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(Note de lecture), Jean-Pascal Dubost, Compositions, par Jacques Morin


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Posté 22 juillet 2019 - 09:35

 

6a00d8345238fe69e20240a4995af0200d-100wiLâécriture est un premier jet de néant ; la pulpe de rien ; une concentration de vide.

Tel est lâun des multiples traits que Jean-Pascal Dubost délivre tout au long de ce livre. Recueil dâaphorismes, commentaires, réflexions, citations, éléments de journal, notes de lecture, travaux en résidence, pensées, nécrologies⦠(lâetc⦠prend toute sa valeur après cette accumulation incomplète). Donc, il y a un travail de « compositions » pour mettre tout cela en forme dans le même ouvrage. La citation liminaire pourrait faire croire à un certain découragement, où le pessimisme germerait. Ce serait faire fausse route. Lâauteur accueille tout ce qui, dans son for intérieur, a rapport avec lâécriture. Et le doute, qui lâenvahit parfois, fait en creux partie de cet ensemble. Mais le curseur se situe ailleurs, plutôt dans lâamour de la langue, dans le bonheur de la langue et dans le trésor de la langue.

Jean-Pascal Dubost est un amoureux de lâancien français, un fin médiéviste, si près des mots, quel que soit leur âge, ce qui lui fait écrire doncques ou élider le si on⦠en sâon, ou mon écriture en mâécriture, par exemples. Il y a lâhistoire des termes dâun côté et les niveaux de langue de lâautre qui lâintéressent également, dâautant plus quâil aime les « rabouter ». Nâest-il pas à se renseigner sur la langue purinique, le purin, le normand purin, ou le gros normand, [â¦] langage argotier, grossier, cyniqueâ¦â¦Quand on superpose ces deux éléments, horizontaux et verticaux, les combinaisons deviennent infinies.

Ces appareils étant mis en place, la cible demeure très aiguë : lâécriture, autour de laquelle son esprit est sans cesse en train de butiner, quitte à y revenir plusieurs fois. Jâai repéré trois entrées où lâauteur tourne autour dâune même visée, il dit dans un premier temps :

Cette sensation renouvelée dâêtre, à la fin de chaque poème, sur le seuil de quelque chose.

Quâil reprend et questionne ensuite autrement :

Et si le grand vide auquel se heurte la fin dâun poème achevé nâétait pas autre chose quâune porte ouverte ?

Quâil tend à synthétiser et résoudre un peu plus loin :

Une évidence est au bout du poème.

Câest tout lâintérêt de ce livre où lâon suit de lâintérieur la pensée de Jean-Pascal Dubost qui clignote comme un kaléidoscope, on nâest jamais sur la même facette de son esprit, mais lâÅil est constamment braqué sur le grand sujet. Avec au passage, cet aveu presque suffisant :

Jâai la chance de ne pas être compris de tous.

Entre le doute et la confiance, Jean-Pascal Dubost ne cesse de slalomer avec aisance et subtilité, curiosité et maîtrise. Pour conclure, cette affirmation ambiguë et lumineuse :

Je ne suis jamais sûr de rien, câest pourquoi jâavance certainement.

Jacques Morin


Jean-Pascal Dubost, Compositions, éditions Rehauts, 130 p., 16â¬.


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