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10 jours de politique-fiction totalement déjantée (XIII)


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#1 Paname

Paname

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Posté 25 novembre 2009 - 07:48


L’Elysée, passation des pouvoirs, 11 heures…


Ça y est ! Il n’est plus président en exercice !
Pour France Info, il sera toujours le Président Jacques Chirac.
Pour les Français, il est désormais monsieur Chirac, Jacques.
Il salue, le sourire automatique, par la vitre arrière de la C6.
Pas exactement le même sourire qu’en 95.
D’ailleurs, pas un journaliste à moto pour tenter de l’interviewer !
Seule une caméra a consenti le dur sacrifice consistant à laisser
ses consoeurs se partager le raout élyséen, tout en flons flons militaires, discours présidentiel, partition familiale et petits fours démocratiques. Et à se dévouer pour couvrir le repli de l’ex président allant faire retraite sur le fauteuil Voltaire du Quai Hariri.
Comme si on avait peur qu’il se perde !
Ou peut-être...qu’il ne s’échappe ?

La passation des pouvoirs avait été d’autant plus brève que leur dernier entretien ne remontait qu’à trois heures ce même matin.
Et très conviviale, dès lors que tout enjeu politique était évacué depuis longtemps.
Il y avait même eu place pour la grosse artillerie des blagues à deux balles.
Ne te laisse surtout pas noyer par les problèmes, Nicolas !
Il va te falloir apprendre à surfer sur la vague !
Ne te résigne jamais à couler, apprends à surnager !
N’hésite jamais à faire la planche !
Ne t’inquiète pas pour moi, Jacques, tu sais bien que je suis… insubmersible !
Ah, ha, ha, ha, ha, ha…Allez, à cheval ! Ah…ça sent l’écurie !
Au revoir, Nicolas. Et sincèrement bonne chance.
Merci, Jacques. Au revoir. Je t’appellerai de temps en temps.
Quand tu veux. Et si tu veux lever l’ancre, tu sais que je suis
amarré tout près, hein ? Je loue un anneau au Quai Voltaire !


Quai Voltaire, midi…


- Le Quai Voltaire…Nous y sommes, Bernadette !
- Hou là là… ! Ça a l’air d’un triste, dis donc ! Va falloir changer tout ça !
- Heu…non…Vous savez qu’on paie, maintenant…Finalement, ça peut attendre …D’ailleurs, on n’est que locataires, hein ?…
- Regardez, Jacques, ils nous ont dressé la table !
- Et il y a même du champagne au frais sur la desserte ! Ah, il n’y a pas à dire, ces Hariri ont le sens du tact et de l’hospitalité, conclue Chirac en laissant égoutter dans le seau étincelant une bouteille de Pol Roger.
Eh bien il serait impoli de ne pas l’ouvrir…Nous allons boire à
leur santé, et surtout à la nôtre…Vous prendrez bien une coupe, Bernadette ? A propos, je n’ai pas vu Baroin à la maison tout à l’heure…
- La maison, Jacques, c’est ici maintenant ! Faites-vous y donc !
- J’entends bien…L’avez-vous vu, oui ou non ?
- Euh…non. Marie non plus, d’ailleurs…
- Après toute cette semaine, et cette dernière petite nuit, il a peut-être décidé que Sarko l’avait assez fatigué comme ça, et qu’il saluerait l’avènement du nabot depuis son lit et sa télé… Je l’appelle !
Allo Beauvau ? Ici Chirac…Bonjour. Merci…Merci, c’est gentil…Pourriez-vous me passer le ministre s’il vous plaît ?...Ah bon ?...Pas vu depuis qu’il s’est envolé avec Fillon…Je vous remercie.
Voyons chez lui………Allez…décroche...!
Eh bien !...Il a le sommeil lourd, mon petit Baroin…

