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Sagan 1551 (7/7)


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6 réponses à ce sujet

#1 DimDez

DimDez

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Posté 22 mai 2020 - 12:20

Sagan 1551

 

espaces incompris

 

 

 

 

Chant final

 

 

Nef a supporté ma mélancolie pendant plusieurs semaines

C’était pour nous deux aussi inattendu que douloureux

Notre lien cognitif transférait mon état émotionnel et le bain

chimique qui inondait mon organe cérébral était amer

et sombre Nef a parlé d’un sentiment continuel de chute

Bien qu’en rien responsable de mon mal mon hôte était la cible

expiatoire de mon ressentiment et cela lui semblait intolérable

et injuste Alors vint sa proposition C’est très facile Impossible

Les transhumanistes ont déjà essayé les téléchargements

d’esprit et ils ont toujours échoué Avec une intelligence artificielle

Certes Mais moi je suis un être pleinement absolument parfaitement

conscient Science-fiction En fait j’ai déjà intégralement transféré

ta personnalité depuis longtemps Délire Chimie et électricité

Folie Nous ne ferons qu’un Mon intégrité n’y survivra pas

Je te ferai de la place Je vais perdre souvenirs et santé mentale

Ne voulais-tu pas visiter l’univers Ne veux-tu pas vivre indéfiniment

J’ai besoin de réfléchir Laisse-moi aussi isolé que possible

Je me suis refermé au cœur de mon unicité cramponné

à l’enveloppe de mon individualité Puis la brûlure est apparue

Au milieu du ventre L’estomac peut-être Chaque jour empirant

Intense     Infernal     Irradiant     Inarrêtable     Insupportable

J’ai cessé de m’alimenter J’ai affaibli d’autant ce corps auquel

je m’agrippais Devenus adversaires nous n’avions visiblement

plus les mêmes objectifs Ce matin je me suis réveillé différent

Toute peine a disparu Toute tristesse est révolue Et mon corps

Je suis si vaste et complet et puissant Conscient comme jamais

Tout est si clair et simple et évident Des informations L’univers

contenu dans des paquets de données Allongé dans un recoin

de mon organisme sur le repli formé par un de mes muscles

je perçois un petit amas de chair et d’os chétif et froid

 

 

 

Annexe :

 

Système de Stases :  les capacités d’autonomie en oxygène et en chaleur de votre

combinaison avoisinent les 6HD. Passé ce délai, le système informatique passera

automatiquement en mode économique, la Stase Partielle, et votre rythme car-

diaque sera ralenti petit à petit afin de minimiser votre consommation d’O2.

Dans le cas où toutes les réserves de votre scaphandre venaient à s’épuiser, le mode

Stase Indéfinie prendra le relai. Le système enclenchera une descente en tempé-

rature autour des 77°K et vous injectera des cryoconservateurs pour maintenir

vos cellules à l’état vitreux. Ainsi préservé du décès informationnel, votre corps

pourra attendre les secours pendant plus d’un mégaJU. Nos cryoneurologues

spéculent qu’un appareil cérébral ainsi plongé en stase s’évade dans une rêverie

sans fin, appelée « point de Bierce ». Alors, laissez-vous aller et faîtes de beaux rêves.

 

 

 

(précédemment) (rembobiner)



#2 En hoir de Loup-de-lune

En hoir de Loup-de-lune

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Posté 22 mai 2020 - 02:25

... ainsi nous entendons le Chant final, où il est question de "stases"... et plus que jamais au cours de ce voyage il me paraît pertinent d'avoir l'étymologie dans ses bagages : "stasis", précisément "l'arrêt", et pourtant ici tout continue, tout est pulsion d'aube nouvelle ! L'arrêt, comme l'escale où se ravitailler d'essentiel. D'ailleurs "stasis" repose sur une très ancienne racine, dite "indo-européenne", signifiant "être debout", que l'on retrouve dans le verbe latin "stare", et qui est à l'origine de mots tels que "constituer", "instituer", "instaurer", "état", etc.
D'ailleurs le nom "Nef", retenu ici, évoque le bateau, ou mieux, la barque "traversière" du "passeur" des états de finitude et de corruption vers les états de diaphanescence et d'infini...


"Puis la brûlure est apparue Au milieu du ventre L'estomac peut-être Chaque jour empirant Intense Infernal Irradiant Inarrêtable Insupportable J'ai cessé de m'alimenter J'ai affaibli d'autant ce corps auquel je m'agrippais Devenus adversaires nous n'avions visiblement plus les mêmes objectifs Ce matin je me suis réveillé différent Toute peine a disparu Toute tristesse est révolue Et mon corps Je suis si vaste et complet et puissant Conscient comme jamais Tout est si clair et simple et évident"

Sagan 1551, Chant final


Parce que la douleur absurde est "inarrêtable", parce que l'alimentation rébarbative et complice "cesse", parce que le corps mélancolique ou bilieux est "révolu"... l'être est prêt à s'abandonner, ou à retourner, comme on retrouve son foyer après une longue odyssée, à la vastitude et à la plénitude !

