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Les fiançailles

    À Picasso.

    LE printemps laisse errer les fiancés parjures
    Et laisse feuilloler longtemps les plumes bleues
    Que secoue le cyprès où niche l'oiseau bleu

    Une Madone à l'aube a pris les églantines
    Elle viendra demain cueillir les giroflées
    Pour mettre aux nids des colombes qu'elle destine
    Au pigeon qui ce soir semblait le Paraclet

    Au petit bois de citronniers s'énamourèrent
    D'amour que nous aimons les dernières venues
    Les villages lointains sont comme leurs paupières
    Et parmi les citrons leurs cœurs sont suspendus

    Mes amis m'ont enfin avoué leur mépris
    Je buvais à pleins verres les étoiles
    Un ange a exterminé pendant que je dormais
    Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries
    De faux centurions emportaient le vinaigre
    Et les gueux mal blessés par l'épurge dansaient
    Étoiles de l'éveil je n'en connais aucune
    Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune
    Des croque-morts avec des bocks tintaient des glas
    À la clarté des bougies tombaient vaille que vaille
    Des faux cols sur des flots de jupes mal brossées
    Des accouchées masquées fêtaient leurs relevailles
    La ville cette nuit semblait un archipel
    Des femmes demandaient l'amour et la dulie
    Et sombre sombre fleuve je me rappelle
    Les ombres qui passaient n'étaient jamais jolies

    TEMPLIERS flamboyants je brûle parmi vous
    Prophétisons ensemble ô grand maître je suis
    Le désirable feu qui pour vous se dévoue
    Et la girande tourne ô belle ô belle nuit

    Liens déliés par une libre flamme Ardeur
    Que mon souffle éteindra Ô Morts à quarantaine
    Je mire de ma mort la gloire et le malheur
    Comme si je visais l'oiseau de la quintaine

    Incertitude oiseau feint peint quand vous tombiez
    Le soleil et l'amour dansaient dans le village
    Et tes enfants galants bien ou mal habillés
    Ont bâti ce bûcher le nid de mon courage

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

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