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(Note de lecture), Jean-Pierre Georges, Pauvre h, par Jacques Morin


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Posté 05 mai 2021 - 08:35



6a00d8345238fe69e20263e9a210bc200b-100wiEntrer dans un nouveau livre de Jean-Pierre Georges pour qui le fréquente depuis longtemps, câest plonger la tête la première dans un univers noir et grinçant mais quâon sait en même temps drolatique et paradoxalement réconfortant. Jean-Pierre Georges écrit une sorte de journal atemporel. Certaines choses sâinscrivent dans ce quâil vit, câest palpable, dâautres sont détachées de tout contexte, comme des pensées hors cadre. Câest le terme « notes » quâil emploie lui-même qui convient le mieux à tout ce quâil écrit. Aussi bien sentences drues quâanecdotes développées. De même, sâil est souvent lâacteur principal assumant ses gestes quotidiens, et ses propres réflexions, il peut se mettre en scène à distance devenant personnage dâun micro-récit. Et quand il ne sâagit pas dâune courte description concernant la nature : arbres, oiseaux plantes, par exemple, câest un simple dialogue ne comportant que des paroles de deux interlocuteurs désincarnés, voire des citations similaires de maîtres du genre (Réda, Houellebecq, Calaferte, Lichtenberg, Chardonneâ¦) qui relaiera ce qui apparaît comme un ensemble éclaté qui coagule sa cohérence et son unité dans cette suite de fragments autonomes. Jean-Pierre Georges est avant tout un observateur hors pair. Il observera aussi bien les gens dans toutes sortes de situations que ses propres réflexions soumises en temps réel à une analyse simultanée. Avec une quête continue de la « note ». Alors que lâon pourrait croire à le lire quâil passe le plus clair de son temps à se languir ou sâennuyer, il nâen est rien : Jean-Pierre Georges garde lâesprit curieux en permanence et ses moindres mouvements et ses pensées, fussent-elles anodines apparemment, sont scrutés pour en extraire si possible un aphorisme

Suicide : manque de patience

ou un commentaire. Même une saillie lyrique :

Sâendormir avec contre soi le petit cadavre du jour.

À croire que câest la motivation principale de sa vie. Il recherche sans cesse dans son quotidien ce quâil va tourner en faits littéraires en se saisissant des poches dâhumour noir quâil détecte comme un orpailleur ses pépites. Résultat : ironie, dérision, moquerie⦠Même sâil nâest pas toujours mordant, se contentant parfois dâun jeu de mots en passant

Ma mémoire fait des faux.

Ou bien

La vie écourte.

Ce qui est remarquable au-delà de cette pêche à la vacherie, câest quâil le fait avec un style de haute volée qui ajoute à la drôlerie la férocité, voire tout simplement la classe. Jean-Pierre Georges a de lâesprit ! Retors, malin, subtil⦠Il fait montre aussi bien dâune lucidité absolue que dâune misanthropie apparemment sans faille. Et il est intraitable en ce qui le concerne pareillement, fustigeant tout relent dâégoïsme. On peut sâinterroger sur le titre, pauvre h. Pourquoi cette initiale ? Il sâagit de lâhomme sans aucun doute, connaissant lâauteur. Mais pourquoi pas hère ou héros ? Statuts en complète opposition par lesquels on passe sans cesse, et ce flou, en forme de clin dâÅil, ne serait pas pour déplaire à lâauteur de « Lâéphémère dure toujours ». Sâil a accueilli le nouveau mot Brexit à son apparition « avec fatalisme », il y a quelques années déjà, quâen sera-t-il, pour cet atrabilaire de tout premier ordre, de la période du confinement sur laquelle il travaille sans doute pour le prochain volume ?

Jacques Morin

Jean-Pierre Georges, Pauvre h., éditions Tarabuste, 2021, 220 pages ,16 â¬.


La solitude nâest pas supportable, la relation non plus. On choisit quand même la relation, parce que lâautre a toujours plus de substance que soi, on préfère une opacité à un néant. (p. 11)

Si une opinion â à laquelle jâadhère - est défendue devant moi avec âpreté, je mâen désolidarise aussitôt. (p. 14)

Encore un qui est mort, que je ne croiserai plus poussant sa bicyclette dans les rues de Chinon. Je ne trouvais rien à lui dire â une vieille connaissance pourtant. Un pensum de moins. (p. 19)

Je nâai aucun sens de la filiation, ce pur produit de hasard et de génération humaine⦠parents, enfants, etc. On doit se prosterner devant ce phénomène ovulaire et séminal : la société ne résiste que grâce à cette sacralisation. (p. 23)

En remettant de lâordre dans ses pensées, il retrouve un bouton de chemise. (p.75)

Dans le vent qui se lève : la raideur militaire de lâépicéa contraste comiquement avec les contorsions concupiscentes des jeunes bouleaux. (p. 99)

Vous nâavez pas de cancer me dit mon urologue avec une pointe de déception dans la voix. (p.109)

Encore mordu (au talon) par un tout petit chien dans un hameau perdu alors que je pédale. Ça saigne. La maîtresse du petit chien surgit : « Jâai honte, jâai honte, gémit-elle, venez chez moi, je vais vous faire un pansement ». Je la suis, ce nâest pas loin chez elle, une ferme. « PASCAL ! LE CHIEN A MORDU UN MONSIEUR ! » Pascal arrive désolé, confus. Je mets une heure à les consoler tous les deux, à les rasséréner. Je reprends la route des gâteaux plein les poches. (p. 125)




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