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10 jours de politique-fiction totalement déjantée...(XIV)


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#1 Paname

Paname

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Posté 26 novembre 2009 - 06:37

EPILOGUE



Un grand palace, au grand soleil du Maroc…


- Vous savez, Jacques, je l’aurais faite très volontiers, cette randonnée à dos de chameau, dans les dunes du désert…
- J’ai fait les comptes de la journée. Avec vos deux diabolos fraise d’hier soir, c’est absolument hors de question ! Nous sommes dans le rouge, ma chère !
- Si vous n’aviez pas recommandé une tête de veau ! Et en sortant de table, encore !
- La table, parlons-en ! Elle était si peu fournie…Vous n’allez tout de même pas vous mettre à me reprocher mon grand appétit, après l’avoir si bien supporté, sinon encouragé, depuis près de quarante ans !
- Certes, mais vous avez maintenant les yeux bien plus grands que le portefeuille, et vous gagneriez à vous en souvenir. Votre appétit de bonne chère ne doit pas empêcher mon appétit de culture ! Il y a des règles budgétaires avec lesquelles vous avez pris l’habitude de jongler, et qu’il va bien vous falloir réformer.
Après tout, la réforme, ça vous tient à cœur, non ?
Ma balade à dos de chameau revient pourtant nettement moins cher ici que votre tête de veau royale ! Et elle n’insulte pas, elle, le chef de l’Etat qui nous héberge…
- La nécessité de réforme vous concerne vous aussi, Bernadette, car comme d’habitude, vous m’emmerdez !
- Il n’empêche que vos libéralités égoïstes me privent de ma promenade en asséchant mon crédit excursion !
- Peu de gens m’accorderont encore du crédit, ici comme ailleurs…Intégrez-le donc, la grande époque est terminée !
C’est assez que l’injustice et l’ingratitude m’accablent. N’y ajoutez pas, de grâce, vos petites récriminations parfaitement infantiles !
- Oui, mais il n’empêche que ma bala…
- Veuillez donc bien me foutre la paix avec vos envies à deux balles et vos balades à deux bosses ! Songez plutôt au moyen d’abonder par vous-même votre ligne budgétaire…culturelle…!
Il ne vous reste donc plus de vos petites pièces jaunes tombées des sacs du camion ?
- Je ne pouvais dépasser les vingt kilos autorisés, vous le savez
bien, Jacques !
- Eh bien, pendant que je fais ma sieste, allez donc voir à l’office si l’on ne pourrait pas vous rétribuer avec quelque tâche ménagère bien féminine, vaisselle, blanchisserie, repassage, ménage, room service, que sais-je, moi !…ça ne doit pas manquer dans un palace pareil ! Un peu d’initiative et de volonté, que diable ! Vous n’avez qu’à travailler plus, et vous gagnerez plus !
- Jacques, décidément, vous n’êtes qu’un mufle ! Vous n’avez jamais mérité une de Courcelles !
- Une de Courcelles désargentée, certes non…
- Avec toutes mes générosités passées, c’est la caravane tout entière que vous auriez dû me payer ! Encore eût-il fallu être moins dispendieux !
- L’argent, l’argent, toujours l’argent !
Vous ne savez donc parler que de ça ? Alors parlez-en mieux ! Que peut bien peser la petite cuiller en argent que vous aviez dans la bouche à votre naissance, face à tout l’actif Chirac, acquis à l’huile de coude, à la force du poignet, et à la poignée de main des bains de foule ?
Vous êtes-vous seulement jamais posé la question ? Avez-vous jamais osé des réponses ? L’argent…l’argent…l’argent… !
Et la notoriété, hein ? La reconnaissance nationale, et l’ internationale ? Les fréquentations mondaines ? Ah, je vous aurais tout pris, et je ne vous aurais rien donné, rien apporté ! Elle est raide, celle-là !
Et les voyages officiels ? Les vastes frigos Elyséens toujours pleins à ras bord ? Les frais de représentation jamais contrôlés ? Les fleurs et les cadeaux somptuaires ? C’est papa-maman de Courcelles, ça ?
Et le loyer dispendieux de l’hôtel républicain, c’est à la conseillère générale de Corrèze que vous le devez, ou au mufle d’élu de Chirac ?
Et les réceptions de rêve ? Les robes griffées qui peinent à vous mettre en valeur, à l’impossible nulle n’étant tenue ?
Et les spectacles gratos ? Les soirées de gala ? Les vernissages champagnisés jusqu’à plus soif ? Encaviardés et ptifourisés jusqu’à plus faim ? Ça ne vaut pas une petite tête de veau de temps en temps, non ?
Et les voitures officielles, les chauffeurs au garde Ă  vous, la
casquette sur le ventre, les loufiats et les loufiates prévenants,
toute l’armada de larbins et de larbines aux aguets, les femmes de chambre et les hommes de peine à la peine, c’est grâce à qui, bordel ?
Et tous les feux verts, les passages prioritaires, les coupe-file, les sauf-conduit, les laissez-passer, les « ôtez-vous d’là qu’elle
s’y mette », c’était pour mademoiselle de Courcelles, ou pour madame Chirac, putain ?
- Maîtrisez donc votre vocabulaire de hussard, Jacques…
- J’ai pas fini ! Manque le plus beau ! Les petits séjours à Brégançon, hein ? Brégançon, vous connaissez, n’est-ce pas ? Aaaah…Brégançon ! Sans doute une résidence secondaire inscrite depuis des lustres au patrimoine des de Courcelles, hein ?
Et tous les bons petits séjours de rêve, là-bas…Les officiels, avec moi, le charretier mal dégrossi et toujours mal embouché… Les officieux, avec l’autre, l’enfoiré du XVIè, policé et précieux, toujours bien propre sur lui…
Voyez donc, ma chère Bernadette, comme le hussard au parler de ruffian qui vous incommode tant, sait cependant témoigner, à votre sujet comme au sien, d’une mansuétude et d’une largesse d’esprit qui l’honorent !...Quand il y a gros à parier que si elle venait à en connaître de vos escapades, et je ne parle plus ici des deux bosses d’un chameau, votre propre famille à l’esprit étroit et si petitement bourgeois vous répudierait à coup sûr !
Et je vous prie de remarquer que quand je décide de faire un effort, je suis même capable de mieux m’exprimer que lui !

