Qui pourrait mesurer ce que vous fait l’exile ?
Le dur vent du destin qui aux dures asiles
Éparpille au hasard ainsi que des poussières,
Des hordes transplantées de leurs pays précieux,
Aux lointaines contrées et sous d’étranges cieux,
Dans le malin vécu des bonheurs et misères.
Révoqué par la voie des dictats politiques
Ou pliés par les lois des hasards pathétiques,
Ils sont tous Caïn qui, maudit et condamné
Par un infect édit d’un mécène partial,
Court pour l’éternité dans un circuit fatal,
Sous un ban perpétuel, fétide et forcené.
C’est l’étonnant tournant et l’intriguant atout
Qu’impose, qu’en Viking se refait un Bantou,
Le Dieu qui en taquin malaxe les argiles
En concepts inédits et surprenants effets.
Et voici qu’en rune un indien se parfait,
Et qu’en Scandinavie se façonne un asile.
Ou, fuyant les huées, s’en vont des chinois
Dans d’autres climats et, en aguerris sournois
Forgés aux maillets des cultures surannées,
Y créent d’autres chines, visibles et propices,
Curieuses réfections des mœurs et édifices
Miroitant vaguement la patrie renoncée.
Ou encore qu’un arabe osant se dérober
Des bornes et des mœurs dès l’enfance absorbés,
S’en va à un ailleurs dépourvu de mosquées ;
Un peu comme un soldat, s’en allant à la guerre,
Est soumis aux voisins meurtriers et vulgaires,
Mais comme lui guignols, engrenés et moqués.
C’est des nouveaux abris où grouille l’étranger
En décors et senteurs et timbres mélangés,
Flottant et s’embrassant – tumultes exotiques
– Distillés et livrant en curieux éventail
L’implacable vigueur du cosmos en éveil
Et le nouveau Babel des chimies fantastiques.
Et sous l’énorme croix dressée sur ce calvaire
Parmi l’immense tas de sang et de calcaire,
Aux Sodome et Gomorrhe de partout établis,
Dans des milieux urbains ou de par les campagnes,
Peinent les immigrés et leurs braves compagnes
Tout au fond de la couche des amas de la lie.
Ils ont tourné le dos aux amours juvéniles
Et aux cœurs virginaux des amies infantiles
Qui se lamentent le jour et rêvent la nuit,
Accablées des désirs, des regrets et des cris,
Au cruel souvenir des vœux de ces proscrits
Et le fatal oubli buvant le temps qui fuit.
Oh! la mère abattue, après des vains espoirs,
Puis enfin résignée à l’âpre désespoir
D’accepter durement qu’en dernier Mohican,
Désormais est classé ce certain héritier,
Qui s’en est allé rechercher d’autres métiers
Et vivre vaillamment d’autres goûts et cancans.
Ce socle flagrant des relèves ancestrales
N’est ailleurs qu’un manant et un objet bancal
Sous un ciel préposé aux blasées agonies
De vaguer au hasard des sinistres climats,
Cherchant et prospectant comme un moineau au mât
Tout au sommet duquel il a perché son nid,
Et d’où, en émigrant, il sonde l’horizon
À travers les brouillards entourant sa maison
Qui ballotte aux roulis du bateau qui divague
Dans l’écume en fureur sur l’orage des flots
Qu’agitent les marées positionnant leurs eaux.
L’homme comme l’oiseau sont audacieux et vagues.
Portés par l’océan au gré de ses reflux
Ou cloîtrés dans les nefs fonçant dedans les flux
De la gaine éthérée qui enserre la planète,
Ils vont pareillement aux débris sans repaire
Dans l’ouragan des choix importuns ou prospères,
Dont nul ne peut prédire les résultats du net.
Hardis aventuriers, ils se muent en semences.
Répandues à tout vent de parmi mille essences,
Échouant au hasard des terrains et façons
– Sur des sols caillouteux, aux buissons épineux
Ou dans des sillons féconds des glèbes sans nœuds –
Et se clouent en colons et ingénus maçons.
Dans d’étroits amalgames où ils sont consignés
S’ajoutent ces migrants aux natifs résignés.
La panoplie des choix à présent élargis,
Fait qu’on voit côte à côte, assidus et à jeun,
Les prêtres des passions embusqués pour leurs gains,
Le poignard ou la croix leur servant d’effigie.
Des sinistres saisis, des aveugles bilans
Et des ires imprévues sont d’effrayants talents
Donc l’ailleurs est tapi lorsque, les mains liés
Au dos de leurs destins, s’exiler est le chef
Leurrant les émigrants aux défis dans des fiefs
Où peinent avant eux d’autres fous à lier.
Combien de déportés les durs engins du gain
Ont broyés l’existence à la quête du pain ?
Et combien au labeur dans des froides usines,
Les cruels accidents ont infligés l’impôt :
Par l’acide érodant, l’un abîmant sa peau
Et l’autre quelques doigts au sert d’une machine ?
Les gifles et crachats à leurs joues et leurs fronts,
Des grèges cicatrices imprimées dans leurs troncs
Sont des galons gagnés en valeureux héros
Et vaillants généraux pris aux dures campagnes.
En vrais innovateurs leurs zèles accompagnent
Ces vraies décorations imposées aux hérauts.
*
Et pourtant ces dégâts pâlissent infiniment
Devant les nostalgies et mensongers serments
D’improbables retours qui constamment travaillent
Le cœur d’un immigré. Un cœur jamais sevré
Des envies et saveurs — auxquels il est privé
— Amarrés et têtus, qu’il dorme ou qu’il veille.
*
Serait un scélérat, néanmoins qui nierait
Les joies de l’exile qui allègent ses traits :
Surprenant l’exilé, forgeant permanemment
Par l’idylle accomplie au velours de la main
D’une amante exotique, parfois à l’hymen,
Un lien à la sauvette aboutit notamment.
L’exilé charrie des pollens énergiques
Qu’en ardu géniteur, obstiné et stoïque,
Il injecte en ferments virils et édifiants
Dans son nouveau pays qui sans quoi vil et las
Comme une jolie fleur qui, malgré son éclat,
En vain brillerait sans l’abeille vivifiant.
Et si l’exile est vu comme une grande école,
C’est que la destinée y est un maître fol,
Et le chaste exilé, étudiant et livret.
En vivides écrits, l’ancre de l’expérience,
Vécue et salutaire, y note avec patience
La teneur des leçons et leurs perçus du vrai.
L’exile est un livre, une bible élastique,
Sournoise, variée, autant que narcissique
Et aux vagues concepts miroitant des atouts
Dont chacun se constipe et revient y prouver
D’incroyables raisons et rébus controuvés,
Malgré l’imprécation de divaguer partout.
*
Puis enfin consumés, lorsque survient leurs tours,
Givrent les trépassés aux mornes alentours
Où jamais en vivants ils rêvaient s’allonger,
Quand enfin écroués dans le sommeil sans fin,
Loin des innées patries et des heureux confins
Où ils crurent jadis leur fatigue alléger.
Par la main d’un savant nul récit historique,
Ou par un chansonnier un air allégorique,
Jamais ne narreront leurs étonnants parcours
Ou rappelleront-ils les doux bras maternels
Et les sages leçons du timbre paternel
Qui jadis assurèrent leurs avérés recours.
Exilé soit patient ! Tu gagneras ton prix,
Quand Saint Pierre dira: ”Bienvenu mon enfant ;
Entre et prend ta place au patrimoine enchantant.
Tu as longtemps cherché cet abri et patrie.
Parmi les chérubins et les migrants choisis,
Loin des griefs et tourments, il t’attend le voici ”.
Sash
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