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TANDEM

Posté par manado, 30 décembre 2009 · 1 156 visite(s)

J’ai envie de continuer la conversation avec EL. Dix heures déjà. La musique de Fip, un coin de cheminée. Je suis descendu d’un livre pour faire trois tours dans la vie du monde et je me suis remis à l’écriture.
Comme si j’avais besoin d’être bercé à l’infini dans les arbres. Dehors, la pluie sur les grands arbres léopards en forme de platanes, les branches entremêlées en racines innombrables.
Il va falloir transformer tous les prénoms en fleurs.
- Lorsque vous êtes comme tout à l’heure, dit l’Ange, je vous trouve détestable.
- Ça m’a pris à l’improviste, vous savez, l’envie, détestable envie de l’enfant insatisfait qui veut toujours plus et qui veut que le temps avec El ne soit pas compté.
Tandem, pour sauter les montagnes et arriver jusqu’à EL avec mon petit vélo dans la tête. Tant d’aime sans haine à même le temps. Tant et temps d’aime.
Aimer à perdre le « m » donne : teps d’aie.
Aie : l’utilité du M, sinon le onde ne tourne pas rond.
Tandem. Petit Robert : tambour, tamis, tam-tam, « tandem ».
Définition : « enfin » pris au sens de « à la longue » - se dit de deux personnes associées qui forment un couple.
-Enfin, enfin …À la longue ça manque un peu de spontanéité dit l’Ange. N’allez pas chercher des choses. Des choses, Monsieur, il y en a plein les tiroirs des couples. Alors pourquoi voulez-vous mettre un tandem à la disposition d’un couple ? À la longue, un couple, si vous saviez le temps qu’il fait dans un couple, vous ne risqueriez pas votre « m » pour ça. Rangez votre couple et votre tant d’ « m ».

Et pourtant le « m » insiste. Voyons voir de plus près.
Si c’était un tri « i » sans point ?
- Je ne vous comprends plus. Temps de tri « i » et à coup sûr vous vous enrhumez, dit l’Ange.

Pourtant il semble bien qu’il faille faire un tri.

Reprenons les choses depuis le début.
Au début il était important d’être bercé à l’infini.
- Alors je vous le demande, dit l’Ange : « voulez-vous un bercement d’ « m », de tri « i » sans point ou d’ « EL » ? Remarquez, vous n’êtes pas obligé de choisir. Vous pouvez prendre un tri « m » sans « i » en forme d’ « EL » ou alors un tri « EL » sans forme en point d’ « i ». C’est une question très personne EL.
- Personne « EL » sans « l » ? ça donne quoi ?
- Monsieur, dit l’Ange, je vous en prie… .Ne demandez pas l’impossible. Ce n’est qu’un « EL » Et vous savez, à bien y réfléchir, une personne « EL » c’est déjà beaucoup.

Beaucoup, beau cou d’’ EL ». Un beau coup d’ « EL » et nous voilà à nouveau dans les arbres…..

- Dites ce que vous en dites, Monsieur, dit l’Ange. Voulez-vous rester dans les arbres ?

C’est beau un arbre la nuit, surtout celui de Claude Simon.
Je vais vous rafraîchir la mémoire. Vous prenez le livre, juste à côté du radio réveille Sony, made in Taiwan, les éditions de minuit. La petite étoile bleue. Vous-vous souvenez ? Ces livres blancs avec un liseré bleu. Est-ce que vous avez remarqué ? Et bien justement ! Qu’est-ce qui se raccroche à la branche inférieure droite de l’étoile ? Regardez, regardez bien.
Vous allez retrouver votre « m ».
« Histoire ». Claude Simon. Les éditions de minuit. Étoile et toi « m ».
- Bien sûr, vous allez me répondre : « nous avons deux heures d’avance ».
- C’est exact si nous prenons les choses à la lettre.

La lettre, justement, parlons-en.
Mercredi, vous avez reçu un mail d’EL. Il était 15h37 et 58 secondes.
Avec les ordinateurs, c’est terrifiant l’exactitude. Vous allez dans un super marché, vous attendez, toujours une question de temps. Une « hôtesse de caisse », petit cochon bien dodu adorable souriant vous tend votre ticket. Si vous-vous mettez à lire, vous provoquez un attroupement. Supposons que vous preniez ce risque. Vous apprenez immédiatement : le nom du magasin, le lieu où vous-vous trouvez, le numéro de téléphone de la vendeuse, les horaires d’ouverture, le nombre d’articles que vous avez acheté, et surtout l’heure.
Et pendant que vous lisez, FIP diffuse. Et qu’est-ce que vous entendez ? Une voix d’homme, et vous prêtez attention à cette voix . Que dit-elle ?
« Non, je n’oublierai pas la douceur de ton corps… Et la voix insiste… Non je n’oublierai pas la dou… »
Comment voulez-vous vous concentrer sur la lecture de votre ticket de super marché ? Votre visage devient tout rouge. Vous regardez le petit cochon assis devant vous et vous-vous dites : «, ‘ mais comment ai-je pu avoir une pensée pareille ? »
Et voilà comment vous retrouvez Claude Simon, son arbre et sa grand-mère.
Le petit cochon assis devant vous (tellement assis à longueur de journées, qu’il a fini par occuper tout l’espace derrière le tapis roulant) vous l’imaginez sautillant parmi les branches d’un arbre généalogique.
« Cela nous submerge. Nous l’organisons. Cela tombe en morceaux. Nous l’organisons à nouveau et nous tombons nous-même en morceaux » Rainer Maria RILKE

- Si je peux me permettre, dit l’Ange, je n’ai aucune envie de tomber en morceaux !

