuls auraient dû rester dans leur hall
On a gagné vingt quatre à vingt et un, juste !
Au match retour, on traverse tout Blanc-Mesnil
On arrive crevés aux Tilleuls, l’ennemi, c’est eux…
On s’est pris une grosse raclée, Chef-d’œuvre en péril !
On s’en fout, on était des potes respectueux
Les futurs pros jouent au club des « cur’tons », l’Etoile
ou au CSBM, le club rouge des Cocos
un dimanche, les clochent sonnent à tendre les voiles
le suivant, c’est l’International qui a bon dos…
Dans notre cité, faut écouter l’aîné
Malheur à celui qui traîne après sept heures
Grand frère l’attend devant la cage d’escalier
Pour filer une volée aux merdeux… déshonneur !
Ados, on aime les mobs, surtout les Peugeot
Tu crames le pot, tu dépassais l’mur du son
Ça sent la démerde, quand t’as pas le gauche, tu prends l’droit
On fonce sur nos bleus 103, la tête dans l’menton
Même pauvres, on a plein de télés… récupérées
Elles ne fonctionnent pas, mais ça, on s’en fout
C’est pour, à coups de marteaux, les exploser
Ça fout les j’tons, dans les caves, on s’éclatait !
La télé d’alors est comme nous, noir et blanc,
Avec des nuances que personne ne perçoit
Cathos, muslims ou feujs, on s’casse pas les dents
Au nom de grandes causes, d’un drapeau, de relais…
On n’avait pas grand’chose, mais on ne manquait de rien
Nos parents étaient fonctionnaires, ouvriers
C’était peut-être notre chance, si on regarde bien,
D’ignorer ce chômage qui fait tant dévier…
A la télé, le plus violent c’était Zorro
Côté hémoglobine, depuis, on a fait mieux
il me prêtait son masque et je filais sur Tornado
Aujourd’hui, trop de monstres immondes à jeter au feu
Ce n’était pas le paradis, mais pas l’enfer
Aujourd’hui, tout devient grave et tombe à l’eau
Faudrait quand même pas qu’on vienne à manquer d’air
Ça serait vraiment trop, faire plaisir aux fachos !
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