Une demie heure plus tard, il remet ça. Sans succès.
Bizarre, ça…ça ne lui ressemble vraiment pas…Un jour comme aujourd’hui, quand même…Il ne devrait prendre aucun risque à la légère…On m’a bien tiré dessus, moi !...
Faut dire que dans la foule, moi, j’émerge ! La cible est visible !
Bon…Ben…Et sa femme non plus n’est pas là ?
C’est pourtant plus son boulot à la télé qui l’écrase…
Quand même, encore sous la couette à l’heure de l’apéro…
Ils aiment ça, les petits Baroin, dis donc !…Ils ont bien raison !
A peine le portable reposé, le voilà qui se manifeste de nouveau.
- Allo, oui. Ici Chirac !
Q…Qu…Quoi ?... Edouard ?...Vous ?...Vous os… ? Vous osez ?
Comment ça, vous aussi vous avez connu ça ?...Hein ?...Et pourquoi voulez-vous que je sache que vous pensez bien à moi ?....Vous êtes sûr que c’est bien à MONSIEUR Chirac, que vous pensez, Edouard ? commence à sérieusement s’ échauffer Chirac. Le ton monte dangereusement, et Balla, bien emmerdé, est tout content de ne plus entendre parler de Bernie, mais de quinze millions d’euros.
Mais là, il ne comprend plus rien. Absolument plus rien !
Alors non seulement il sait que je l’aime, mais c’est lui notre
maître chanteur ?
Qu’il me fasse chanter, moi, passe encore, quoique le procédé tienne plus d’un Rastignac corrézien que d’un honnête homme, sinon XVIIème siècle, du moins XVIème arrondissement…
Mais oser faire chanter sa femme !
Quel rustre ! Quel butor ! Quel maquignon ! C’est vrai qu’il a toujours aimé le cul des vaches ! Et des vaches à lait, on dirait donc !
Alors tout ça, il le lui dit ! Clairement. Sèchement. Crûment.

On se lance des noms d’oiseaux, et des espèces les plus rares. On se conjure, se conspue, se conchie. On part à l’abordage, on est dans le déballage, on frôle l’étripage, mais pile avant l’irréparable, dans le cerveau de Chirac, un déclic se déclenche. Des claques, qu’il mérite !
Le Grand se fait tout petit.
- Moi, vous faire chanter ? Mais comment pouvais-je savoir ? J’étais même à mille lieues de seulement imaginer…
Quant à faire chanter Bernadette !! Pour qui me prenez-vous donc, Edouard ? Je vais vous dire une bonne chose, moi ! C’est moi, qu’on fait chanter !
- Non, c’est moi !
- Non, moi !
- Non, moi ET elle !
- Mais enfin, bordel, vous voulez des preuves ? Je vous dis que
j’ai fait verser moi aussi quinze patates d’euros à B. !
Oui, à E.B. ! Qui m’a par la suite signé une reconnaissance « Edouard Balladur » en toutes lettres. Vous me croyez, oui ou merde, ou vous voulez absolument la voir, cette lettre !
- Comparez donc la signature avec la mienne, Jacques. Vous verrez bien que ce ne peut-être que quelqu’un d’autre que moi !
- Et moi, vous me voyez vous piquer quinze briques, pour aller illico les refiler à un autre ? Réfléchissez un peu ! Je ne fais chanter personne ! Si moi je suis cocu, vous, vous êtes d’un ridicule consommé, Edouard !
- Et moi non plus, je ne fais chanter personne! Et vous le savez bien : les signatures, Jacques, les signatures !
Mais Chirac n’est déjà plus avec son interlocuteur. Il gamberge sec !
Alors B. n’est pas Balladur ! En fait, il l’avait toujours su !
B. ne peut plus être Balladur ! Sur ce point, Baroin s’était planté. Mais qui est donc ce putain de B. ?
Ah…si je m’écoutais…je demanderais bien à mon petit Baroin de remettre l’ouvrage sur le métier, et de reprendre sa petite enquête à zéro…
Aaaaah, ce brave petit Baroin !...Mon petit Baroin……Mon petit Bar……Mon petit Ba……Mon petit B….B….Ba…Bar……

BAROIN !!!!......
Mais oui ! BAROIN, bordel !!!!!!!!!!


Le putain de bordel de bon Dieu d’enculé de Baroin !!!
Ah… « Je pourrais vous surprendre assez vite, Monsieur le Président par ci, Monsieur le Président par là...» Saloperie !
Ah, l’enfoiré !!... le putain d’enfoiré de mes deux !
Et Balladur n’en revient pas d’échapper si vite à la colère hhhénorme du cornu, qui semble avoir zappé jusqu’ à son existence même à l’autre bout du portable ! Qu’il ne pense même pas à raccrocher, embarqué qu’il est dans son monologue vengeur.
Il l’entend se parler à lui-même.
Mais le ton change bizarrement…
« Ah, ce Baroin !!!
Alors là, vraiment, chapeau ! Du grand art !
Sacré B. ! Sacré Baroin !
Sacré bon Dieu de Baroin, va !
Ah, on voit bien que c’est moi qui l’ai fait, putain !
Il a de l’avenir, le petit fumier !
Je l’ai toujours dit, d’ailleurs ! Jamais douté !
Un brave petit, ce grand Baroin !
Il ira loin, le salaud !
Mais il EST déjà loin, c’est sûr, l’enflure ! »

