Aller au contenu

Photo

La performance de la réalité


  • Veuillez vous connecter pour répondre
15 réponses à ce sujet

#1 serioscal

serioscal

    Serialismo Rigoroso

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 9 961 messages
  • Une phrase ::All series are not red. But some are. They burn-speak.

Posté 29 mai 2009 - 10:59

Qu’est-ce que la réalité, si son déni est si aisé ? Comment l’évaluer ?

Car il y a bien lieu d’évaluer, n’est-ce pas ? La qualité de la réalité doit être examinée en toute rigueur, je dirais même : en toute série. Afin qu’elle rende le maximum de satisfaction à qui en use, cela me semble correct. Car il est bien certain que la réalité n’est pas au point, pas exactement au point. Et l’on comprendrait mal de devoir se satisfaire d’une chose qui, d’évidence, ne saurait satisfaire en l’état. Ce qui oblige à la reformuler, jusqu’à ce qu’elle fonctionne. Car trop souvent, elle dysfonctionne. Et c’est bien là que nous devons intervenir. Nous voulons qu’elle performe. Qu’elle rende toute satisfaction. Sans quoi, nous irons voir la concurrence.

Il faut évaluer. Je veux dire qu’on ne peut pas laisser la réalité faire n’importe quoi : ce serait l’anarchie, cela ! Et comment évaluer l’anarchie, le chaos, l’absence de lois et de principes ? Ce serait ingérable. Il n’y aurait pas de quoi se plaindre, alors, que « la réalité n’est pas exactement au point ». Au contraire. C’est vous que je tiendrais pour responsables d’une telle situation. Si la réalité va à vau-l’eau, il en va bien un peu de votre faute. Où étiez-vous quand on vous demandait d’élaborer des tableaux de bord relatifs à la qualité de la réalité ? Vous coïtiez ? La belle affaire ! Est-ce que vous croyez que c’est ainsi qu’on la fabrique, la réalité ? Hypothèse grotesque. Ce n’est pourtant pas compliqué, ce qu’on vous demandait : tout commençait pas la définition de segments de réalité (la vôtre) en échelle graduée (de 1 à 5, pour commencer).

Vous ne comprenez pas ? Ce n’est pas grave, il s’agit surtout d’appliquer une méthode qui garantira à la réalité une qualité totale. Totale, vous dis-je. Autant dire que la satisfaction qui en découlera sera, elle aussi, maximale. Alors que si vous vous entêtez à vous foutre la gueule dans de l’eau bouillonnante, comme vous le faites de façon excessivement neutre, calme, bienveillante (vis-à-vis de tous les « accidents » de la réalité), les choses ne feront que se compliquer pour vous. Et pour nous, qui devrons rectifier votre réalité en la rendant audible, admissible, raisonnable. Soyez raisonnable, donc. Vous ne voudriez pas vous rendre responsables de débordements quelconques de la réalité qui pourraient nuire à d’autres, autant qu’à vous-mêmes ? La réalité est un service comme un autre, voyez-vous ? On ne saurait la laisser faire n’importe quoi. Vous seriez le premier à vous retrouver disqualifié, par la suite. On vous demanderait : « Quel est votre indice de satisfaction, à vous ? » et que répondriez-vous ? Zéro, un, deux, un « chiffre imaginaire » ou peut-être sans voix, essaieriez-vous de vous en tirer par un dessin abstrait ? Une figure en forme d’arc ? Noir, un dessin absolu ? Et neutre, vous voudriez rester dans le neutre quand on vous propose de définir les processus qui font toute la qualité requise pour une réalité donnée ? Allons, allons…

Ne soyez pas naïf, la singularité de votre expérience personnelle n’intéresse personne, vous n’êtes pas performant à ce stade. Il y a lieu de corriger les processus qui définissent votre réalité. Sinon, je ne vois pas à quoi elle sert, votre réalité. Excusez-moi mais si on la balaie, demain, ce sera bien de votre faute. Vous n’aurez pas à vous en plaindre. Vous vous serez laissé piéger, vous êtes un idiot. Il faut vous adapter, d’autant qu’il n’y a pas d’alternative possible, n’est-ce pas ? S’adapter ou disparaître, c’est tout ce qui est possible. Et disparaître pour avoir voulu sentimentalement s’en tenir à des choses médiocres (du point de vue de la qualité, vous obtiendriez zéro ou un sur un paramètre à fort coefficient) : vous êtes mort dans le film, autant le dire tout net. Je ne vois pas de quel droit vous osez ouvrir la bouche. Personne ne peut vouloir entrer en relation avec un opérateur de dysfonctionnement, c’est bien normal. Pour qui vous prenez-vous ?