Bernie, devant un tel tsunami, ne pouvait plus exister.
Les dernières éructations de Chirac, d’autant plus efficaces qu’elles étaient pour une fois totalement justifiées, et exprimées dans une langue concise mais des plus choisies, la submergèrent totalement.

Chirac voulut malgré tout la maintenir encore un peu la tête sous l’eau, histoire de noyer définitivement la de Courcelles, pour faire revivre la Chirac.
- Tout cela n’a pas été acquis grâce à votre bel argent, mais vous a été octroyé par la grande et bonne libéralité républicaine
qui n’est due qu’à moi, Chirac, le Corrézien Chirac, le républicain Chirac, l’élu, le réélu, le plébiscité Chirac !
Je ne dois rien aux de Courcelles, quand vous devez tout Ă  Chirac !
Il faudrait enfin apprendre à tourner dans votre bouche votre langue si mal pendue, avant de l’agiter en tout sens et hors de propos. Et cesser de me postillonner votre rancœur de crédit perdu, quand il n’est dû qu’à moi.
Vous inversez les rôles à me tenir rigueur de quoi que ce soit ! On marche sur la tête, là, et à reculons, avec ça ! C’est véritablement le monde à l’envers !
Vous êtes aveugle et sourde à la promotion que vous me devez tout entière. Si vous n’ouvriez pas les yeux et les oreilles, je vous laisserais à l’amertume de votre ingratitude qui n’aurait d’égale que celle de mon immense déception.
Et si vous glanez aux cuisines assez d’argent de poche pour votre petit safari de jardin d’acclimatation, faites-le seule, Bernadette. Je ne risquerai certes pas le ridicule de la photo du siècle à la une du prochain Match ou Voici !...

Bernie était déjà sonnée. Perdue. Titubante. En rupture. A l’agonie. Maintenant elle est à terre. Laminée. Inconsciente. Knock-outée. Le Grand est proclamé vainqueur par KO au deuxième round.
Chaque fois qu’on le cherchera, on le trouvera. Il n’est pas fini !

L’ex président, la gorge sèche, avale d’un coup le fond de sa Corona. Il en a enfin terminé de sa diatribe, tout aussi libératoire que vengeresse.


A une table voisine...