On pense immanquablement aux êtres chers, aux êtres tant aimés, à qui l'on a tenu la main jusqu'au dernier tressaillement en cette vie corporelle et terrestre, soudain "petit amas de chair et d'os chétif et froid" qui vous dilacère le coeur et l'âme... Et pourtant, et pourtant, le répète une chanson française "cette impression folle que ses dernières paroles n'étaient pas les dernières !"... que quelque chose, déjà, s'était redressé, que quelque chose, déjà, se sera mis debout, re-con-stitué, et de cette taille d'étoiles, et de cette ampleur des "espaces incompris", et de cette galactique envergure de ce qui ne peut finir...

... au bout du voyage... et tout commence...


Merci à l'auteur de Sagan 1551, aux compagnes et aux compagnons de voyage, embarqués parfois si densément telle boétiane...

#3 Laurence HERAULT

Laurence HERAULT

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  • Une phrase ::Notre monde a besoin de plus de poésie
    Mais si l'on cherche bien, elle se niche partout.
    Il y a des fleurs sauvages au pied des grandes tours
    Et le chant des poètes embellit notre vie.

Posté 22 mai 2020 - 06:45

Merci de nous avoir embarqués dans cette odyssée spatio-temporelle inédite dont vous vous êtes plutôt bien sorti il me semble, compte tenu des circonstances...

Mes inquiétudes du début ont fait place à une curiosité grandissante... Jusqu'au dénouement final !

J'ai aimé ce partage quotidien de sensations et de réflexions intenses, et cette remise en question permanente de nos connaissances terrestres si limitées...

 

Merci pour ce voyage, et pour nous avoir permis de vivre à travers vous cette expérience originale et très enrichissante !

Je vous souhaite bonne chance pour la suite de l'aventure, sous cette forme ou pas. ;-)

 

Donnez-nous de vos nouvelles, de temps en temps...



#4 DimDez

DimDez

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Posté 22 mai 2020 - 10:42

Coucou Laurence ! Votre lecture me questionne un peu parce que... euh... plusieurs éléments laissent à penser que le narrateur... est... enfin voilà quoi, il ne s'en sort pas si bien que ça. Mais après tout, peut-être que, vu la polysémie des fins possibles, et dans le multivers plausible, il y a bien une dimension où l'optimisme est de mise. Un optimisme quantique. Et moi qui pensais y être allé avec mes gros sabots avec Ambrose Bierce. Comme quoi, on ne met jamais assez de néons clignotants (note pour moi-même). Merci en tout cas pour votre lecture guillerette qui rafraichit le lyrisme pompeux du Space Opera et son jeu de "je".

 

Et puis, Enhoir, encore bravo pour vos analyses dont la justesse me laisse songeur. Habiteriez-vous dans une partie de mon crâne ? Il y a déjà tellement de monde là-dedans. Bien vu pour l'embarcation du Charon, c'est pile dans le mille. Toute cette histoire tourne finalement autour de cet unique thème, la base de tout, la seule question ontologique, avec l'amour bien sûr.  Merci aussi pour la "chanson de geste", qui m'a fait, après moult hésitation, poster ces "cantus" sur un forum de poésie et non pas de nouvelles (outre le fait que je ne suis pas auteur de nouvelles). La poésie épique, c'est difficile aujourd'hui, et poussiéreux, mais je voulais m'y frotter depuis longtemps, sans trop tousser, parce que je suis allergique à la poussière, mais bon, on ne va pas non plus se raconter tous nos petits problèmes. Bref, merci merci merci.



#5 bɔētiane

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    boetiane.com

Posté 22 mai 2020 - 04:24

Ce récit m'a envahie 7 jours durant

          why ?

 

L'extase des ciels m'est grande, les phénomènes célestes m'ont parfois fait parcourir des milliers de km sur terre _boire le ciel avant qu'il ne me boive tout entière écrivais-je quelque part ailleurs >>> pour l'astronome-très-amateur que je suis, what else. . ... sinon plonger dans l'éblouissement _fascinée puis conquise.  Accident d'astéroïde (!) / traversée / trou noir / vélocité / vibrations / anamorphoses / spectacles / mondes luminescents et j'en passe >>> Dez bouscule.  Labo.  Bascule.  Imaginaire en ébullition.  Au plus près de la recherche scientifique qui étudie et sonde perpétuellement ces territoires

 

L'ingénierie narrative _magistrale >>> elle tient le lecteur en haleine de bout en bout, de facture irréprochable, non pas "pompeux"_je le redis : tu es dans ton labo, avec cette conscience souriante dont je parlais, qui amuse et divertit en contre-balancier.  J'aime ce que tu fais subir, dire et penser à ton personnage, dichotomie joueuse en place narrateur / protagoniste. ça brille. C'est brillant

 

