la sarabande de la chair et de l'esprit rompt
les prunelles claires des mots où midi installe
sa douceur ô leurre exact que tu dévoiles Bosch
de ta griffe mystique Et l'ombre inavouée s'ouvre
hantée d'extase et de folie en ce point vivant
du secret conçu au ventre étoilé du silence
lorsque souffle soudain la semence de l'Amour
Alors les tourbillons gras hululent dont tu cernes
le rictus foudroyé Alors s'inscrit dans les os
ce chariot de haute bestialité qui écrase
notre âge cette nef commune des sept péchés
où nous vomissons le désir et la mort l'unique
rien gonflé de foin sous le long regard du crapaud
parmi l'orgie rouge offerte aux lèvres du supplice
Le sabbat se magnifie de cris muets Des mains
étreignent les gorges nues les croupes adultères
de Sodome et Gomorrhe dans l'abîme des nuits
que rêve le cerveau et que chantent avec liesse
tous ces corps enchevêtrés si proche l'eau en feu
tous ces corps empalés par des branches qui sont nôtres
tu le sais poète médiéval comme tu sais
les excréments du Diable que nous serons peut-être
à trop abandonner notre âme aux grylles infects
le cou sur le cul la parole vraie étouffée
en l'épaisse macération de notre ivresse Or
le bouge fume toujours et Jésus-Christ se livre
blafard à nos trognes grotesques de cauchemar
à nos haines édentées qu'un sang visqueux embrasse
goulûment N'est-il pas un passage désormais
vers le seuil intime enfoui derrière la mémoire
des saisons dégringolant du plus royal jardin
Sans doute Et ton dur pinceau le dessine invisible
en pointillé d'oiseaux et d'insectes cruels Bosch
Car il faut à l'Enfer pour reconnaître son aile
noirâtre l'inexpugnable lumière de Dieu