Un jeune couple, assis non loin, vient d’en être le témoin obligé, et passablement amusé. Tous deux se lèvent, quittent la table voisine où ils se tenaient jusqu’alors au triple abri du parasol, du Figaro du jour et de grosses lunettes noires, et s’approchent lentement.
Baroin attend d’être repéré, fait mine d’être grandement surpris, simule une hésitation, puis arbore un large sourire en s’exclamant, la main tendue,
- Vous ici, Jacques, quelle incroyable surprise ! Et madame la présidente, quelle joie de vous y voir aussi, pour une fois !
Chirac, qui de sa vie n’avait jamais su résister à des mains qui se tendent, ni lésiné d’ailleurs pour en distribuer lui-même des poignées par milliers, en accorde donc une nouvelle à l’inconnu. Une automatique. Une de trop.
B. décollant une seconde sa moustache de mascarade, et enlevant sa grosse paire de lunettes de camouflage, Le Grand se rend compte, mais un peu tard, que c’est le « petit Baroin », oui, pas de doute, c’est bien ce sacré enfoiré de Baroin, qui OSE se présenter devant lui !
- B…Ba…Bar…BAROIN… !!!
- François, voyons, Jacques !...Vous vous souvenez de Marie ?
enchaîne l’ex ministre rapidement, pour laisser à Chirac le temps de se désoffusquer et de se désestomaquer…

Marie, les cheveux rouges coiffés avec un pétard, joli petit piercing au nombril, et tatouage discret tout mignon juste au dessus du sein gauche, salue Bernie qui n’y entrave manifestement rien.
- Alors, ces vacances, Jacques…On s’y fait ?

La présence de Bernadette, l’aplomb sidérant de Baroin, le look plus que surprenant de Marie, la soudaineté de la situation qui tenait du vaudeville, plus une vague intuition de l’avenir qui lui faisait rarement défaut, tout cela se conjugue pour décider Chirac, en moins de deux secondes, à opter pour le sourire.
Puis le rire. Puis le fou rire.
- Ooooh, Baroin !...Mon petit Baroin !!...Ah, sacré Baroin !!!... Vous irez loin, vous alors !
- En fait, Jacques…j’y suis déjà allé !
- Je sais…Je sais…avoue Chirac en entraînant l’autre légèrement à l’écart des deux femmes. Ce qui vous a amené bien loin de Paris, je vois ! C’est définitif ?
- Je crois avoir fait le bon choix, dans un premier temps en tout cas, pour Marie et pour moi.
Quitter très vite et sans regret une vie politique dont l’avenir ne me semblait plus assuré auprès de votre successeur.
Que voulez-vous, Jacques, il faut bien le reconnaître…je ne vivais…que par vous !
- A ce que je constate, vous continuez, hein, et sans vergogne ! l’interrompt Chirac mezzo voce, qui n’aime pas trop qu’on
passe les bornes, surtout à ses dépends.
- Pour ce qui est de ma vie actuelle, je dois dire que notre
rencontre fortuite m’offre l’occasion inespérée de vous en remercier une nouvelle fois, Jacques, mais de vive voix celle-là.
Mais j’ajoute que mon avenir, que je prévois long vu mon âge, vous n’êtes évidemment pas le seul à l’assurer.
- Je sais que mon ex ami de trente ans, de même que mon épouse Dieu sait pourquoi, y contribuent chacun à même hauteur que moi. Non pas quinze, donc, mais quarante-cinq millions d’euros !...Ce n’est pas rien …Très bien joué, François ! Voilà effectivement de quoi prendre du recul vis-à-vis de la politique…
Vous commencez tĂ´t, dites donc ! Et vous apprenez vite ! Nous pourrions presque prendre notre retraite ensemble !
- D’un strict point de vue bassement alimentaire, certes !
Mais permettez-moi, à mon âge, d’avoir d’autres ambitions !
Je veux prendre le temps de la réflexion. Je pourrais encore vous surprendre, vous savez…
- Je vous en sais parfaitement capable ! Mais la plus belle des satisfactions pour un vrai maître n’est-elle pas de se voir un jour dépassé par son élève ? Le plus tard possible, hein !...
Euh…A propos, cher François…N’auriez-vous pas encore brûlé…certains négatifs…qui ne me sont guère très…positifs ?
Y accorder encore la moindre importance…serait d’une imprudence qui pourrait s’avérer…fatale !
- Soyez certain, Jacques, que je suis bien décidé à n’en jamais plus faire usage ! Mais néanmoins, je les garde précieusement, connaissant l’art…premier…de mon maître !
Prouver que les aveux de chantage ne sont pas d’Edouard, c’est sans doute chose facile. Mais me les attribuer à moi, le sera beaucoup moins. Les négatifs dont vous parlez gardent donc une certaine valeur à mes yeux…Tout dépend de vous, Jacques. Et avec vous…on ne sait jamais, n’est-ce pas ?

