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« La loi »


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Posté 10 janvier 2019 - 05:51

<div class='rss_chapo'><p>Avec « La Loi » (Goncourt 1957), Roger Vailland inaugure une nouvelle saison de sa vie et de son Åuvre, celle d'un homme « désintéressé » de la politique, qui a cessé de croire à la Révolution, mais ni au libertinage ni à la souveraineté.</p></div>
<div class='rss_texte'><p><br/></p>
<p class='filet_sep filet_sep_4'></p> <p> <br/></p> <p><span class='spip_document_4110 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:200px;'>
<img src='http://revue-texture...a_loi-636e2.jpg' width='200' height='330' alt="" /></span><br class='autobr' />« La Loi », paru en 1957 chez Gallimard, n'est pas mon roman de prédilection de Vailland. Je lui préfère « Les mauvais Coups », « 325000 francs » ou « La Fête » ; mais s'est probablement celui qui donne de ses thèmes l'aperçu le plus global et qui est le plus abouti dans sa construction, son propos, voire sa facture, plus « classique » que celle d'autres de ses Åuvres (d'où sans doute sa distinction par le prix Goncourt). <br/>Nous sommes en 1956, Vailland effectue un séjour avec Elisabeth, sa femme, au sud de l'Italie, dans la région des Pouilles. Il est très abattu par les révélations du XXe congrès du PC soviétique sur les crimes de Staline. Lui qui croyait dur comme fer à l'avènement de « l'homme nouveau » annoncé par l'URSS et n'imaginait pas pouvoir écrire autrement que dans une perspective communiste, est plongé dans le désarroi par ses illusions perdues, au point qu'il songe au suicide. Sans renier son engagement passé auprès du PCF, il entre dans une nouvelle saison de sa vie, celle du désengagement. Désabusé, il devient ce personnage de « désintéressé » qu'incarne dans le roman Don Cesare. <br/></p>
<h3 class="spip">Rapports de force</h3> <p>Le titre, lui, renvoie au nom d'un jeu pratiqué dans les tavernes de la région. Une sorte de jeu de rôle où tout repose sur la parole, la capacité à blesser, la connaissance des failles de l'autre : après un tirage au sort, un homme (les femmes sont exclues) va imposer aux perdants ses moqueries les plus cruelles à travers des questions, des allusions perfides, des commentaires cyniques, sans qu'ils puissent véritablement échapper à la rigueur de sa loi. Matéo Brigante, le maitre chanteur local qui rackette toute la ville de Porto Manacore, est le champion incontesté et redouté de ce jeu théâtralisé. <br/>Mais le titre renvoie aussi aux rapports de force institués dans une société donnée, qui ont toujours fasciné Vailland. Entre classes sociales ou plutôt ici, dans une société archaïque, très pauvre et dominée par les grands propriétaires, entre castes. <br/>Qui fait la loi à qui ? La question se pose également entre individus, car ici comme ailleurs l'auteur de « Drôle de jeu » se plait à mettre face à face des hommes et des femmes serviles, lâches, et d'autres qu'il dit « de qualité », qui ne se laissent pas facilement aliéner, des « souverains ». Tel est le cas de la jeune Mariette, qui se donne à son jeune amoureux mais sait défier Brigante et même le marquer au visage avec son greffoir quand il tente de la violer. Telle est encore Giuseppina la jeune vierge qui tourne en ridicule publiquement le commissaire qui la convoite sans succès. Telle encore Donna Lucrezia qui découvre l'amour passion et se détache de son mari, le juge de la ville, mais, d'un tempérament intègre ne pardonne pas une petite lâcheté de son amoureux, qu'elle répudie. <br/></p>
<h3 class="spip">Ceux qui refusent de subir la loi </h3> <p>Autre figure marquante, la principale en fait, celle de Don Cesare, le seigneur local, qui domine de sa culture, de sa fortune, de sa totale maitrise de soi et de son dédain la population de Porto Manacore et s'accorde le droit de cuissage sur sa maisonnée. Personnage ambigu, où Vailland bien sûr reconnait un tyran local, et qui incarne cependant certaine de ses valeurs, notamment celle de la souveraineté, d'un individu à qui personne ne fait la loi. On assiste à sa mort, à laquelle il fait face sereinement, comme à sa complicité avec Mariette, la jeune rebelle qu'il admire. Libertin et athée, libéral militant dans sa jeunesse, lui aussi s'est finalement « désintéressé » de la politique pour se consacrer à l'archéologie et à l'antique cité d'Uria sur laquelle il écrit un mémoire. <br/>Avec ce roman, la souveraineté chère à Vailland est donc amputée d'une part de ce qui la définissait dans les romans précédents, la part politique. Souveraineté anachronique avec Don Cesare, incomplète avec Donna Lucrezia, dévoyée avec Brigante, elle n'est plus que le dénominateur commun de ceux qui refusent d'être « agis », de subir la loi des autres ou de la société. Plus d'engagement militant. Elle échappe en partie à l'Histoire pour se constituer en une sorte de réponse individuelle, de style transcendant les clivages de classes. Une sémiologie de la souveraineté montrerait d'ailleurs que les signes qui l'accompagnent dans « La loi » sont de l'ordre de la statuaire, de la pétrification, de la tenue â chacun devenant objet pour lui-même à l'instar d'un Don Cesare « immobile, massif, attentif ». Mais détourné de l'action. <br/> Une forme de théâtralité désabusée. <br/></p>
<div class="spip spip-block-right" style="text-align:right;"><strong>Michel Baglin</strong></div>
<p> <br/></p>
<p class='filet_sep filet_sep_4'></p> <p> <br/></p> <p><strong class="caractencadre2-spip spip">Lire aussi :</strong></p> <p><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : <a href="http://revue-texture...and-roger-.html" class='spip_out'><strong class="caractencadre2-spip spip">DOSSIER</strong></a><br class='autobr' /><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : « Drôle de jeu » (Michel Baglin) <a href="http://revue-texture.fr/drole-de-jeu.html" class='spip_out'>Lire</a><br class='autobr' /><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : « Les Mauvais Coups » (Michel Baglin) <a href="http://revue-texture.fr/les-mauvais-coups.html" class='spip_out'>Lire</a><br class='autobr' /><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : « Bon pied, bon Åil » (Michel Baglin) <a href="http://revue-texture.fr/bon-pied-bon-oeil.html" class='spip_out'>Lire</a><br class='autobr' /><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : « 325000 francs » (Michel Baglin) <a href="http://revue-texture.fr/325000-francs.html" class='spip_out'>Lire</a> <br class='autobr' /><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : « Le Regard froid » (Michel Baglin) <a href="http://revue-texture.fr/le-regard-froid.html" class='spip_out'>Lire</a> <br class='autobr' /><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : « La Loi » (Michel Baglin) <a href="http://revue-texture.fr/la-loi.html" class='spip_out'>Lire</a> <br class='autobr' /><strong class="caractencadre-spip spip">Roger Vailland</strong> : une autobiographie fictive par Christian Petr (Michel Baglin) <a href="http://revue-texture.fr/mes-lectures-de-2017.html#suis" class='spip_out'>Lire</a></p> <p> <br/></p>
<p class='filet_sep filet_sep_1'></p> <p> <br/></p></div>

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