> tu es à Paris et il pleut,
> tu es à Bordeaux, dans le crachin
>
> en Béarn, les sols détrempés
> empêchent encore les labours de saison
> et l'herbe fauchée pourrit sur les champs
>
> un ami m'écrit des terres lointaines :
> "Ici, sur les bords de la Saguenay,
> c’est gris, froid, pluvieux,
> la neige sale fond doucement
>
> ... et l’espérance avec"
>
> et moi, je suis comme le jeune mousse
> de " El amor en los tiempos del cólera "
> en quarantaine sur le Río Magdalena,
> errant comme un zombie sur le pont,
> désespéré, et qui brûle de débarquer
> pour courir bien sûr embrasser sa mère
>
> surtout, j'envie le capitaine du navire
> qui a bourlingué sur toutes les mers
> du monde, jusqu'en Inde et au Japon,
> qui a appris la patience et qui imagine,
> jour après jour, heure après heure.
> tout au long de ces jours sombres,
> dans un grand rêve éveillé, heureux,
> ce qu'il pourra faire après l'épidémie
> de ses mains, de ses yeux,
> de son coeur,
>
> et qui, à la fin,
> confie au jeune garçon le secret de sa joie
> malgré les affres du redoutable choléra,
> qui répand partout la terreur et la mort :
>
> "Même alors, j'étais en fleurs.
> Je porte le Printemps en moi"
>
> je songe aussi avec bonheur à cet homme,
> à cet autre fou ou bien à cet autre sage*
> qui croyait en son génie et en son destin,
> sûr de lui, tel le danseur sur sa corde
> au-dessus du vide, suscitant l'admiration,
> et qui s'écriait dans son orgueilleux délire :
>
> "Je veux créer mon propre soleil ! "
>
>
>
>
> * Nietzsche: "Ainsi parlait Zarathustra"
>
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