Chirac sourit, finaud. Surtout flatté de constater qu’il existe encore quelqu’un, et quelqu’un d’intelligent, pour le craindre.
Ça, ça lui plaît.
Sacré Baroin, va ! C’est évident, et comme ça fait plaisir à voir, il y a du vrai Chirac, chez ce type-là !
- Tant que vous ne parlez pas de moi, vous pouvez à coup sûr
dormir sur vos deux oreilles…ajoute le fils spirituel.
Rangez-moi dans vos souvenirs, Jacques.
Les plus beaux. Donc…les plus chers…
- Ah…comme vous avez grandi vite, mon petit Baroin !
C’est promis, j’y penserai. Je rangerai !

L’armistice étant paraphé, ils rejoignent ces dames.
- François ! Bernadette adorerait faire une petite balade à dos de chameau. Je n’aurais rien contre…Ça m’excite, même…Vous nous accompagnerez avec le président Chirac, ou…
- Jacques ! Marie…Je vous en prie…appelez-moi Jacques !
- Soit, Jacques…Ou bien alors…
- Je ne suis pas particulièrement emballé par votre rodéo à deux bosses, mesdames…Allez-y donc toutes les deux. Attention, hein ! « Dégommez Baroin ! »
- Euh…pardon ??, s’interloquent les deux femmes.
- « Mais gare aux bédouins ! » Ha, ha, ha…elle est bonne, celle-là !
- Excellente, convient Baroin, contrepéteur à ses heures.
Mais Bernadette est évidemment notre invitée, Marie, hein ?
- Vous savez, François, j’ai peur que ce ne soit pas donné… prévient Bernie, très consciente de son nouveau statut.
- Oh…laissez-nous vous offrir avec joie ce petit plaisir !
- Ça sera toujours ça de remboursé, siffle Chirac entre ses dents.
- Vous ne vous ennuierez pas trop, sans moi, Jacques ? demande-t-elle encore, sûre que le sarcasme sera compris de l’intéressé, mais n’imaginant même pas qu’il puisse être compris des autres.
- Pour cela, ma chère, partez tranquille ! François est là pour me tenir compagnie. Il veut bien me consacrer un moment de ses chères, très chères, vacances…et nous avons plein de choses à nous dire…
- Ah, cette satanée politique…Vous ne pourrez donc jamais vous évader ?
- Vous avez de ces mots, vous alors !...J’ai bien peur que non, hélas…Encore le souhaiterais-je, que d’autres se chargeraient de me ramener…en prison, comme vous dites, je le crains fort…
Mais qu’est-ce que vous restez plantée là, à jacasser !
Vous devriez déjà être partie. Voyez donc comme Marie est
toute…frémissante ! Ne la faites donc pas attendre !
Allez, hop ! A chev…Euh…A chameau !
Bernie dut se forcer à sortir sa foulée olympique des grands jours pour ne pas se laisser trop nettement distancer par Marie.

- Au fait, Baroin…Je vous croyais à la Barbade ?
- La Barbade ?...Je ne…Ah oui ! Le petit mot de remerciements ! Non, Jacques…Voyez-vous, Barbade commence par un « B », tout simplement. Pas Maroc. Mais le Maroc est nettement meilleur marché que la Barbade…et…pour tout vous dire…je suis…un peu juste en ce moment…
- Sacré Baroin ! Pas au point que je vous avance de quoi me payer la Corona que vous allez m’offrir, quand même ?
- Ben…je dis un peu juste…mais… je suis vraiment très, très juste, Jacques !
- Ha, ha, ha, ha…ce Baroin !...Si vous n’existiez pas, mon vieux, il faudrait vous inventer ! Ha, ha, ha, ha, ha, ha… !!
- Mais Jacques, VOUS m’avez inventé !

(to be finished...)

PANAME