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Les Symphonies de Bruckner : Pyrophilia

Posté par Loup-de-lune, 12 janvier 2019 · 779 visite(s)

Les Symphonies de Bruckner

Pyrophilia



culmine son château de brûlance

ses cheveux longs en autan
contrepointent de jais le rubato des flammes

depuis le pénultième hurlement
l'assumation forjette une tour

dans l'incandescence des amants
le franchissement épuré taille les degrés

à autoriser les meurtrières en son tréfonds
moindre encor la chair de Pyrophilia

la confluence des limbes cardinales
corolle de vents polychromes vouée au délivreur
y pâlit sa navrance surie

hyalocarde et alvéoles se redéfinissent au naissant emplir

les vaisseaux musiqués
jusqu'à la capillarité qui porte
passent le sceptre des rais

et venu parrainer déclins et consumances
ce symbiotique finale...

de son apostolat colosse
combien s'irrigueront les rameaux
qui tressent l'asymbolie avec les passées des météores...

les incalculées tuileries
perpétuels dénudements à la parieuse d'empyrées
que seule une myriabole gamme argumente



Iridescences

 

 

Le titre général de cette suite de textes , Les « Symphonies de Bruckner », institue , d’emblée, une atmosphère théâtrale, dramaturgique , avant même toute lecture . « Pyrophilia » : ce poème liminaire, est, lui une hétérotopie , un autre lieu que de façon elliptique est situé en un lieu montagneux : c’est le premier mot du texte qui l’indique : « culmine ».

 

Dès le titre, l’univers du feu est suggéré , mais un feu aimé, comme un ardent désir de dévoration : « Pyrophilia ». Les occurrences du champ sémantique du feu (« Pyrophilia », « brûlance », « flammes », « l’incandescence », « consumances », « météores », « empyrées ») et de celui de la musique (« rubato », « musiqués », « finale », « gamme ») s’entrecroisent, ponctuent le texte, comme une rythmique musicale, car c’est de feu et de musique qu’il s’agit , dans cette nouvelle « nuit du Walpurgis » , où le décor d’un « château » est planté dès le troisième mot. Mais ce château est en « brûlance » tandis que souffle «l’autan », qui agite les « cheveux » de la protagoniste, « Pyrophilia », comme les « flammes », elles, s’emploient à jouer un « rubato ».

L’atmosphère est d’autant plus tragique que résonne un « hurlement» dont l’adjectif « pénultième », qui le qualifie, donne à penser à quelque issue fatale.

 

Ce feu physique se superpose à une « incandescence » amoureuse , celle des « amants ».

 

L’atmosphère tragique est esquissée par le mot « meurtrières », qui fait planer une interrogation sur le destin de Pyrophilia, ou par les mots du vocabulaire de l’anatomie : « hyalocarde », alvéoles », « vaisseaux ». Rien n’est dit , tout est suggéré, laissé à l’imagination du lecteur.

 

La force de ce texte, c’est que le feu terrestre que l’on décrit va s’élargir dans le « finale » de cette symphonie de mots, en un feu du ciel, de ce ciel même où passent les « météores » en feu, lorsque la « gamme » musicale lance , comme le dit le mot « myriabole », des milliers d’éclats de lumière et feu , accomplissant, en de multiples iridescences, le désir même de « Pyrophilia ».

 

 

 

12/3/19

 

Michel Conrad

Iridescences

 
 
Le titre général de cette suite de textes , Les « Symphonies de Bruckner », institue , d’emblée, une atmosphère théâtrale, dramaturgique , avant même toute lecture . « Pyrophilia » : ce poème liminaire, est, lui une hétérotopie , un autre lieu que de façon elliptique est situé en un lieu montagneux : c’est le premier mot du texte qui l’indique : « culmine ».
 