#2 Comtoise

Comtoise

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 2 044 messages

Posté 29 mai 2009 - 11:16

.......

#3 +-+-+-+

+-+-+-+

    Tlpsien +

  • Membre
  • PipPip
  • 14 messages

Posté 29 mai 2009 - 11:19

......

#4 +-+-+-+

+-+-+-+

    Tlpsien +

  • Membre
  • PipPip
  • 14 messages

Posté 29 mai 2009 - 11:47

.......

#5 Comtoise

Comtoise

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 2 044 messages

Posté 29 mai 2009 - 11:56

.........

#6 J.G. Mads

J.G. Mads

    J.G. Mads

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 4 651 messages
  • Une phrase ::Sans haine ni espoir.

Posté 30 mai 2009 - 10:02

qui est "nous" ?

#7 orphic

orphic

    Tlpsien ++

  • Membre
  • PipPipPip
  • 332 messages

Posté 30 mai 2009 - 10:26

Bonjour Serioscal,

Je crois que tu vas laisser pas mal de monde dubitatif face à ton récit. Tout ceux qui ne sont pas familiariser avec le jargon abscons de de l'ISO, qualité totale , et management par les processus.

En tout cas je pense que tu t'es fait bien plaisir à crire ce texte. Un bon defouloir l'écriture, certainement.

Moi j'ai apprécié ton texte. Une merveille d'ironie, de sarcasme et de poésie!

Bravo

Orphic

#8 serioscal

serioscal

    Serialismo Rigoroso

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 9 961 messages
  • Une phrase ::All series are not red. But some are. They burn-speak.

Posté 30 mai 2009 - 12:26

Bonsoir Orphic

Tu as entièrement raison. Et ce n'est que le début. Le projet est celui d'une... performance (un one-man show ?) qui pourrait se concrétiser en novembre. Je vous tiendrai au courant.

L'ami Pov' va encore me traiter de fou furieux mais c'est une simple question d'habitude. Je tiens le discours de "l'évaluation" et de la "démarche qualité" pour les pires poisons de l'époque. Ils expliquent partiellement l'impuissance des politiques, eux-mêmes soumis à la loi de cette idéologie qui désormais régit jusqu'au budget de l'Etat (via la LOLF et la RGPP).

La subordination des services publics aux critères de la "performance" et de la "qualité de service" (autrement appelée, dans un discours fantasmatique, "qualité totale") me paraît directement liée à la liquidation du socle social que représentait le régime de solidarité hérité de la Libération (le programme du Conseil national de la résistance).

Qui dit performance dit concurrence. Qui dit concurrence dit élimination du faible. Soit : le contraire de la solidarité. Qu'aucun parti politique ne mette en cause ce régime me paraît des plus inquiétants. Car ce régime correspond, au bout du compte, à un eugénisme social.

Certes, ce texte (et ceux qui le suivent) ne sera compris d'emblée que par ceux qui ont été amenés à manier ces concepts. Il en intriguera d'autres. Certains comprendront "a posteriori"... Bref, je ne vise pas la compréhension totale, pas plus que la qualité totale. Je vise une guerre de positions. Et la mienne est très nette : c'est celle du mal foutu, du débordement du sens, du "dérèglement de tous les sens" (Rimbaud), du "désordre et de la complexité (Louis-Jean Calvet), de l'organisation du chaos (Artaud / Boulez). Bref, de la liberté, de l'humanité, de l'adage charien : "L'homme fuit l'asphyxie".

Merci de vos commentaires. Dommage que Comtoise ait effacé les siens. J'avais juste pu lire le premier d'entre eux, avant de m'endormir hier soir.

