22 Et l'Éternel Dieu dit : Or l'homme est devenu
Comme l'un de nous grands, sachant le bien aigu
Et aussi le mal grave ; et maintenant qu’on prenne
Bien garde de sa main, qu’il ne l’étende à peine
Jusqu’à l’arbre de vie pour en prendre les fruits
Et qu’il n’en mange aussi, son épouse avec lui,
Et ne vive à toujours sur la terre maudite.
23 L'Éternel Dieu le mit, soit d’après sa conduite,
Hors du jardin d'Éden, pour labourer le sol.
Du sol il était né, cette espèce de dol.
24 Ainsi il chassa l'homme et la femme aussi belle,
Et mit des chérubins vers l'oriental comme ailes
Protégeant le jardin d'Éden, avec le feu
D’une épée enflammée et tournoyant un peu
Çà et là en dépit du divin incendie,
Pour garder le chemin de l’arbre de la vie.
Bon Dieu, si je promets de ne pas essayer
De garder pour moi seul sentiments de justice,
L’instinct du bien et mal autour de mon supplice,
Veux-tu me donner, moi, de ton arbre une baie ?
Juste une baie de vie ! Et que faut-il aimer,
Si ce n’est pas la vie ? Ce n’est pas pour malice
Que je veux vivre encore avec tous mes complices
Dans un beau monde cher où tous ont à manger.
Si tu ouvres la porte à nous au grand mystère,
Nous mangerons les fruits qui tombent sur la terre
Du jardin jusqu’à quand les ventres étant pleins
Nous chassent au sommeil en triomphe et en gain.
Ceux qui mangent bien n’ont pas besoin de science.
J’approuve la leçon d’Ève en grande prudence.





