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Ricoche

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Hors-ligne Dernière activité : juin 23 2008 01:12

Publications sur Toute La Poésie

LES TORCHONS ET LES SERVIETTES

11 mai 2008 - 11:01

Ils leur arrivent d'être dégueulasses
D'avoir de la merde sous leurs godasses
Z'ont pas le souci du qu'en dira-t-on
C'est le tissu des bas-fonds
Les torchons

On les ménage, on les dispose
La journée elles se reposent
Elles sont à prendre avec des pincettes
On ne leur laisse que les miettes
Les serviettes

On les sous-entend, on les cache
C'est des apaches sans panache
Des gardes du corps de patachon
Des morceaux de toile sans éducation
Les torchons

C'est hygiénique, c'est bien pratique
C'est neutre, ça ne fait pas de politique
Elles s'adaptent comme des girouettes
Elles ont la tache discrète
Les serviettes

Ca part à la guerre dans le désordre
Ca obéit au doigt et à l'ordre
Ils se dépensent sans conditions
Et finissent leur vie en chiffon
Les torchons

C'est fragile, ça fait des manières
Elles sont sur nos genoux comme des écuyères
Sont copines avec les savonnettes
Elles sont nos témoins muettes
Les serviettes

Insouciance des torchons, ennui des serviettes,
Se sont mélangé un jour de tempête
Sans communes mesures se sont emmêlés ;
Partouze historique dans une machine à laver

Après l'essorage on les a séparés
L'humidité de leurs fibres s'est évaporée
Le vent a soufflé sur leurs amourettes
Mais depuis ils s'aiment en cachette
Les torchons et les serviettes

ROMEO ET GINETTE

10 mai 2008 - 09:57

ROMEO ET GINETTE



C'est des feuilles mortes qui s'accrochent

Un pull-over pour deux qui s'effiloche

C'est une cuisine dans la soumission de l'habitude

Contre une envie de respirer des altitudes



C'est une télé qui regarde l'amour en faillite,

Du quotidien quand l'ennui est au zénith

Une ménagère qui astique son alliance

Contre un poète qui s'enlise dans la prudence



Roméo n'aime plus la blanquette

Et ne dénoue plus le tablier de Ginette

Leur regard tendre et complice s'est tu

Dans l'indifférence d'un naufrage absolu



Roméo se noie dans des bouteilles fatales

Il voudrait s'évaporer du brouillard conjugal

Redevenir amant à plein – temps

Repeindre son cœur en bouquet de printemps



Ginette rêve que « monsieur propre » frappe à sa porte

Qu'une tornade blanche la réconforte

Faire l'amour du sol au plafond

Comme quand Roméo avait de la passion



Se contenter d'être fatigué, résigné, et sage

Entre un aspirateur et une table de repassage

La robe de mariée est tombée dans l'eau de vaisselle

Et les bouteilles vides se ramassent à la pelle.

EN VRAC

06 mai 2008 - 10:06

Le livre qui se referme à la page de l'enfance

La bouteille que l'on vide dans les artères de la colère

Le stylo qui sèche sur le papier de la défaillance

La cigarette qui mise à la loterie du cancer





Le cri de la solitude dans le noir de l'absence

Le chien fidèle dans le festin des cimetières

Le rouge nocturne des voitures de l'urgence

Le pain perdu dans l'anonymat des pissotières





Le message cardiaque dans les mains de l'insomniaque

Le trajet des larmes sur le visage des garçons

Le trou de mémoire d'un sexe au premier acte

La folie de l'ivrogne qui a perdu son tire-bouchon





La pureté maladroite des enfants de trente ans

Le micro débranché le soir de la générale

Le radeau de la rage au milieu de l'océan

Le mec tout seul dans la lumière de leur carnaval



La chaussure trouée de mes vers à pieds

Le quotidien banal sur écran cinéma

L'action du verbe dans les bourses clôturées

Mon ignorance qui donne sa langue au chat



ENCORE MOI

06 mai 2008 - 02:47

ENCORE MOI



Je suis en panne de vos sourires, je suis en peine sur mon navire

J'ai pour vous des cargaisons de lapis- lazulis, d'agates et de saphirs

A fond de cale, je reste sombre, un capitaine qui n'ose offrir…

Toutes ces chutes à mes élans emportés par le zéphyr…



J'entends un piano lointain qui m'accorde des notes juvéniles

Une petite fille qui me tend son aile pour aller sur son île

Une île désenchantée, une île à réparer, une île qui semble être en exil

Envoûtement ou sortilège, je suis volontaire pour me rendre dans cet asile



N'être qu'une ombre à ces chinoiseries qui nous encombre

Appartenir aux fleurs, s'offrir loin de leur vie de nombre

Protéger les chimères, les extraire de dessous les décombres

Dessiner un mouton à la petite princesse, luciole de ma pénombre



Je ne veux pas participer aux championnats d'amour économique

Je suis hors catégorie avec des éruptions de tendresse volcanique

Passionnément, à la folie, je n'ai pas d'allégés dans ma boutique

J'écris contre l'oublie, cascadeur de phrases acrobatiques



Chaque matin, je prépare le picotin pour les chevaux de la mort

Je les soigne dans l'enclos des prairies de la vie, sans remord

Larbin de la poésie, je ne sais plus taire la réserve de mon sort

Adolescent permanent, j'ai l'impatience de la visite de mon âge d'or