Le monde a changé François
Depuis que du Parc de la Mauricie
Tu regardais les galaxies
Les ciels des villes sont moins bavards
Que les yeux de Paul Eluard
Le monde a changé François
L'innocence s'est désargentée
L'animisme s'est entêté
Mais la peur est restée
Comme une cicatrice de ta foi
Mais toi
Tu ne changeras pas François
Tu connais l’amour des hommes
Car tu as grandi dans l’entourage des femmes
Tu as croisé La Femme ta Iyanla
Une fleur aux joues roses: une jacinthe, ton amour…
Mon ami François est un sourcier
Qui ne sait ni mentir ni oublier
Les oreilles lui frisent
Si vous dites des bêtises
La peau lui chatouille
Si votre langue bafouille
Il est le griot des grenouilles
La Grande Gargouille
Il n’a peur de rien sinon que d’exister
Dans l’amnésie collective des colonisés
Au milieu de l’agora des singes
Où plus rien n’est authentique
Il sait pourtant que marche le temps pathétiquement
Malgré les charlatans et les renonçants
Mais que voulez-vous?
Il est fils de la Mauricie
Jamais conforté dans ses certitudes
Toujours certain de ses inquiétudes
Draveur des étoiles
Braconnier de la voie lactée
Mi-ému mi-moqueur
Avec cette Conscience Universelle
D’un Robin des bois tombé du ciel
Ses rêves sont en transhumance
De la toundra québécoise
À la savane béninoise
De ces médecines africaines
Qui ne soignent rien
Et qui guérissent tout
À ces soins de santé américains
Qui guérissent rien
Mais qui soignent tout
Le monde a changé François
L’Amérique a mal à son Afrique
Et personne ne le sait
Même au Québec agnostique
Il ne nous reste plus rien
Qu’un cœur qui pleure sans chagrin
Et une âme sans dessein qui parle pour parler
Comme les paysans savent si bien parler
Avec ses mots d’aurore boréal et de corail
À Shawinigan ou à Dassa-Zoumé
Se méfiant des autres et de leurs danses
Dans leur musique et leur indifférence
Quelqu’un, quelque part
Autrefois, peut-être…
Lui a donné un coup de main
L’a tiré du fond de l’eau , l’a frotté avec une pommade
L’a remis dans son nid et lui a chanté l’aubade
Car aujourd’hui il nous ouvre les bras à son tour
Ses bras gigantesques comme des épinettes
Son cœur fragile comme un colibri
Et ces mains grandes, grandes comme des raquettes
Et son âme bonne, bonne comme du Brie
Car il vient de la Mauricie…





