LES MARIES DU DARFOUR
par Aubin Teo
II. Une histoire hors normes.
__J'habitais un immense appartement, au sommet d'un haut building de Berlin. J'avais vingt-neuf ans. Et j'avais de l'argent.
__Je gagnais bien ma vie. Mais j'étais – aussi et surtout – le fils unique et bien-aimé, d'un père et d'une mère richissimes.
__Qui sont mes parents ? Cela n'a aucune importance. Qui sont les parents d'Amanda ? Cela n'a aucune importance non plus.
__Néanmoins, et bien curieusement, la famille d'Amanda était tout aussi fortunée que la mienne.
__J'ai beaucoup de mal à légitimer la fortune. J'ai beaucoup de mal à légitimer la misère. Alors j'essaie de me convaincre, à contrecœur, que notre civilisation n'aurait pu se développer autrement.
__Grandir dans l'opulence peut être une plaie. Grandir dans l'opulence peut être une chance. Il est dommageable cependant, que la chance des uns éclipse les efforts herculéens des autres.
__La plupart de mes camarades de second cycle – Master of European Governance and Administration – étaient issus de familles plus qu'aisées. Réussir de prestigieuses études, sans avoir reçu, à sa naissance, les clés des hautes portes, relève du miracle.
__Par la vue panoramique de ma tour de verre, je voyais le cœur de la ville, et même bien au-delà.
__Je contemplais les lueurs de l'aurore et les braises du crépuscule. J'observais la valse des saisons et l'imposture de la sueur.
__Notre époque, fait-elle notre bonheur ?
__Très vite, lorsque j'étais de retour d'Afrique Noire, Amanda prit l'habitude de venir vivre chez moi.
__Tous deux étions liés par un amour hypnotique. Pour moi, rien n'existait à part elle. Pour elle, rien n'existait à part moi.
__Nous vivions pour vivre ensemble. Amanda et Dimitri. Dimitri et Amanda.
__Les premiers soirs de nos retrouvailles, nous les passions tout seuls tous les deux, tout seuls en amoureux.
__Les jours suivants, nous organisions de grandes fêtes avec tous nos amis. Nos amis, ils ont tous perdu une sœur, quand Amanda nous a quitté.