Edouard venait d’en apprendre de belles !
C’est lui qui en refermant tout doucement son portable, met fin sans se faire prier à la conversation.
Il avait le sourire aux lèvres en pensant à l’ex ami Chirac, mais le regard noir et assassin en pensant au machiavélique Baroin.

- Ah, vous avez réussi à le joindre, en fin de compte…demanda Bernadette qui avait quitté la pièce un moment et revenait plonger le nez dans sa flûte.
Il m’a semblé entendre comme des éclats de voix. Vous avez eu des mots ?
- Avec Baroin ? Vous n’y pensez pas, Bernadette ! Jamais un mot plus haut que l’autre avec Baroin. C’est assez rare pour être noté. Nous sommes toujours sur la même longueur d’onde, tous les deux.
- La vôtre, je présume ?
- Vous présumez assez bien. Pas toujours cependant… Qu’y a-t-il de mal à avoir des fans, quand on chante juste ?
- Que vous chantiez toujours juste, je ne me risquerai pas à commenter…Mais que François vous ait toujours été fidèle, ça, il faut bien le reconnaître.
- Pourquoi voudriez-vous que cela change, alors ? Des mots…des mots… ! Vous aurez sans doute entendu des voix !
- Tant mieux, Jacques, tant mieux…

A propos, à notre nouvelle adresse, vous aviez cette unique lettre au courrier de ce matin, change-t-elle de sujet de conversation.
Chirac plisse le front, craignant déjà un reviens-y démoniaque de Baroin.
0u bien alors…déjà…une convocation comme témoin assisté ?
Il l’ouvre, en tire une demi feuille 21 / 29,7 pliée dans l’autre moitié pour confidentialité aggravée, et déchiffre rapidement.
« M…, J… ! Je b…à la B…et je b…comme une b…avec M…,
grâce au b…b…de B…, de B…, et au vôtre, b…sûr…
Sans rancune et m…encore, mon petit J…
B…à vous, et b…à B… Signé : B. (Pas E., mais F., b…sûr) »

La traduction était cette fois facile. Il avait l’habitude :

« Merci, Jacques ! Je bronze à la Barbade et je baise comme une bête avec Marie, grâce au bon blé de Bernadette, de Balladur, et au vôtre, bien sûr…
Sans rancune et merci encore, mon petit Jacques…
Bien à vous, et bises à Bernie.
Signé : Baroin (Pas Edouard, mais François, bien sûr…) »

Ha, ha, ha, ha, ha, ha, HA, HA, HA, HA…Sacré Baroin, va !!
Ah…sacré Baroin !! Ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha, ha…

Bernie se demanda longtemps ce qui avait pu, dans ce courrier apparemment bien banal, faire partir son grand Jacques dans une telle explosion de rire.
Surtout en ce premier moment hors du Château qui, elle en était certaine, avait dû être particulièrement pénible pour lui.
Car ça n’avait pas été un rire classique, normal, habituel, commun, banal, rigolo…un rire juste pour rire, quoi !
Ça, non ! Ça avait été un rire franc, sans retenue, sonore, spontané, libérateur, puissant, un rire hhhhhhénorme, propre à éclabousser, ébranler, transpercer les murs épais et vénérables de cette vaste demeure. Un rire inextinguible, un vrai tsunami de rire, qui avait secoué ses épaules et l’avait presque fait se taper sur les cuisses pendant de longues et interminables secondes. Avant de le terrasser dans des crampes douloureuses qui lui faisaient tant de bien !
Un rire terriblement…chiraquien !
Et le plus chiraquien qu’il lui avait jamais été donné d’entendre.
Elle n’en sut jamais la raison.
Ce ne fut pourtant pas faute de la lui demander par la suite, et à de maintes reprises. Sa question ne réussit jamais qu’à déclencher une seule et même réponse : cette cascade de rire incontrôlable et inoubliable que ce 16 Mai 2007 avait gravée dans son souvenir ! Un véritable mystère…

(to be continued...)

PANAME