DE LA SAINE UTILISATUON DU KÄRCHER
Malraux, lui, n’était pas à l’Intérieur. Il réserva son Kärcher à la Culture.
Et c’était un homme puissamment cultivé puisqu’à l’époque, ô tempora, ô mores…tout ministre, du plus petit et surtout au plus grand, devait être, et l’était, spécialiste hautement qualifié pour les fonctions dont il avait la charge…
Et c’est lui qui donna le signal du départ à ce qui allait devenir au cours de la décennie la plus grande opération de nettoyage que tu aies sans doute connue sur tes façades en tout genre.
Le ravalement général qui s’ensuivit, communiquant sa rage de blancheur, avec un peu de contrainte mais aussi d’enthousiasme, au quasi ensemble des propriétaires particuliers, avait bel et bien trouvé son origine dans la splendeur retrouvée dont tout un chacun avait pu, dès le début des années soixante, constater la magnifique existence pour la première fois de sa vie.
La pierre renaissait, retrouvait texture et vie, resculptait les statues de Notre-Dame, en faisait bondir les gargouilles, ressuscitait le relief de ses frises et dentelles. Elle éclaboussait de sa blancheur l’ombre de ses porches, cessait de ternir les rayons d’un soleil captif mais, s’en étant teintée inimitablement, les restituait de proche en proche pour éclairer les moindres détails qu’avait sculptés le ciseau du compagnon d’antan.
Et dans mon esprit, c’était presque comme si le brave et talentueux artisan, de là où il gisait, se redressait de fierté, et, tout heureux de voir son chef-d’œuvre enfin reconnu car enfin rendu à la vie qu’il lui avait donnée, me soufflait : « C’est moi qui l’ai sculpté ! »
Moi-même déjà j’étais ému et ébloui, moi qui, certes, n’avait connu de presque blancheur à la belle cathédrale que le haut de ses tours, mais depuis cinq ou six ans seulement.
Que dire alors de l’émerveillement qu’avait dû ressentir au plus profond de son coeur le vieux parisien amoureux de sa ville, voyant, avant de fermer l’œil définitif d’une longue vie, son Paris disparaître pour renaître transfiguré, dans l’éclat révélé tout à trac de tant de mystères cachés sous la crasse et la poussière des ans ?
Peut-être même Malraux lui avait-il rendu plus difficile encore la séparation de toi, ne sachant au juste, à l’heure fatale, quelle image de toi emmener avec lui : celle de son enfance, qui t’avait fait aimer de lui, et qui n’avait pas cessé de l’accompagner de toute sa vie ?
Ou cette magique fulgurance de ta neuve blancheur, dernière image de ta sublime beauté, mais qui n’en assassinait pas moins celle qu’il avait toujours aimée ?
Heureusement, je ne serais jamais confronté à un tel choix de ton image, cher Paris, car si j’ai eu le temps de te connaître triste, et même parfois bien lugubre dans ta sale noirceur, ta métamorphose s’opéra dès mon adolescence.
Et le temps d’être adulte, tu avais pratiquement fait peau neuve.
Et totalement ! Car à la suite de Notre-Dame, emblème central et incontournable de toi, qui m’avait impressionné dans sa mue éclatante, tous tes monuments avaient suivi dans cette rénovation magistrale, quand certains même ne l’y avaient pas précédée…
Ce fut le cas de la Conciergerie et du Palais de ta Cité, dont la Seine put très tôt refléter dans le miroir de ses eaux toute la pure majesté de ses tours et la noblesse de ses murailles, qui retrouvaient dans la beauté originelle de la pierre la force de leur jeunesse et l’unité de leurs façades.
Oui au Kärcher...parfois...!
Débuté par Paname, mars 15 2007 09:22
3 réponses à ce sujet
#1
Posté 15 mars 2007 - 09:22
#2
Posté 16 mars 2007 - 06:51
Qu’est-ce que t’en sais ? Tout de suite, poursuivit-il pour le prince, il était au courant, et Zaliojev était parti le crier sur les toits.
#3
Posté 16 mars 2007 - 06:53
Qu’est-ce que t’en sais ? Tout de suite, poursuivit-il pour le prince, il était au courant, et Zaliojev était parti le crier sur les toits.
#4
Posté 16 mars 2007 - 07:28
Quand pour "communiquer", on fait un "com", on essaie de le faire pas trop surréaliste, histoire de pouvoir communiquer quand même...
Quant à le dupliquer...alors là, ça confine à la provoc, non ?
Quant à le dupliquer...alors là, ça confine à la provoc, non ?





