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« Tout est cendre »


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Posté 25 novembre 2018 - 07:47

Le poète toulousain Casimir Prat prix Max-Pol Fouchet décerné par l'association lourdaise « L'Atelier imaginaire » pour son recueil « Tout est cendre » (Le Dé Bleu, 1995).

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Après Artaud, Max-Pol Fouchet, voilà des patronages et des prix qui consolent de la relative audience de la poésie en cette fin d'un siècle un peu perdu dans ses paysages intérieurs. Casimir Prat, lui, connaît les siens, les arpente et en ramène une tonalité élégiaque qui imprègne tous ses textes.
Il a été salué par Francis Ponge puis Gaston Puel et bien d'autres ; une douzaine de recueils et de plaquettes de poésie jalonne un parcours marqué en 1989 par l'attribution du prix Artaud. Et il récidive !
Pourtant, les jurés du prix Max-Pol Fouchet réunis à Paris par l'Atelier imaginaire délibèrent sur des manuscrits anonymes : ils ne savaient donc rien de l'auteur de celui qu'ils ont distingué. Rien, sinon qu'ils avaient affaire à une voix singulière, à une écriture et à une démarche authentiques. Bref, à un recueil de qualité qui méritait d'être soutenu.
« L'enfance est le terreau dans lequel on fouine comme un chien cherchant des truffes », répond-il lorsqu'on lui parle d'un de ses thèmes privilégiés, celui du retour sur le passé et du temps qui s'écoule. « Son poème est le murmure des choses enroulées dans le temps », a écrit de lui G. Puel. Et lui-même d'expliquer : « C'est un travail de creusement. J'ai tenté le récit, mais la poésie permet d'aller plus loin que la prose ».
Président d'une association d'écrivains, le « Passe-mots », Casimir Prat se méfie de l'esthétisme. Influencé par Ritsos, Rilke et Jaccottet, il revendique une poésie immédiatement accessible, comme en témoigne son dernier recueil primé, « Tout est cendre ».
« Quand on écrit, on doute, avoue-t-il encore. On se demande où on en est, ce que signifie tout ça. Le prix est un début de réponse, il me rassure en me donnant l'assurance intime de pouvoir continuer ». Mais surtout, s'il a apprécié le prix Max-Pol Fouchet, c'est que celui-ci, avant le jury international, a mobilisé des jurys régionaux. « Ce ne sont pas des spécialistes, mais des lecteurs proches et je suis heureux qu'ils aient aimé ce que je fais ».
En attendant, il aura reçu son prix en octobre à Lourdes lors de la décade de l'Atelier imaginaire, vu son livre édité avec une préface de Guy Goffette et sans doute mûri, dans le secret de la vie quotidienne et du temps qui passe, d'autres poèmes en s'appuyant sur cette phrase de Rilke qu'il cite volontiers : « Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses ».

MB
(Article paru dans La Dépêche du Midi du 11 juin 1995)
Des élégies

Le style, intimiste et élégiaque, est bien marqué. Ses images empruntent au quotidien pour dire une certaine déroute devant le sens de nos vies qui se dilue dans « la dédaigneuse répétition des jours ». Mais pour fluide qu'elle soit, son écriture n'en est pas moins élaborée.
Son propos n'est pas de délivrer un sens â aucune proposition dans cette direction n'aboutit vraiment â, mais plutôt de s'en tenir à des constats de surfaces, comme s'il était impossible d'explorer l'épaisseur du monde. Ce parti pris (cette tonalité prenante) se traduit par une systématisation du retour sur sa propre parole.
Ainsi, la poésie de Casimir Prat procède-t-elle de ces incises, de ces infimes corrections â tout est fuyant, même le sens que l'on croit percevoir â, de ces reprises qui ne sont pas précisions mais façon de créer un entour, une aura. Entre les tirets et les parenthèses, la parole est tout entière occupée à nier les vérités définitives, à répéter combien la réalité est inaccessible : « Nous ne saurons jamais ce qui s'est passé »... D'où la prolifération de ces ombres chinoises autour d'un « je » et d'un « tu » qui se confondent dans la même évanescence, la même attente mélancolique d'une improbable « consolation », entre un passé inaccompli (« déjà inexplorable ») et un futur incertain, dans ce présent fuyant, insaisissable, impalpable, qui n'existe que par les fêlures â la nostalgie qui s'insinue en lui et le colore â et le trouble ou le vertige qu'il provoque en nous.
Guy Goffette, dans sa préface, évoque avec justesse le Rilke des « Elégies », les chants monologués de Ritsos, pour saluer ces « longs vers discursifs (qui) déploient avec toute la souplesse syntaxique de la langue une méditation sincère et minutieuse du banal, de l'éphémère, qui renouvelle en quelque sorte, sous nos yeux, le visage du monde ».

Michel Baglin



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