A l'extrême opposé de ce texte, je vous joins celui-ci, que je tiens pour mon testament même si je n'ai pas l'intention de mourir dans les jours à venir :

Carnet intime.

Les espoirs et les chutes. Nous souvenons-survenons. Passons des paysages, ils nous percent. Avant-hier c'était le vent, du côté de Malo les Bains, chargé de sable. Il nous rendait aveugles, nous étions heureux. Le sol aussi comprenait la magie, avec ses nuages de sable qui se déplaçaient autour de nous. Ainsi va la vie. Je veux dire que s'il n'y avait la magie de ces instants, on se sentitait l'âme prête pour la mort. Une vision globale des choses du monde – ou de ta propre vie – te mène au désespoir moqueur, à ces deux ennemis de la vie que sont le désir de mourir et le cynisme moderne. Mieux vaut partir de ces instants, dans leur fragilité, de ces rencontres, même evanescentes, et de la « petite vie » surtout. Nous sommes gens de rien et le bonheur serait ici;
Déchirement. Avec l'âge la conscience s'accroît. Donc, le déchirement. Se départir du temps de son enfance est une entreprise faramineuse et qui coûte plus qu'elle n'apporte de joie ou de réconfort. Pourtant, dans le déchirement, sans le nier, sans chercher à le perdre de vue, se noue un nouveau pacte. La vie comme un défi. La vie à elle-même opposée. Tout ce qui dans la vie nie la vie. Et ce qui dans la vie affirme la vie. Et qui n'est pas une profusion de joie qu'on nous assène, ici et là, dans vos « fêtes », vos massacres. Non, non : il y a autre chose. Une révolte, mais une révolte secrète. Certains croient au pouvoir, d'autres non. Aux premiers, ne dites surtout pas ce qu'il en est. Le pouvoir ? Mais ils en ont besoin, comme un enfant de son biberon ou de sa têtine. L'anarchie, ce n'est pas – je ne crois pas – un dogme : c'est un des constituants essentiels de la vie psychique, dans sa dimension sociale. Sans laquelle nous serions des automates. Nous jouons et nos rôles sont plus ou moins instables. Bien malheureux qui croit à la réalité du rôle qu'il joue ! Tout ce qu'on peut lui souhaiter, à celui-là, c'est qu'il se rende compte de la fiction qui est la sienne : Alain Merzin.
Il est d'autres réalités, plus fragiles et peut-être empreintes d'irréalité mais d'une vérité indéfectible. Et donc, elles sont – la réalité elle-même. C'est à Dunkerque une arrivée sous des trombes d'eau, malade mais convaincu de retrouver un espace familier. Au-delà du politique il y a la réalité, elle se tient tranquille, prête à nous recevoir quand nous serons revenus de nos jeux.
Il y a le symbole. Cette chose est telle que pas une définition ne la tient. Le symbole, ce n'est pas simplement un signe, une relation d'équivalence entre un objet et une signification. Le symbole est une transaction plutôt, la part d'investissement psychique que recèle un objet, tout objet, de la réalité. La part magique du symbole tient dans sa transmission. La terre. Les bâtiments et les rues d'une ville. Se chargent d'une part de vous et je vous y retrouve et vous m'y recevez. C'est le symbole, certes. C'est aussi la réalité. Vos fantomes et le mien se rencontrent dans un espace intersticiel si l'on veut, secret en tout cas. Et le fantome qu'ensemble nous formons : il est vivant car la vie est le propre du fantome. Les existences fantomatiques sont les plus vives, de nos jours.
Mais je reviens. Je réfléchis et tente de comprendre le chemin parcouru. Si même j'ai parcouru du chemin, ce dont je ne suis pas sûr en dépit des événements qui se sont précipités durant l'année qui termine de s'écouler. Le déchirement est-il plus profond qu'hier ? Plus douloureux ou au contraire a-t-il passé un seuil de la douleur ? Un seuil passé lequel je vois qu'il me faut vivre avec, ce qui d'ailleurs s'avère étonnamment léger en dépit des provocations accélérées de la masse événementielle, sans pour autant avoir sombré dans la folie ?
Je ne devrais pas fanfaronner : la lutte est continue et ses renversements nombreux. Une violente dépression me guettait, c'était il y a trois semaines à peine. La fatigue devait me retirer tous mes pouvoirs magiques. Je regardais la télévision, rendez-vous compte ! Et puis j'ai retrouvé des forces, quelques-unes, quelqu'un m'a aidé. Et puis Dunkerque, et puis...
Aussi ce que je puis en dire n'est que palinodie d'une palinodie qui sera à son tour contredite demain. La sismographie n'est pas fiable mais forme ses dessins propres. Qu'ils vivent de leur vie. Je ne vois guère l'intérêt qu'il y aurait à recenser les lueurs claires et sombres de mon existence.



