Ils avaient dans les yeux;
Un peu de leurs pays, des lueurs du passé;
Les couleurs d'une terre, d'un visage fraternel
Arrachés dans les cris à des mains maternelles,
Ne laissant derrière eux que ruines et détresses;
Les souvenirs déchirants de leurs villages en flammes;
Embarqué par la force sur des vaisseaux marchands
Sous le joug et la trique de négriers infâmes;
Ils s’en allaient serviles des chaînes à leurs pieds;
Quand des jours sur la mer et quelques nuits sans lunes;
Ils arrivaient meurtris sur des rives inconnues;
et pour une pacotille, Amérique ou Antilles,
livrés les poings liées à des bourreaux iniques
Dans leurs regards perdus un nouvel horizon;
Celui des cannes à sucre et des champs de coton;
Des années de labeur et des vies de douleurs,
Bâtissant des fortunes au prix d'une infortune;
N'échappant à leurs maîtres, à la meute des chiens;
Qu'au seuil de la tombe, au terme du chemin;
Et dans un dernier souffle, dégagés des entraves;
N’ayant pour seule prière et pour uniques mots,
Enfin tu viens à nous, ô chère liberté !
Olivier HEBERT







