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La charge des éléphants


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1 réponse à ce sujet

#1 Yannick Nédélec

Yannick Nédélec

    Tlpsien

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  • Pip
  • 8 messages

Posté 05 mars 2009 - 05:09

Ce jour là, les touristes

promenés sur la piste

d'un safari organisé,

en mini bus climatisé,

pensèrent avoir des visions :

une horde de lions

faisait face au danger

des éléphants prêts à charger.

Quelle querelle, quelle histoire,

quelle invasion de territoire

avait pu alarmer

de si redoutables armées ?

Mystère. (Souvent on oublie

les origines des conflits.

La rancune tourmente,

la vengeance alimente.

Quand on a perdu la question,

on continue, par tradition,

à batailler pour la réponse.)

Après quelques coups de semonce,

les pachydermes s'élancèrent

vers leurs terribles adversaires.

Et là, dans le bruit, la fureur,

apparut une erreur,

un détail immanquable :

au milieu de tous ses semblables,

un éléphant en jupon mauve

dansait en allant vers les fauves !

Les genoux hauts, la trompe en l'air,

il paraissait protocolaire

tout en étant extravagant !

Ridicule mais élégant,

on l'eut dit évadé

de quelque cirque démodé.

Dans ce combat tragi-comique,

un deuxième excentrique

attira l'attention :

au premier rang des lions,

dressé sur ses pattes arrières,

un ruban rouge à la crinière,

il rugissait un chant puissant,

fier, solennel et menaçant.

Devant les hommes éberlués,

les bêtes se sont entretuées.

Hurlements de douleur, de rage,

actes de fuite ou de courage,

cris dans la poussière étouffante

des lionnes et des éléphantes…

Et au milieu de ce vacarme,

éclaboussés de sang, de larmes,

un assaillant dansait,

un assailli chantait.

Ce jupon, ce ruban,

flottant entre les combattants,

pour tous les spectateurs ce fut

la pire folie jamais vue !

A la fin de l'assaut,

devant les orphelins lionceaux

et les éléphanteaux couchés,

un écossais, plutôt âgé,

rompit le lourd silence.

« Hymne poignant, et jolie danse…

Je fus ce lourdaud en tutu

parmi mes amis abattus… »

Tous ses compagnons de tourisme

craignirent un fort traumatisme.

Le vieil homme expliqua :

« Je me suis trouvé dans ce cas,

musicien costumé parmi

des soldats devant l'ennemi.

Ma cornemuse sonnait fort

pour apporter du réconfort

à mes voisins sous la mitraille.

En kilt comme en Cornouailles

ou dans mes fêtes d'Edimbourg,

je marchais à côté du tambour.

Rien ne semblait m'atteindre.

De tous ces fous j'étais le moindre.

La musique adoucit les mœurs…

Quand les hommes se meurent

dans les incendies qu'ils allument,

il faut bien souvent qu'ils parfument

leur puanteur fanatique

par quelques notes poétiques…

Sur le quai d'Auschwitz en décembre

jouent des violonistes de chambre.

Les condamnés devant la fosse

entendent des valses de Strauss.

L'infidèle qu'on défenestre

a droit aux honneurs de l'orchestre… »

Personne ne dit mot.

On regardait les animaux.

Le clown ne dansait plus.

Au moment du salut,

il s'écroula. Sur scène.

L'écossais en eut de la peine…




http://nedelec-fables.over-blog.com

#2 cassiopée

cassiopée

    Tlpsien ++

  • Membre
  • PipPipPip
  • 378 messages

Posté 05 mars 2009 - 08:09

Une bien jolie histoire avec de belles rimes riches que j' affectionne particulièrement, et je sais que ce n' est pas toujours facile, tout un art que tu maitrises à perfection bravo.
Ah la puissance du chant des cornemuses !
Bien sûr je pense à ce chef d' oeuvre Braveheart !

Amitiès