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L'oiseau de feu (2ème partie)


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2 réponses à ce sujet

#1 Invité_Charlie_*

Invité_Charlie_*
  • Invité

Posté 18 février 2010 - 01:32

Camille trainait des pieds, trainait ses flammes dans un couloir lorsque je l’aperçus pour la première fois. Je m’interrogeai alors sur le mécanisme de l’illusion car que pouvait bien faire un oiseau de feu dans un couloir ? Ça n’avait pas de sens ! J’aurais pu m’approcher, lui poser directement la question mais je ne savais pas parler l’oiseau et les phénix étaient sans doute d’une nature sauvage. Ainsi je la mirais de loin comme on mire d’est en ouest le soleil, remettant chaque jour au lendemain la décision de jouer les Icare. Pas assez de cire stock. Je ne chassais pas la baleine ni ne faisais pousser des jojobas dans mon jardin. J’étais aussi apiphobe.

Après de longues semaines de passivité contemplative, j’avais choisi de déclarer ma flamme. L’acte aurait lieu au zénith. Ce n’était pas du courage mais davantage de la folie suicidaire car tout le monde sait que les zéniths sont peu cléments. C’est pour cela que l’amour a dessiné des balcons au clair de lune. Faciliter l’ascension ou la chute. A midi, on ne peut se raccrocher à rien ! A midi, on est kamikaze ! Il ne pouvait en être autrement. Combien cela aurait été ridicule d’attendre la nuit pour charmer un oiseau de feu !

A midi, j’irais, affublée d’une lyre, voir Camille. Les flûtes sont pour les rampants. Je lui chanterais ces contrées oubliées qu’elle avait sans doute survolées avant de se perdre dans un couloir. Je lui chanterais aussi l’histoire de mon ami le géant. Peut-être le connaissait-elle. Peut-être collaborait-elle également avec lui. J’étais curieux de connaître les clauses de leur contrat, impatient de savoir si les flammes d’un phénix sont vraiment éternelles. Je voulais me montrer, moi, ma belle lyre et mes sacs pleins de costumes gigantesques.

13h00. J’ai très mal chanté. Cassé une corde de la lyre mais Camille a gloussé. C’était très étrange d’entendre rire un phénix. C’était la première fois. Elle a demandé si je ne connaissais pas son frère par hasard. J’ai répondu qu’elle était le premier oiseau de feu que je rencontrais. Elle a dit que j’étais bizarre. Si ce n’est pas un comble ça ! Me taxer moi de fantaisie lorsqu’elle se permet de balader des flammes dans un couloir ! Elle a cru que je faisais le pitre mais je n’en suis pas un. Je suis tailleur ! Tailleur de Verbe ! Aurais-je été plus convainquant avec une grande paire de Ciseaux ? Et des bobines de fil en pagaille ? Je ne suis pas une Parque ! Je ne suis pas un pitre ! Je suis amoureux de Camille. Le zénith lui, plus moqueur qu’assassin.

Le soir même, je parlais de tout ça à Môssieur Ennui. C’est souvent à la nuit tombée qu’il venait se faire habiller. J’en déduisis que les géants et l’amour étaient les antipodes de l’obscurité mais les géants eux, n’avaient pas besoin de balcon. Leurs immenses jambes leur suffisaient pour décrocher la lune. Il passa trois doigts dans ses cheveux hirsutes –c’est ainsi qu’il réfléchissait le mieux – puis m’incita à attendre un moment plus propice pour avouer mes sentiments. Il ne connaissait pas Camille. Pourtant, il avait déjà croisé d’autres phénix et ceux-ci affirmait-il, se montraient plus courtois lorsque le soleil se couchait. Décidément ! J’étais bien néophyte en la matière ! Si j’avais su, j’aurais causé avec le géant avant de me jeter aveuglément dans les flammes ! Je m’empressai de lui demander pour quelle raison ces oiseaux étaient plus dociles la nuit. Il rétorqua que les ténèbres engourdissaient leur feu puis il se lança dans d’abracadabrantes théories concernant la combustion et les procédés pyrotechniques auxquelles je ne pipai pas grand-chose. Ce qu’il était savant et fou ce géant ! Je le remerciai cependant vivement tout en terminant la manche droite d’un complet découpé dans un tissu de mensonges et d’octosyllabes myosotis. Il partit vers les douze coups de minuit et je me couchai, épuisé. Tandis que mes paupières tombaient plus lourdes que des enclumes, je me promis monts et merveilles.

J’ai souvent recroisé Camille dans les couloirs ou dans la cour. Perchée sur un banc, elle était bien plus lumineuse que bavarde à croire qu’elle avait trop côtoyé les étoiles. Je ne tentais plus d’approche diurne. J’avais appris à faire le pitre et me contentais de ce rôle en attendant secrètement. C’est sur ce banc qu’elle affirma –entre deux silences –être bélier. Ça ne voulait rien dire. Voulait-elle m’induire en erreur ? N’avait-elle pas conscience de son plumage flamboyant ? Désirait-elle être autre ? Si j’avais été un phénix, je n’aurais changé de peau –enfin de plume – pour rien au monde ! Et surtout pas pour des cornes biscornues ! Ni pour de la laine plus emmêlée que les pelotes de Mamie ! Cela devait forcément cacher autre chose alors je me précipitai à la bibliothèque. Dans un petit dictionnaire de mythologie grecque et romaine, j’appris que le bélier était la fameuse Toison d’or convoitée par Jason et les Argonautes et non pas une suite d’adjectifs insipides à la fin des revues bon marché. Les pigistes manquent cruellement d’excentricité ! Une Toison d’or ! Rendez-vous compte ! Je n’avais jamais vu Mamie tricoter avec une pelote d’or ! C’était unique, extraordinaire ! Quel habile subterfuge ! Ainsi Camille dissimulait derrière des plumes en voie de disparition, un joyau des plus rares. Il me fallait donc devenir Argonaute !

#2 Invité_Charlie_*

Invité_Charlie_*
  • Invité

Posté 19 février 2010 - 12:10

Ben ça me fait bien plaisir!
Je la termine aujourd'hui cette histoire et hop j'embarque sur un autre bateau! :rolleyes:

#3 claricorne

claricorne

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 9 099 messages

Posté 19 février 2010 - 09:50

J'ai vraiment apprécié.
Tu recommences quand tu veux Charlie!