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(Note de lecture), Antoine Emaz, Sans place et James Sacré, Je s'en va, par Alexis Pelletier


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Posté 15 mai 2019 - 09:04

 

La vie continuée

6a00d8345238fe69e20240a4abb1bf200b-100wiLes éditions Méridianes publient un ouvrage dans leur « Collection Duo » qui rassemble deux poèmes : lâun dâAntoine Emaz, intitulé Sans place ; lâautre de James Sacré, Je sâen va. On lit évidemment avec avidité ce duo. Le poème de James Sacré accompagne celui dâAntoine Emaz et le fait de lire dans le vers prosé de Sacré « lâinsaisissable présent, le vivant / De moins en moins net », on ne peut sâempêcher de penser ce poème comme une élégie, un chant de deuil pour Antoine Emaz, malgré la date dâachever dâimprimer, février 2019. Et cette élégie accueille la poésie dâEmaz comme un présent ouvert, une voix qui fait venir le monde par le travail de la confrontation des images à la puissance des mots raréfiés et rendus plus sensibles dans ce que James Sacré appelle « le sable du temps ». La syntaxe de Sacré est bien là : elle qui convoque la simplicité pour interroger le monde « Jusquâà quelle nuit ? ». Elle sait aussi que le présent de lâécriture est une solitude qui porte, dans le désarroi, la marque de lâamitié des mots partagés. Je sâen va, qui force la langue, nomme évidemment le on si révélateur des poèmes dâAntoine Emaz. Et la dernière page du poème de Sacré dâaffirmer discrètement « ââJeââ sâarrête en son mot je. ââOnââ continue de bruire / Comme un je silencieux. » Peut-être faut-il comprendre ici, ou plutôt ressentir dans cette parole dâamitié vivante â la mort nous volant tout de lâami, sauf lâamitié quâon lui porte â que toute lâÅuvre dâEmaz nous est commune. Et câest bien cette parole du commun, au sens le plus fort de ce terme, quâil faut vivre comme un substantif, que Sans place désigne. « tôle bleu / et lâhorizon tremble au soleil », le poème dâEmaz commence et sans majuscule, il nâa pas de commencement puisquâil est déjà là. Et tout arrive à celles et ceux qui lisent : une immobilité du paysage qui avec la lumière donne de « très légers bougés dans la couleur ». Le monde se tient là, il nous invite â au-delà de toute volonté dâimposer une idée ou une sensation â à vivre avec lui, en laissant décanter chaque impression qui vient au corps « selon lâheure / la fatigue ». Et câest le bleu si magnifique du dernier poème de Limite (Tarabuste, 2016) qui vient alors : « Bleu sans arrêt. // Dâun seul tenant le ciel. ». On sâarrête à ces phrases â page 11 du poème dâEmaz â parce que, ponctuées, elles donnent le commun du poème comme un présent dâavenir qui nâaccepte aucune naïveté : « Sans prise devant autour dedans. // Inhumain. // Évidant. » Et, dans le deuil de notre lecture, on aperçoit que le duo Sacré et Emaz, très humainement â pour ne pas dire très existentiellement â assure  que les mots des poèmes permettent aux lectrices et lecteurs de vérifier les leurs.

Alexis Pelletier

Antoine Emaz, Sans place & James Sacré, Je sâen va, Méridianes. Collection Duo, 2019, 14â¬

On peut aussi lire sur ce livre une note de Ludovic Degroote.
Et Poezibao rappelle lâimportant dossier dâhommages à Antoine Emaz publié après sa mort, ce 3 mars 2019.


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