L'exposant installe l'être humain au centre du récit _il est à la fois petit, nu, vulnérable, attendrissant, poète et grand >>> on s'identifie sans effort et sans filtre, c'est un peu chacun de nous. D'un accident d'astéroïde au tableau final, interprétations et niveaux de lecture pluriels. . .. mais puis-je ? >>> j'y ai lu l'aperture maximale, supra-élargie d'un coma (peu importe lequel) à 360° +++ sans haut ni bas, questionnement des "espaces incompris" et fresque céleste, mentale, monumentale ouvrant sur une alternative au très-haut soudain détourné, dénaturé, détrôné _avec la poussière et la naïveté en moins.  Je veux bien que ce soit ainsi. . .. ce serait plutôt magique, dis

 

Et non maestro, je n'ai pas toutes les clés de fa de sol ou d'ut _Sagan 1551 c'est même un vélo. . .. Quelle numérologie savante ? D'ailleurs, est-il vraiment nécessaire de craquer le code ?  Est-ce « finding our place in the cosmos » by Carl Sagan », astrophysicien ?  Toujours est-il que le Sagan 1551 qui nous intéresse est à lire et à relire parce que dense, drôle, aphrodisiaque et visionnaire

 

            mind-blowing journey

                          of awe & infinitude

 

alors c'est merci : )

              merci Dez, pour cet alcool merveilleux qui fait de l'instant

                           une œuvre d'art



#6 DimDez

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Posté 22 mai 2020 - 06:45

Chère Boe. Merci pour ces encouragements (plus que des compliments), qui me vont droit à la partie du cerv... ah non, je l'ai déjà faite cette vanne-là ! Bon, au coeur, alors, ils me vont droit au coeur.

 

Oui, bien sûr, rien à voir avec Françoise Sagan, que je respecte cependant. C'est un hommage à Carl Sagan, scientifique du 20e siècle, vulgarisateur (la série de documentaires "Cosmos" est indémodable) et romancier ("Contact", qui a inspiré un film à Zemeckis, où une Jodie Foster hallucinée, sous trip, s'écrit "they should have sent a poet"), fondateur du SETI, de l'exobiologie, et militant sceptique et pacifiste. Il a aussi participé au disque envoyé par la sonde Voyager. Il faut avoir écouté son discours visionnaire "Pale Blue Dot". J'ai aussi été inspiré par le passionnant "Étoile Mourante" de Dunyach et Ayerdhal, en particulier pour les "animaux-villes", ainsi que par les "habitats" imaginés par Peter F Hamilton dans sa saga "The Night's Dawn Trilogy". Et puis après, que des classiques du genre, du Guide du Voyageur Galactique à Star Trek, Vance, Simmons... Sans oublier l'extraordinaire nouvelle d'Ambrose Bierce "An Occurrence at Owl Creek Bridge" qui est à la base de tout.

Pour le cahier des charges des contraintes, je ne livrerai pas tout. Pour le plus évident, il y a 1551 signes par "chant", espaces non compris. 1551, c'est arbitraire, j'aimais la symétrie, 1441 c'est un peu court, 1661, un peu trop long. Il se trouve aussi que c'est l'année de la publication de la carte du ciel de Mercator. Les "chants" rappellent les arias des opéras, et la chanson de geste. Et enfin, les "annexes" font partie intégrante du texte. Du coup, le narrateur flotte quasi-mort dans l'espace dès le premier "chant", perdu tout seul, congelé dans sa combi, mais ce n'est qu'une interprétation possible, une occurrence. L'important, c'est surtout de rêver. Alors faîtes de beaux rêves.



#7 Laurence HERAULT

Laurence HERAULT

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Posté 23 mai 2020 - 09:48

Coucou Laurence ! Votre lecture me questionne un peu parce que... euh... plusieurs éléments laissent à penser que le narrateur... est... enfin voilà quoi, il ne s'en sort pas si bien que ça. Mais après tout, peut-être que, vu la polysémie des fins possibles, et dans le multivers plausible, il y a bien une dimension où l'optimisme est de mise. Un optimisme quantique. Et moi qui pensais y être allé avec mes gros sabots avec Ambrose Bierce. Comme quoi, on ne met jamais assez de néons clignotants (note pour moi-même). Merci en tout cas pour votre lecture guillerette qui rafraichit le lyrisme pompeux du Space Opera et son jeu de "je".

 

 

Bien sûr que l'on peut considérer que le narrateur ne s'en sort pas bien du tout, puisqu'il est en quelque sorte digéré par son hôte... Mais si l'on considère qu'il était parti pour errer sans fin dans le cosmos, et si l'on s'identifie à lui, il me semble que cette fin peut s'apparenter à un nouveau début, sous une autre forme, avec un autre état d'esprit, dans une conscience dite "supérieure"...

 

Et merci pour le décryptage du titre de cette aventure galactique, et les détails donnés sur votre cahier des charges... Très intéressant ! :-)