Beauté divine ! Je n'apprécie pas qu'on détourne et maltraîne la Démiurgie dans la boue avec des boniments stéréotypés. De même que je hais les faux artistes contemporains, j'abhorre ces conteurs faux enchanteurs narratifs truffeurs qui prospèrent un peu partout au détriment des poètes. Romanciers à chier. Je préfère encore boire deux litres d'huile de vinaigre ou même de vidange d'un seul trait plutôt que de m'étouffer avec leurs salades « frissons et sentiments ».
Pourtant je lis aussi des nouvelles et des romans, et même des contes, ça m'arrive, mais écrire de la fiction, moi, imaginer des personnages photogéniques, des puéripéties, tout ça, tisser une intrigue homogène, pouah, tout ça me dégoûte, me fait vomir.
Chacun sait ou plutôt devrait savoir que l'Art et la Littérature, entre autres, sont des domaines de liberté absolue. ABSOLUE. Un artiste, s'il n'est pas radical d'une façon ou d'une autre, est à coup sûr un imposteur – c'est pourquoi malheureusement n'importe quelle forme de radicalité peut passer pour de l'art ; c'est pourquoi aussi, souvent, ceux qui veulent être pris pour des artistes aiment jouer les purs, les extravagants... mais c'est un autre sujet.
L'Art et la Littérature n'ayant rien à voir avec la morale, on devine le chantage tacite que la société fait peser sur une partie du corps enseignant : « Expliquez-leur Rimbaud, Céline, Kafka, Genet si voulez... mais pas trop ! Ne vous attardez sur Dada ! Etc. »
Tant que le prudent professeur demeure évasif, approximatif, la société ne court aucun danger. Tant que l'analyse en classe des œuvres les plus fortes reste superficielle, modérée, « modeste » comme ils disent, que la réflexion philosophique surtout est maintenue à bonne distance, la société peut dormir tranquille.
Je suis bien placé de quoi je cause : en tournant certaines pages de livres, lorsquand j'avais quinze ans, c'est là que j'ai commencé à déployer l'immense drapeau noir qui me sert aujourd'hui de toge magistrale... Si tous les profs de lettres et de philo faisaient à fond leur boulot, l'école serait abolie.
En refusant de s'asseoir, déjà, les élèves s'élèvent.





