ALPINISME A SAINT-PAUL
(LONDON, IX)J’avais franchi sans difficulté apparente, et fier de ma capacité si peu émoussée, l’interminable première volée de marches, columelle géante qui m’offrait d’accéder sans effort au premier niveau de l’ascension, en n’ayant concédé qu’une part minime de mon souffle.
Les choses s’étaient vite gâtées en quittant cette nationale de montagne pour suivre la route secondaire, déjà moins praticable, qui allait enfin m’ouvrir l’accès plus escarpé à la célèbre Galerie des Murmures.
La basse arcade finale ménagée dans la muraille épaisse du soubassement de la coupole, força mon échine à une ultime courbure, mais, triomphant, je la redressai pour jouir aussitôt du sentiment dominateur, si chèrement acquis, que m’offrait le spectacle grandiose s’étalant devant moi.
Tout n’était que beauté et harmonie.
Au dessus, dominait l’immense coupole, elle-même surmontée de la sienne propre, qui à elle seule garantissait à son génial auteur une reconnaissance séculaire bien méritée.
Au dessous, se laissait dominer la majestueuse croisée des larges transepts et de l’imposante nef.
Les fourmis, à la taille desquelles se réduisaient maintenant les colonnes mêlées de touristes et de fidèles, y progressaient en désordre ordonné sous mes yeux de La Fontaine d’un jour.
Depuis ce point d’observation suspendu à mi-chemin du ciel et de la terre, je ne pouvais qu’avoir conscience des avantages qu’il y avait pour l’être humain à rechercher en tout l’équilibre, le juste milieu, le raisonnable, certain de sa puissance mais jamais oublieux de ses limites, bref, d’expérimenter la notion conjointe et nécessaire du grand et du petit, du possible et du téméraire, du bien et du mal, de l’humain et du divin, en un mot, à cultiver en tout la pondération, la « balance », comme disent si concrètement les Anglais quand nous parlons d’équilibre, et, en fin de compte et en toute humilité, la relativité.
Quelle belle leçon donnée à l’esprit par la seule vertu de l’architecture !
Et d’abord par celle de l’architecte lui-même !
Saint-Paul, partageant avec l’Abbaye de Westminster le privilège, entre autres, de remplir avec majesté et reconnaissance le rôle dévolu chez nous au Panthéon parisien, ne pouvait pas ne pas abriter les mânes de son concepteur de génie. Et si son épitaphe trahissait un ego certes fort dimensionné, elle prouvait aussi le visionnaire hors du commun qu’était Sir Christopher Wren.
Nul doute qu’un tel homme laissait ici un héritage qui le qualifierait sans conteste pour une entrée immédiate au Panthéon International des grands de ce monde…à condition qu’il en existât un.
Paname