Il n’empêche, il y a cette phrase, il faut bien en faire quelque chose.

La douceur de son corps.

- De quelle douceur voulez-vous parler, dit l’Ange ?



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    Salvador de Bahia

    J’aime ce pays. Tout ce fatras, ce mélange, cet anachronisme, ce cosmopolitisme ambiant me va bien. Hier matin par exemple, lever 5h30, recherche sans espoir d’un café autre que le nescafé du bord. Tentative longue et longtemps infructueuse jusqu’au détour d’une ruelle qui débouche sur une petite place. Une petite entreprise improvisée sur un vieux bidon propose un thermos de café avec un pack de lait et un gâteau de semoule. Quel bonheur ! Assis sur le trottoir pour déguster ces délices, plutôt à l’ombre car déjà le soleil donne. Devant nous au premier étage d’un bar, ça se déhanche grave, sans aucun doute depuis le début de la nuit, un chaloupé d’enfer d’hommes et de femmes les yeux hagards, la clope au bec et le verre à la main. Une réplique en miroir sur le bitume. Fascination de cette aisance corporelle naturelle, spontanée, minimaliste et pourtant essentielle, touchant droit à l’expression vitale. Dans la ville basse, à part cette bulle, c’est le désert. Essayons de voir plus haut. Escalator à 3 centimes en trente secondes. Les portes s’ouvrent sur un monde dantesque. Des corps partout, dans toutes les positions, au milieu de gobelets en plastique. La fête a été chaude, tous les Saints ont été honorés incontestablement. Les images sont gravées dans la mémoire, l’appareil photo est resté rangé. Le silence est surréaliste. On avance, on avance et partout les mêmes images. Des pieds en l’air sur les marches en pente raide des églises, les corps se devinant par translation de transsubstantiation comme dans la bible. On avance, on avance dans la ville coloniale. Les images et les souvenirs reviennent par vague comme cette houle si particulière de l’Atlantique. Oui, c’est la bibliothèque de la fac de médecine. Les échafaudages sont toujours là, un peu plus rouillés, certes, mais rien n’a changé. Les murs sont toujours couverts de cette tachelure mycocélionique. En blanc et noire la pierre survie. Souvenirs, souvenirs sur les pentes et les plats des pavés chargés d’histoires. Une brouette s’essouffle. Une proposition d’aide est rejetée avec un grand sourire illuminant le visage tout entier. Senior ! J’ai l’habitude et c’est bon pour la « saudé ». Tu parles, tu en chies, oui, de ta chienne de santé ! La poussada des Flores s’est embellie d’une terrasse avec vue assurée sur baie. Il est trop tôt. Partout il est trop tôt, mais la lumière illumine les restaurations et les ruines d’une égalité parfaite. Perception, incidence dans l’âme, soulagement de l’âme, existence précieuse d’un réel en soi et d’un ancrage retrouvé du souffle de la vie toute entière. Un attroupement attire le regard. Que diable peut-il faire dans cette galère ce presque vieillard entouré de ces malfrats éclopés avec son enveloppe et sa distribution parcimonieuse et précise de billets, respecté de tous en apparence ? Un mouvement de foule, une réprobation. Un cri dans le vide. Injustice. Course-poursuite inégale. Tout rentre dans l’ordre comme au jardin du Luxembourg. Les pigeons se transforment en dindons. La Fontaine est toujours à la même place. Eugène Sue te regarde. Je t’aime, je t’aime, je t’aime ! Oui c’est exacte. Trois fois mademoiselle. Désespérant de parler d’amour par l’intermédiaire d’une standardiste plus que standard. Brusquement, imperceptiblement, c’est l’heure. C’est l’embauche. Les flics arrivent de partout. Les deux sexes se déploient dans l’espace qui se transforme à vue de lentille. Nickel, vous avez dit nickel ? Tout reprend clean. Artémis hôtel et JP fidèle au poste avec son caractère si lunatique. La terrasse au petit-déjeuner somptueux avec l’immense baie devant les yeux. Abondance de fruit avec jus, crêpes sucré- salé café à volonté senior toasts. Le monde de la voile est assis autour des tables. Point Mariage a démâté au moment même où la bagarre faisait rage. Drôle d’idée faut dire. A notre époque le mât-rit-âge n’est pas du tout au point ! Yves Le Blevec, un visage taillé à la serpe, deux tours du monde sur Orange avec Bruno Peyron et record à la clef. Un débutant dans la mini ? Oui mais quelle expérience ! Et quelle simplicité dans le récit. Droit au but le Monsieur Yves. Droit dans le mur pour tenter le tout pour le tout avec un bateau inférieur en performance par rapport à Corentin. André le basque sillonne les côtes du continent sud américain depuis trois ans. Un puit d’informations en tout genre engrangé. Quelle superbe dans l’expression. Il revient de temps en temps à Montalivet dans sa petite entreprise.
    Ce matin une autre rencontre se profile. Monsieur le policier des frontières se montre intraitable : - « Vous êtes coupable Mr le capitaine, alors comme ça vous embarquez n’importe qui à bord ! Je vais remettre un peu d’ordre dans ce navire. La citoyenne nord américaine ne doit plus quitter la marina, s’il lui arrive quoique ce soit vous en êtes responsable et vous ne quitterez pas le Brésil, ni votre bateau, tant que l’enquête n’aura pas abouti. Je vous verbalise de 120 réal et vous Madame vous devez me présenter le plus vite possible un billet d’avion à destination de l’Europe. Retournez d’où vous venez ! Fuera de aqui Norte Américanos ! ». Je ne peux m’empêcher d’éprouver une immense satisfaction. Enfin quelqu’un qui sait parler aux amers- loques !