Dès le titre, l’univers du feu est suggéré , mais un feu aimé, comme un ardent désir de dévoration : « Pyrophilia ». Les occurrences du champ sémantique du feu (« Pyrophilia », « brûlance », « flammes », « l’incandescence », « consumances », « météores », « empyrées ») et de celui de la musique (« rubato », « musiqués », « finale », « gamme ») s’entrecroisent, ponctuent le texte, comme une rythmique musicale, car c’est de feu et de musique qu’il s’agit , dans cette nouvelle « nuit du Walpurgis » , où le décor d’un « château » est planté dès le troisième mot. Mais ce château est en « brûlance » tandis que souffle «l’autan », qui agite les « cheveux » de la protagoniste, « Pyrophilia », comme les « flammes », elles, s’emploient à jouer un « rubato ».
L’atmosphère est d’autant plus tragique que résonne un « hurlement» dont l’adjectif « pénultième », qui le qualifie, donne à penser à quelque issue fatale.
 
Ce feu physique se superpose à une « incandescence » amoureuse , celle des « amants ».
 
L’atmosphère tragique est esquissée par le mot « meurtrières », qui fait planer une interrogation sur le destin de Pyrophilia, ou par les mots du vocabulaire de l’anatomie : « hyalocarde », alvéoles », « vaisseaux ». Rien n’est dit , tout est suggéré, laissé à l’imagination du lecteur.
 
La force de ce texte, c’est que le feu terrestre que l’on décrit va s’élargir dans le « finale » de cette symphonie de mots, en un feu du ciel, de ce ciel même où passent les « météores » en feu, lorsque la « gamme » musicale lance , comme le dit le mot « myriabole », des milliers d’éclats de lumière et feu , accomplissant, en de multiples iridescences, le désir même de « Pyrophilia ».
 
 
 

12/3/19 

Michel Conrad

... j'évoquai il y a peu cette "densité de la parole" requise lorsque l'on vient à la rencontre de l'autre-en-poème... et voilà ce prodigieux présent de votre interprétation !...

Me revient à la mémoire cette parole immémoriale : "Ne rien affirmer et ne rien nier"... Toutefois, que Sakyamuni me pardonne, si je me sens libre, ici... d'affirmer, Michel, toute ma gratitude !

Vous partagez ce mot si évocateur "iridescences"... J'apprécie tout particulièrement les mots qui présentent au sein de leur composition l'infixe inchoatif -sc-, ainsi "incandescence", "adolescence", "marcescence", etc. Beaucoup sont à inventer ! La poésie n'est-elle pas une invention continuelle ?...
Cet infixe signifie le commencement, le progrès de l'action ou de l'état. Pyrophilia et ses soeurs n'auront en effet jamais ni l'arrogance ni l'ardeur d'achever, elles s'inscrivent chacune par leur geste extrême, par leur acte des confins, dans la naïveté de l'inchoation, dans le commencement perpétuel, dans le fatal possible de leur Vie plus vivante.
La Symphonie, qui ne fait plus qu'une seule créature jubilatoire et ignée avec Pyrophilia, est un prélude à la Musique éternelle du Silence.

...Il n'est plus envisageable de distinguer en effet les nuances atomiques de l'arc-en-ciel et les notes de musique... Correspondance accomplie...et puisque les rouges et les bleus et les indigos vont violonant, il n'est pas interdit d'inviter le mot "synesthésie".

Pyrophilia : histoire de la communion entre l'irréversible délivrance et la musique qui recompose l'être...


... De toutes les tentatives de réflexion sur la modernité poétique, il se dégage cette idée essentielle que le poème n'est plus un message céleste que le poète-intermédiaire transmet au lecteur, mais bel et bien une manière d'étroite collaboration entre ce même sensible lecteur et l'initiateur du texte...

Michel, ce que vous venez faire pour les Symphonies de Bruckner exauce le voeu que je formulai il y a peu en faveur d'une lecture qui participe authentiquement de la création du poème.


De toute mon amitié reconnaissante,

Loup-de-lune

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