TOUT SE PERD...
Nos amis Londoniens viennent de mettre au rencart leurs fameux bus rouges à double étage.
Même les British, donc, pourtant réputés à juste titre comme passés maîtres en l’art qui consiste à allier l’ouverture sur la modernité la plus innovante au respect résolu des traditions les plus ringardes, et à faire la synthèse superbe et profondément civilisatrice de l’ancien et du moderne, même eux, après des années de vaillante résistance, se mettent à suivre le mauvais exemple.
Et pourtant, avec quel bonheur n’ont-ils pas réussi le mariage de la queue de pie et de la mini jupe, le mélange du Yorkshire pudding et du King’s burger, la réunion de la chasse à courre et du saut à l’élastique, l’association du haut de forme et de la casquette de rappeur, l’alliance de la Worcestershire sauce et du ketch up ?
N’est-ce pas le pays où le bowling côtoie le croquet, où les mobs de quartiers voisinent avec les vélos d’Oxford, où le bar branché de Soho flirte avec le vieux pub élisabéthain, où la franche provocation s’affiche a côté du subtil understatement, où le bobby désarmé copine avec le robocop anti IRA, et où l’athlète des stades et des pistes n’a pas encore tué le lanceur de troncs d’arbres des forêts écossaises ?
Dans cette surprenante et merveilleuse Grande-Bretagne, qui aurait cru que ces British, champions du monde toutes catégories du maintien des sacro-saintes traditions, quelles que soient par ailleurs les tendances et les modes reconnues sinon initiées, finiraient par abandonner si scandaleusement leur rosbif à la menthe et leur fish and chips national, leurs taxis noirs rétros et leurs cabines de téléphone rouges, et, derniers en date dans cette bien triste vague d’uniformisation en modernité réductrice, leurs beaux vieux roadmasters, antiques autobus à double étage et à la face écarlate et écrabouillée de boxer affectueux !
Nobles et rouges marathoniens de Londres, c’était à celui qui s’échapperait le plus souvent du peloton pour montrer son dossard sponsorisé. Et on ne peut même pas dire que ces forçats de l’asphalte étaient vraiment à bout de souffle.
Mais que restera-t-il donc des symboles de l’Angleterre, sinon éternelle, du moins centenaire ?
Les Beatles ont éclaté, le Pont de la Tour ne se lève pratiquement plus, on ne chasse plus le renard, et les baked beans se font rares dans les assiettes matinales d’outre Manche…
Jusqu’à la reine, qui, malgré une vaillante et surprenante résistance, va bientôt être un roi !
Il ne reste plus qu’à fermer le ban…
God save the Bean !
Paname