#9 J.G. Mads

J.G. Mads

    J.G. Mads

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 4 651 messages
  • Une phrase ::Sans haine ni espoir.

Posté 30 mai 2009 - 04:39

tu parles de dérèglement des sens : tu prends quoi, toi ? on peut savoir ou avoir une idée ?

ton premier texte est pas mal ; le deuxième est très beau

#10 claricorne

claricorne

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 9 099 messages

Posté 30 mai 2009 - 05:24

D'accord avec toi...

#11 No. 7

No. 7

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 1 609 messages

Posté 31 mai 2009 - 04:02

Le probleme est simple : le principe d'incertitude d'heisenberg ... il existe un petit cube dans lequel on ne pourait voir que si l'on arretait le temps. Cela etant physiquement impossible - ou conceptuellement audacieux au choix - la réalité nous est donc inaccessible. En philosophie on appellerait realité la limite lorsque l'objet tends vers la chose en soi.

Parlons physique maintenant. Une des evidences de la physique quantique - et que certains devrait connaitre - est que l'observation d'une particule modifie necessairement son état. Cependant nos chers scientifiques, lorsqu'ils souhaitent balancer un satellite se fie a la physique classique c'est à dire qu'ils observent la trajectoire et en deduisent empiriquement des lois ...

Mais bon moi je dis çà comme çà hein, c'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces :lol:

http://fr.wikipedia....e_d'incertitude

NB : http://fr.wikipedia.org/wiki/Neutrino

#12 claricorne

claricorne

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 9 099 messages

Posté 31 mai 2009 - 06:12

Le probleme est simple : le principe d'incertitude d'heisenberg ... il existe un petit cube dans lequel on ne pourait voir que si l'on arretait le temps. Cela etant physiquement impossible - ou conceptuellement audacieux au choix - la réalité nous est donc inaccessible. En philosophie on appellerait realité la limite lorsque l'objet tends vers la chose en soi.

Parlons physique maintenant. Une des evidences de la physique quantique - et que certains devrait connaitre - est que l'observation d'une particule modifie necessairement son état. Cependant nos chers scientifiques, lorsqu'ils souhaitent balancer un satellite se fie a la physique classique c'est à dire qu'ils observent la trajectoire et en deduisent empiriquement des lois ...

Mais bon moi je dis çà comme çà hein, c'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire des grimaces :lol:

http://fr.wikipedia....e_d'incertitude

NB : http://fr.wikipedia.org/wiki/Neutrino


Jusqu'où mène la poésie... :)

#13 No. 7

No. 7

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 1 609 messages

Posté 31 mai 2009 - 07:02

:lol:

#14 .ds.

.ds.

    Tlpsien +++

  • Membre
  • PipPipPipPip
  • 3 825 messages

Posté 01 juin 2009 - 12:50

"vous n’êtes pas performant à ce stade"


J'adore.

#15 Joe

Joe

    Tlpsien ++

  • Membre
  • PipPipPip
  • 216 messages
  • Une phrase :::
    .
    Le
    présent
    tasse
    le
    sillon
    .

Posté 04 septembre 2011 - 04:13

perforer la démence de la dull reality

#16 Vivien

Vivien

    Tlpsien +++

  • En cours de validation
  • PipPipPipPip
  • 1 318 messages

Posté 12 septembre 2011 - 09:04

bien vu Joe
c'est plutôt rare, mais les deux textes de serioscal je les ai compris au-delà de la simple sensation esthétique.
il y a des moments dans ta vie où tu as besoin de lire un texte qui t'épaule. le lire est une chance.