Cela fait 2 jours qu'il pleut sur la ville. C'est minuit et la pluie continue encore plus fort avec des éclairs et du tonnerre. Je suis très préoccupé par le bâtiment où je loge. Le toit est entouré de gouttières, mais j'ai peur qu'il ne s'écroule sur moi. Les murs sont humides et fendus et le plancher est inondé. Cela fait deux nuits que je ne dors pas, je reste éveillé en marchant de part et d'autre en priant Dieu de nous protéger Faim et moi. Et à chaque coup de tonnerre répété, mon fidèle ami court vers moi, s'enroule entre mes jambes et hurle de peur. Je m'accroupis et l'embrasse :
- Calme, mon ami dis-je en caressant sa tête. Les rues sont toutes noires, depuis hier, il n'y a plus d'électricité dans le centre historique. Seule une chandelle sur la table illumine mon logement.
Avant-hier, avant la pluie, j'ai reçu la visite imprévue des contrôleurs de la Mairie et un officiel du Corps des Pompiers pour faire une inspection. Ils ont parlé du risque que j'avais à rester ici. Mais où puis-je aller ? Ici, c'est chez moi. Alors, ils m'ont dit que la Mairie allait m'aider en payant un loyer social. J'ai souri. Il y a cinq ans j'avais entendu cette même discussion qui n'a abouti à rien.
« La Mairie va payer un loyer social pour que tu puisses quitter le bâtiment « , mais la Mairie m’a toujours oublié et je reste dehors pendant les froids hivers.
Je pense à squatter d'autres bâtiments abandonnés, mais ils sont aussi tous en démolition. Hier soir j’ai eu très peur avec le bruit horrible du tonnerre qui secouait tout ici, et pendant quelques instants j'ai pensé que le toit allait nous tomber dessus.
J’étais paniqué, mais j'ai quand même eu le courage de courir avec Faim pour rejoindre l'escalier. En regardant vers la cour du voisin, j'ai vu un nuage de poussière, c'était le toit qui était tombé. J'ai respiré à fond et embrassé mon chien, avec lui nous sommes retournés dans notre logement. L'année passée le toit du fond était tombé, c'était terrible. Je suis très tendu, j'allume un joint pour me calmer.
Aujourd'hui dès l'aube la pluie était si forte que je ne suis pas allé travailler. À midi elle a diminué un peu, mais il y a avait encore de la bruine. Je ne suis pas descendu pour préparer le déjeuner, la cour était inondée et les rats nageaient pour rechercher un abri, Faim leur a aboyé après. On a déjeuné avec du pain et du café d'hier.
De la rue vient le bruit du mouvement rapide de l'eau entraînant tout jusqu'aux pavés. Il fait très froid. Je m'habille chaudement avec un paletot que j'ai gagné en faisant des ménages chez une dame de la rue de Santana. Une fois le travail terminé on avait bavardé devant la porte. Elle avait paru étonnée quand je lui ai dit que je parlais un peu le français. Elle est retraitée maintenant, mais a été professeur de français. Alors, je lui ai dit que j'écrivais un roman en français. Elle a acquiescé et m'a fait entrer, puis elle est allée chercher les livres des plus grands écrivains français : Daudet, Balzac, Victor Hugo, Émilie Zola et autres.
- « Pour toi, mon bon ami. »
J'étais gêné et je restais coi.
-« Merci, madame. Merci beaucoup, Madame» dis-je tout ému . Je les ai mis dans la brouette auprès de la sacoche plastique de vêtements qu'elle m'avait donnés aussi.
-« Combien pour votre travail, monsieur Joseph ?»
-« Rien, madame.»
- « Comment ça rien ?»
- « Non, madame, merci pour les livres et les vêtements. »
- « Alors, ceci c'est un autre cadeau pour toi « dit-elle avec fermeté. Elle a tendu sa main vers la mienne
« Ouvre ta main.» "Je l'ai ouverte et elle a posé un peu l'argent.
« Et maintenant, ferme-la ! « m’ordonna t'elle.
- « Oui, Madame. Merci beaucoup, madame.»
-« De rien, mon futur écrivain je veux lire ton roman, d'accord ?»
-« D'accord !»
le cahier rouge du Père Joseph -VIII
Débuté par R.N.Rodrigues, juil. 25 2011 11:44
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