Krzysztof Kamil Baczyński (Varsovie, 22 janvier 1921-ibidem, 4 aôut 1944) était un poète polonais.
Il étudia à l'université clandestine1 de Varsovie, sa ville natale. Il mourut à 23 ans pendant l'Insurrection de Varsovie
Testament de feu
traduit par Christophe Jezewski et Claude-Henry du Bord
(extraits)
Miserere
Nous sommes-là , plantés sur une terre tragique.
Le champ de bataille fume : décoction de souvenirs et de songes fracassés.
Avec des questions visqueuses et sanglantes,
nous enlevons les casques soudés à nos têtes.
Nos têtes – roses rouges – nous les attacherons aux cimiers des générations.
Je vois : le temps envahi des panaches de fumée,
Je vois le temps : acropole couverte d’herbes, forêt vierge.
Hâte-toi, dernier Caïn, jette-toi sur le dernier Abel,
étrangle-le !
2
Au retour des funérailles du dernier homme,
je lance comme défi
cette poignée d’air – l’alouette – dans le ciel
et je laisse tomber la terre comme tombe une larme sur l’univers.
Printemps 1940
Monde rêvé
Triste, triste est l’homme endormi dans les événements,
événements vrais.
Comme dessiner un cercle sur le sable,
comme poser des vitres dans l’ombre des chênes,
dans de vrais châteaux de couleur.
Tu te souviens, comme ça – sans y penser –
des forteresses enfantines de sable.
Facile de croire : tu vis là -bas
et maintenant, tu ne fais que rêver,
un songe éblouissant de foudres, de mal, d’éclat.
C’est si bien,
même si une vingtaine d’années se sont écoulées,
si bien de ne plus croire aux fleuves de feu, aux hommes emportés
par le vent,
et sombrer jusqu’aux bords du regard dans la réalité.
Mais je me réveillerai, je me réveillerai.
Février 1941
Pâques
Encore un instant et la voûte fera éclater le ciel,
c’est comme une poitrine dans les montagnes qui grandit sans cesse,
porte le torrent blanc, lancé comme le feu du plafond
– rayon et voix du soleil,
en lui, les colombes tournoient, marquent les traces de leur vol
et telle la poussière dans une lumière douce se changent en or.(...)
Ce temps, comment changera-t-il en un instant d’horreur ?
Accordant un sens aux débris humains, aux visages
qui, dans la faim, ressemblent à des cristaux brisés qui pleurent,
et portent avec panache un manteau de garde,
appellent les larmes – cristal et le sang – rosée,
ils lèveront encore le bras, nommeront les églises,
bien qu’elles leur semblent à demi bâtis avec des roses,
à demi avec des croix. Ô pays ! je connais
de toi trop d’yeux qui s’éteindront un jour
avant qu’on y reconnaisse un feu,
que la poussière les taraude dans la tombe,
je connais trop de temples qui s’écrouleront
avant même que la sainteté les honore comme la couronne les rois.
Ô pays ! je suis la douleur de ta douleur
et le sang de ton sang blanc – froment des champs,
et de ce sang pourpre dans ta langue.(...)
Celui qui est simplement homme, qui souffrait sur cette terre,
sera rivé à sa mort et à l’éveil de cette glèbe
et, bien qu’il y mourût, comme un misérable – il réveillera
après la souffrance et dans l’insurrection, la naissance des hommes,
il croîtra tel l’un d’eux, et pardonnera au sang
car il connaît le sens de mourir et de souffrir.
Que soit sanctifié, dans la lumière, la poussière qui tournoie,
que soit sanctifié ce jour qui est amour,
ce jour qui portait à travers les cercueils, à travers les gestes,
la mise au tombeau du corps, la résurrection par l’esprit.
Mars 1942
EDITIONS ARFUYEN - Krzysztof Kamil  BACZYNSKI
Krzysztof Kamil Baczyński
Débuté par tim, mars 04 2011 02:35
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