Entre mer et montagnes où s'essouffle l'Autan
Glissant sur le temps se tient une campagne
Aux sentes accueillantes, douces comm' un sourire,
Celui des souvenirs que maintenant j'arpente.
Ils viennent de l'enfance, l'époque sereine
Quand j'avais pour reine la belle insouciance.
Nulle ombre sur mon âme tout était couleurs
Rien que la douceur d'une vie sans larme.
Nous quittions Le Hâvre pour les vacances
Et changer d'ambiance, délivrés des entraves
Du quotidien gris-vert des cieux de Normandie,
Laissant dans l'oubli maîtres et patrons sévères.
Un long voyage heureux au milieu des bagages
Des rires d'un paysage au ciel blanc et bleu.
Passer la montagne noire aux forêts profondes
où la fraîcheur abonde telle l'onde des lavoirs,
Les plaines blondes et rousses sèches de l'été,
De soleil inondées coulaient en pentes douces.
Au milieu de ces terres, un îlot de verdure,
Quelques rouges toitures écrasées de lumière
Emmargeaient ci et là des vagues émeraudes
D'une canopée chaude d'un Autan las.
Nous étions arrivés à ce hameau tranquille,
Silencieux, immobile, heureux et épuisés.
Nous l'avions tant rêvé au cours du voyage,
Nous vivions le mirage de La Camboussié.
Aux bruits de voiture et aux pleurs du bébé,
Sorti par curiosité la douce figure
D'une petite femme toute ronde et gentille.
Elle s'approcha des filles, dans ses yeux une flamme
Bienveillante couvait et dans un grand sourire
Nous intima de suivre pour faire chauffer le lait
De mon frère pleureur. A la table accoudé
Se tenait le Pépé: deux yeux clairs et moqueurs
Dans l'ombre du foyer, un homme sur le tard
Bien que son regard semblait de fait l'ignorer.
Assis à ses côtés, Jeannot: un homme sec,
Mégot au coin du bec et béret relevé.
Drôle conversation, roulant comme un torrent
De "rrr" tonitruants et pleine de questions:
"Comment ici? Pourquoi?" "Et par quels chemins?"
Pour ces gens, ces Terriens, quittant peu le chez soi,
Que l'on vienne au Pays et surtout d'aussi loin !
Ca les touchait un brin, ils se montraient surpris.
J'avoue que j'en souris, mais avec tendresse...
Car sans qu'il n'y paraisse c'était "parole amie".
De toutes ces âmes bonnes et marquantes,
La plus belle entente vint de la patronne,
Princesse Paysanne, celle qui nous accueillis
En son coeur attendrit: la douce Suzanne...
Il me reste de ce jour le chaud souvenir
Celui de son sourire que je garde toujours.





