(Vladimir et les imparfaits. L'incipit mystique ici reste à écrire.)
Un soir de mai, à cause de Nabokov, du poiré et des stupéfiants, entre autres, un coin du voile qui recouvrait sa chaotique existence fut levé un petit peu plus haut que d'habitude. Vladimir, 36 ans, enseignant, ressentit une sorte de dépucelage métaphysique. Il eut soudain une vision très nette de son destin. Il avait toujours employé avec des pincettes (pour ne pas dire avec des guillemets) ce terme pour lui entaché de superstition – comme « Dieu » ou « les gens »... Vladimir ne croyait pas plus au destin qu'au paradis ou à l'enfer, cependant, il sut reconnaître son erreur.
(Il avait l'habitude de voir en face et de près le visage de l'Erreur, se trompant souvent, se corrigeant sans cesse, il connaissait sa physionomie par coeur.)
Donc Vladimir avait un destin et il venait d'en trouver la preuve, par hasard, au cours d'une banale conversation avec ses amis... Si lui en avait un, tout le monde devait posséder un destin, même modeste, même simple... Donc le destin existait bel et bien... Quelle nouvelle !
Ce fut, si on veut, au début du mois de mai 2013, l'arrivée en chair et en os du Père Noël.
(Comme si le Père Noël était entré par effraction dans sa vie psychique.)
Bref, Vladimir devint mystique.





