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(Anthologie permanente) Eugène Savitzkaya, Ode au paillasson


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Posté 06 mai 2019 - 09:27

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<p class="blockquote MsoNormal" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...ae85f200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Eugène Savitzkaya Ode au paillasson" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a45ae85f200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a45ae85f200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Eugène Savitzkaya Ode au paillasson" /></a>Les éditions Le Cadran Ligné publient <em>Ode au paillasson</em> dâEugène Savitzkaya. <br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />Prière d'Hégésippe Moreau devant Saint-Médard avant d'accéder au paradis sous la forme d'un bièvre.<br /><br />            Petite dame plus bleue que l'azur, petite fille toute menue, Madone des baies rouges, des oranges et des grenades, maîtresse des poissons et des castors, livre-nous ton sang comme miel, donne forme à nos corps défaits, insuffle vie en nous par les os de nos crânes.<br /><br />            Joies ! Joies ! Mille Joies !<br /><br />            Au-dessus du fleuve bouillonne le sang qui est feu, fer et sérum jaune, jaune comme la pierre soufrée. Et le fil noir de la petite mère coud les corps morcelés de la grande hécatombe des anges.<br /><br />            Joies ! Joies ! Mille Joies !<br /><br />            Ils tombent comme mouches, étourneaux asphyxiés par les fumées s'élevant du cratère où on mêle le vin et l'eau, poissons tirés tordus de la fournaise, feuilles enflammées, chauves-souris s'échappant des cheminées avalées par le soleil dévorant comme l'éternelle cible que visent tous les tueurs de la terre de toujours.<br /><br />            Joies ! Joies ! Mille Joies !<br /><br />            Et leur sang coule dans la coupe et descend dans les entrailles de la planète, participant à ses lentes moisissures, à ses diastases et cristallisations. D'abord la puanteur des fosses et des salles souterraines, puis odeur de famille de toutes les progénitures terrestres se bousculant, se recouvrant, se stratifiant dans la belle paix des profondeurs, dans la neutralité générale des abîmes d'où les expulsera le feu fondateur...<br /><br />            Joies ! Joies ! Mille Joies !<br /><br />            ... Le grand feu qui marche vers le néant des choses, des êtres, des éléments, des transformations, vers le néant du feu lui-même, producteur de fumées et de scories, créateur d'astres de pierre et d'eau, se nourrissant de poussière et de gaz comme d'autres se nourrissent de rats, de grenouilles et de menu fretin, de porcs, de canards, de navets jaunes ou d'hommes et de femmes.<br /><br />            Joies ! Joies ! Mille Joies !<br /><br />            La mort sort des caves au grand air pour secouer ses vieux habits et des nuées d'anges l'accompagnent pour prendre un bain dans le fluide du ciel et pour contempler les étoiles issues de la déflagration primordiale, et leurs excréments angéliques tombent dans les flots, sur les arbres et sur les toits. Tous les enfants sont aux fenêtres ou sur les terrasses pour assister au spectacle des volatiles se croisant et se heurtant comme lors des grands balais d'étourneaux en janvier.<br /><br />            Joies ! Joies ! Mille Joies !<br /><br />            Dans les rues pavées en grès, je vois la lumière, elle est noire comme certains chiffons qu'on agite face aux événements que les humains ont pris l'habitude de nommer fléaux, noire comme le sang coagulé dans les muscles du cÅur en repos létal et dans les canaux figés de la vie.<br /><br />            Joies ! Joies ! Mille Joies !<br /><br />            J'entends les froissements de leurs ailes et les craquements de leurs os. On dirait qu'ils sont vides comme des automates, creux et vides comme si une couturière les avait confectionnés avec les rebuts de son atelier, avec ses vieux moulages, ses armatures cassées et ses tissus dépareillés. Leurs cris, ce sont les loques qui se déchirent, des caleçons usagés qui braient, qui sifflent, qui hoquètent et dont la chaîne cède en pétant, crachant poussière noire comme suie, et les êtres humains et les chiens suffoquent dans cette pluie pulvérulente plus sèche que la plus sèche des farines.<br /><br />            Mère, tendre petite fille, ma douce protectrice, donne-nous ton sang qu'il reflue dans nos artères, et tes liqueurs qu'elles nous fleurissent, qu'elles donnent humidité à nos moelles, que ton frêne renaisse de l'hiver, que crie ton coucou, que mûrissent tes cerises, que fermente ton vin, que ton sang nous revienne.<br />(...)<br /><br />Eugène Savitzkaya, <em>Ode au paillasson</em>, Ed. Le Cadran Ligné, 64 p., 14â¬, pp27 à 29. <a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/05/note-de-lecture-eug%C3%A8ne-savitzkaya-ode-au-paillasson-par-jean-pascal-dubost.html" rel="noopener" target="_blank">Lire une note de lecture de ce livre</a>. <br />            <br />Eugène Savitzkaya dans <a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/"><em>Poezibao</em></a> :<br /><a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/09/eugne-savistzka.html">Bio-bibliographie</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/09/anthologie-p-22.html">extraits 1</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/10/poezibao-a-reu-.html">Nouba (parution)</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/02/anthologie-pe-5.html">extrait 2</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/10/anthologie-p-15.html">extrait 3</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/04/anthologie-permanente-eug%C3%A8ne-savitzkaya.html">extrait 4</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/09/alain-le-bras-portrait-en-pied-plaisirs-solitaires-trois-lettres-%C3%A0-r-v-d-eug%C3%A8ne-savitzkaya-lecture-d.html"><em>Alain le Bras, portrait en piedâ¦</em></a> (par T.Hordé), <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2013/10/notes-sur-la-cr%C3%A9ation-eug%C3%A8ne-savitzkaya.html">note création</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/03/note-de-lecture-fraudeur-deug%C3%A8ne-savitzkaya-par-v%C3%A9ronique-pittolo.html">[note de lecture] &quot;Fraudeur&quot;, d'Eugène Savitzkaya, par Véronique Pittolo</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/03/anthologie-permanente-eug%C3%A8ne-savitzkaya.html">ext.5</a>, <a href="http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/07/savitzkaya.html">(note de lecture) Eugène Savitzkaya, &quot;à la cyprine&quot; et &quot;Fraudeur&quot;, par Jean-Pascal Dubost </a><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/C0Bja9N15R4" height="1" width="1" alt=""/>

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