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(Note de lecture), Marie-Claire Bancquart, Terre énergumène et autres poèmes, par Michaël Bishop


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Posté 21 mai 2019 - 11:50

 

6a00d8345238fe69e20240a45eb892200c-100wi« Oui, lâincertaine, lâinsistante⦠» (TE, 318) écrit Marie-Claire Bancquart dix ans avant de nous quitter, pensant à cette trace de chaleur et de lumière que laissent les mots inscrits sur lâà peine envisageable page de lâêtre toujours renouvelant sa blancheur. Mais le consentement lâemporte au-delà de lâaveuglement, du doute, de lâangoisse, le oui sâavérant implacablement, comme par une improbable fatalité surgissant de ce lieu/non-lieu que tous ses gestes cherchent à creuser, signe dâamour, de compassion, dâaffinité au cÅur de lâénigme de ce qui est, de ce qui nous est donné à voir-méditer-vivre selon nos urgences. « Le plus petit oiseau fait encore une ombre sur la terre » (375), lisons-nous à la presque fin de ce recueil que préface si sensiblement, si pertinemment Aude Préta-de Beaufort, et câest cette ombre, cette présence simultanément urgente, sentie, parfois effleurée, et voilée, élusive, équivoque, qui, dans tout son délicat, précaire et mortel être-là, ne cesse dâattirer lâÅil, lâoreille, tout le corps et lâesprit de cette discrètement courageuse et si inlassablement, si richement curieuse auteure de Proche (1972), de Mains dissoutes (1975), dâOpportunité des oiseaux (1986), dâÉnigmatiques ((1995), dâAvec la mort, quartier dâorange entre les dents (2005), jusquâaux derniers recueils, Qui vient de loin (2016) et Tracé du vivant (2016).

Poète, ainsi, du sensoriel et dâune secrète sensualité, loin du confessionnel dâune Anne Sexton ou dâun John Berryman et pourtant subtilement intime dans son refus de lâabstrayant tout comme dans sa caresse du mythologique et son interrogation résolue de ce quâelle voit comme « le silence des dieux » (305) ou « lâimpossible » (330), Marie-Claire Bancquart reste à jamais la voix dâune immense et sans doute parfois difficile gratitude face à ce qui est et « sans preuve de ce quâest la vie » (366). Ce que Yves Bonnefoy appelle les « choses du simple » restera toujours pour elle source dâénergie, la poussant à « cajole[r] / mord[re] / multiplie[r] le présent » (352). Écrire pour elle devient ainsi ce geste qui se trouve obligé de composer avec les complexités, les frustrations et les offrandes du « provisoire », refusant de « pleurer sur le sacré » et saisissant lâoccasion de sâexpliquer au sein des absences et des fragiles plénitudes de son vécu. Si des sentiments dâexil surgissent, câest toujours par le biais de son corps, pourtant vulnérable, et de son esprit, indomptable, que Marie-Claire Bancquart réussit à se « rapatrier » (cf. 311). Car le monde « est de haute venue », affirme-t-elle (314), et, au cÅur même de ses violences, planétaires et privées, elle sent sâaccomplir, improbablement, quelque chose dâ « Åcuménique » (272), dâunifiant selon des préceptes caritatifs, généreux, « un invisible, lit-on dans Énigmatiques, soyeux / patient ».

Lire Marie-Claire Bancquart, câest entrer dans un monde à la fois de tendresse et de réflexion judicieuse, mesurée, sans prétention mais axée sur une manifeste nécessité de dire vrai, dâhonorer lâexpérience subjective de la vie dans ses coins et recoins les plus apparemment familiers et les plus honnêtement méditables. On la remercie vivement pour tant de fertilité, tant de largesse.

Michaël Bishop

Marie-Claire Bancquart, Terre énergumène précédé de Dans le feuilletage de la terre et de Verticale du secret, préface d'Aude Préta-de-Beaufort, Collection Poésie/Gallimard (n° 541), Gallimard, 2019, 400 p., 9,30â¬


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