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« Sait-on jamais »


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Posté 26 novembre 2018 - 04:26

Ce Toulousain, libraire à la Fnac, a une Åuvre derrière lui, une écriture saluée à ses débuts par Francis Ponge puis Gaston Puel qui lui ont donné des préfaces, et bien d'autres. De « Herbier » (Vagabondages) et « L'Horreur ou la merveille » (Multiples) au « Figuier » ou à « De temps en temps » (Rougerie), une douzaine de recueils et de plaquettes de poésie jalonne un parcours marqué en 1989 par l'attribution du prix Artaud. Puis du prix Max-Pol Fouchet en 1995.

« Sait-on jamais »

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Casimir Prat a publié de nombreux recueils, dont « Elles habitent le soir » (L'Arbre), « La Lampe et le ravin » (Le Dé bleu), « Le Figuier » (Rougerie), et reçu les prix Artaud en 1989 et Max-Pol Fouchet en 1995. Son dernier ouvrage, « Sait-on jamais » a paru chez L'Arpenteur-Gallimard, préfacé par Guy Goffette. Il reprend un recueil antérieur, « Tout est cendre », qu'il complète par des poèmes récents (lire ici ).

Prat reste fidèle ici encore à la tonalité élégiaque de sa poésie : couleurs d'arrière-saison, pluie omniprésente accompagnent cette « méditation sincère et minutieuse du banal » dont parle Goffette. Les gestes du quotidien, précisément rapportés, sont l'expression de nos vies dont le sens échappe, de nos fragilités, de nos peurs sans doute aussi. Par petites touches impressionnistes, l'auteur peint le verre oublié avec son fond de vin où le regard se perd, les pots ébréchés sur la terrasse, autant d'objets qui semblent se survivent et nous parlent de déréliction. De quelque chose de perdu, à travers les réminiscences d'une « autre fois ». Prat écrit au quotidien antérieur, c'est sa façon, en abîme, de créer une profondeur qui est celle même du temps. (« Son poème est le murmure des choses enroulées dans le temps », notait naguère Gaston Puel à son propos).
Mais son écriture est aussi remarquable par la multiplication des parenthèses, incises, retours qui l'émaillent comme autant de corrections au propos, de repentirs inscrits dans la démarche et le rythme même du poème. Ils disent, peut-être, une impossible appréhension de la totalité et conjointement sa nostalgie. Ou l'inadéquation de l'expression et du monde qui, toujours, nous échappe et nous condamne à l'incertitude.
Aussi pénètre-t-on dans cet univers par paliers, au gré d'une parole qui multiplie les questions laissées sans réponses, mais qui du même coup remue en nous une trame d'échos enfouis en même temps que de sensations. Cette poésie de suggestion (quel est cet « irréparable » dont il est tant question ?) qui tutoie un être dont chacun peut se sentir proche, est aussi celle de l'inachèvement. Tel ce poème en chantier évoqué çà et là, qui paraît attendre, dans une autre dimension, un autre lieu, une autre vie, que la contemplation vienne enfin à bout de nos interrogations, quand nous nous usons à chercher sans savoir au juste quoi. Comme un poème qui ouvre son chemin dans l'obscurité de nos vies secrètes.

M.B.
(Article paru dans La Dépêche du Midi du 23 avril 2005)

« Vers la nuit »

La poésie de Casimir Prat, immédiatement reconnaissable à ses incises (parenthèses, retours sur soi, précisions apportées dans le cours du vers, etc.) comme à son insidieuse mélancolie, est cependant bien difficile à définir autrement que par un mariage de contraires. Sa quotidienneté s'impose d'abord à travers la qualité des notations, comme dans ce texte : « Bien des choses sont restées obscures./ Le vin au fond des verres./ Les chaussures en bas de l'escalier. Les trois allumettes usagées à côté de la bougie / (pourquoi trois ?) / Et ta montre cassée, au fond d'un tiroir, avec les poèmes. »
Immédiatement, on retrouve la trame de ses propres jours, mais aussi, dans le même temps, des interrogations beaucoup plus larges et plus vagues, abstraites, presque métaphysiques et quasi sans objets : on ne sait pas toujours de quoi, de qui parle le poète (même si sur ce recueil plane l'ombre amicale de Pierre Gabriel), ni ce que sont ces culpabilités diffuses, ces morts qui passent, ces blessures mal refermées et à peine évoquées. Qu'importe cependant : c'est de l'intime justesse de la parole, de sa tonalité, de l'attitude même que suppose cette écriture fragile, de ce qu'elle traverse et remue obscurément en nous que sourd une poésie de la suggestion et de l'approche en spirale. Véritablement très belle.

M.B.

« De temps en temps »

Les « poèmes provisoires » (Prat a une conscience aiguë du temps) de ce recueil prolongent naturellement la veine thématique des précédents, comme leur tonalité élégiaque. Le long poème Un peu avant ou après semble même constituer une suite à « Elles habitent le soir », recueil qui avait obtenu le prix Artaud en 1989 : on y retrouve, un peu vieillies, les sÅurs et leur univers féminin de frôlements et de nostalgie.
La voix de Casimir Prat, poète toulousain qui fut publié pour la première fois en 1983 par la revue Multiple, reste inchangée, attentive au quotidien, s'appuyant sur les objets et les gestes les plus humbles pour leur conférer une résonance souvent pathétique : aux évocations d'un jardin, d'un enfant, d'une scène de la vie familiale et familière, s'attache toujours l'étrange impression que tout cela est déjà loin et comme perdu. Vu à distance, avec le recul des années. Les réminiscences « d'une autre fois » dessinent des lignes de fuite et créent une profondeur qui est celle du temps, celle de la conscience de la fragilité, de la quasi immatérialité de nos existences.
Cette écriture lente a en somme souci « de choses qui n'existent presque pas » et qui pourtant remuent en nous. Le réalisme pointilleux des notations s'alliant à une sorte de mélancolie presque métaphysique confère au moindre geste, aux chaises oubliées sur la terrasse ou au bol retourné sur l'évier, une aura. Une trame d'échos enfouis, de murmures. De questions qui en disent long sur nos vies secrètes sans appeler pourtant de réponses.

(Article paru dans Poésie 1 n° 43 en septembre 2005)
Michel Baglin

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