Ce jour là , les touristes
promenés sur la piste
d'un safari organisé,
en mini bus climatisé,
pensèrent avoir des visions :
une horde de lions
faisait face au danger
des éléphants prêts à charger.
Quelle querelle, quelle histoire,
quelle invasion de territoire
avait pu alarmer
de si redoutables armées ?
Mystère. (Souvent on oublie
les origines des conflits.
La rancune tourmente,
la vengeance alimente.
Quand on a perdu la question,
on continue, par tradition,
à batailler pour la réponse.)
Après quelques coups de semonce,
les pachydermes s'élancèrent
vers leurs terribles adversaires.
Et là , dans le bruit, la fureur,
apparut une erreur,
un détail immanquable :
au milieu de tous ses semblables,
un éléphant en jupon mauve
dansait en allant vers les fauves !
Les genoux hauts, la trompe en l'air,
il paraissait protocolaire
tout en étant extravagant !
Ridicule mais élégant,
on l'eut dit évadé
de quelque cirque démodé.
Dans ce combat tragi-comique,
un deuxième excentrique
attira l'attention :
au premier rang des lions,
dressé sur ses pattes arrières,
un ruban rouge à la crinière,
il rugissait un chant puissant,
fier, solennel et menaçant.
Devant les hommes éberlués,
les bêtes se sont entretuées.
Hurlements de douleur, de rage,
actes de fuite ou de courage,
cris dans la poussière étouffante
des lionnes et des éléphantes…
Et au milieu de ce vacarme,
éclaboussés de sang, de larmes,
un assaillant dansait,
un assailli chantait.
Ce jupon, ce ruban,
flottant entre les combattants,
pour tous les spectateurs ce fut
la pire folie jamais vue !
A la fin de l'assaut,
devant les orphelins lionceaux
et les éléphanteaux couchés,
un écossais, plutôt âgé,
rompit le lourd silence.
« Hymne poignant, et jolie danse…
Je fus ce lourdaud en tutu
parmi mes amis abattus… »
Tous ses compagnons de tourisme
craignirent un fort traumatisme.
Le vieil homme expliqua :
« Je me suis trouvé dans ce cas,
musicien costumé parmi
des soldats devant l'ennemi.
Ma cornemuse sonnait fort
pour apporter du réconfort
à mes voisins sous la mitraille.
En kilt comme en Cornouailles
ou dans mes fêtes d'Edimbourg,
je marchais à côté du tambour.
Rien ne semblait m'atteindre.
De tous ces fous j'étais le moindre.
La musique adoucit les mœurs…
Quand les hommes se meurent
dans les incendies qu'ils allument,
il faut bien souvent qu'ils parfument
leur puanteur fanatique
par quelques notes poétiques…
Sur le quai d'Auschwitz en décembre
jouent des violonistes de chambre.
Les condamnés devant la fosse
entendent des valses de Strauss.
L'infidèle qu'on défenestre
a droit aux honneurs de l'orchestre… »
Personne ne dit mot.
On regardait les animaux.
Le clown ne dansait plus.
Au moment du salut,
il s'écroula. Sur scène.
L'écossais en eut de la peine…
http://nedelec-fables.over-blog.com
La charge des éléphants
Débuté par Yannick Nédélec, mars 05 2009 05:09
1 réponse à ce sujet
#1
Posté 05 mars 2009 - 05:09
#2
Posté 05 mars 2009 - 08:09
Une bien jolie histoire avec de belles rimes riches que j' affectionne particulièrement, et je sais que ce n' est pas toujours facile, tout un art que tu maitrises à perfection bravo.
Ah la puissance du chant des cornemuses !
Bien sûr je pense à ce chef d' oeuvre Braveheart !
Amitiès
Ah la puissance du chant des cornemuses !
Bien sûr je pense à ce chef d' oeuvre Braveheart !
Amitiès




