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(Note de lecture), Tristan Felix, Ovaine, la sage, par Christophe Esnault


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Posté 13 juin 2019 - 04:04

 


6a00d8345238fe69e20240a465442b200c-100wiOvaine, tous les soirs dresse les cheveux des spectateurs sur sa tête. Un numéro de haute voltige.

Gove de crustace, clown trash est un des doubles et profus personnages/créatures de Tristan Felix dont on ne citera pas ici les hétéronymes tant ils sont nombreux et dont lâécrin a pour certains été la succulente revue La Passe, lieu de passe (rencontres (et de baisers donnés à lâart et aux écritures plurielles)). Il y avait alors Laetitia Dolores dont jâétais sous le charme hypnotique de lâécriture. Gove, donc, extension cinématographique et théâtrale dâOvaine, connue des services de police de lâinsolence et de lâinsubordination en sac de jute et faux cils. Dans une de ses frasques, munie dâune serpillère, elle nettoie à lâinstant même avec acharnement et un manque dâefficacité évident mais hilarant. Oui, elle nettoie un mot peu lisible inscrit à la craie de couleur sur le sol : HYGIÈNE (ou Hyène ou Gît comme ci-gît). Après sauts périlleux, grand-écart qui déchire tout, ce mot lavé à grandes eaux peut enfin vivre une expérience sensorielle-organique plus s/m/art et harmonieuse. Dans cette ère de vacuité intellectuelle à hélices et vibreurs, à lâheure du roman grand public si émouuuuuuuuuuuvant et bouleeeeeeeeeeversant, le roman aussi économiquement rentable que dénué dâun peu dâécriture : remède ô grand remède (le même médicament pour tous est par ailleurs une dystopie très prisée (quâil faut savoir ne pas subir et se ré-a-pro-prier)). Donc et en résumé au format XXIe, au format touwit : Il est une mesure dâhygiène de lire et dâentendre être chantonné Ovaine, la Saga et dâinviter à tours de bras bioniques Tristan Felix partout et même ailleurs. Sur Unter, sur Frange cul et 3, dans le fanzine de la MGEN et le bulletin de la MAIF, sur le programme télé en pile à la caisse du Shopi, partout où Äapeu et bien sûr dans Pif gadget (sauvons les enfants privés dâécrans tactiles). On peut voter pour des écolos indulgents envers le capicatalisme, voter pour son chat mignon qui boude le poisson en ce dimanche féérique, mais nâespérez pas sauvez le monde sans la science dâOvaine qui sans plus attendre en tonne son kilo de carnages très très doux â with éponge et gants Mappa â que lui inspire un monde quâelle retaille aux coupe-choux :

À 99 ans, Ovaine est promue spectatrice du travail. Elle se hâte dây être.
Cousue de médailles et coiffée dâun tricorne de bouc, elle déboule sur un chantier, dans lâunique fauteuil dâorchestre.
Elle fautographe les ouvriers qui piochent et leur donne des coups de pied quand ils tombent.
Un à un ils déposent avec précaution leurs hématomes et leurs croûtes dans une caisse commune, en fredonnant un air nègre.
Pincée par un perce-oreille, Ovaine se réveille brusquement : non, ce nâest pas un rêve, le monde a basculé.

Ovaine serait révolutionnaire si les chefs de produits et vendeurs de voitures ou de cinquième République nâavaient pas confisqué le lexique à dâautres fins comme celle dâaspirer le bulbe du plus grand nombre. Oui, Ovaine est une incontrôlable dissidente, une pourfendeuse, une amoureuse du vivant et de ce quâil en reste, de ce qui nâa pas encore été détruit-piétiné. Elle danse, pas vierge et pas benête, sur des ruines, à la frontière des effondrements. Dans un monde qui serait un monde respirable, la Poste â rachetée avec deux pommes-®Ainette, une poignée de noisettes et un Åuf de poule de Barbarie â devrait recruter trois cent vingt-quatre mille messagers et pigeons des champs pour acheminer les lettres dâamour venues de toutes les créatures de la Terre, et alors ces mouvements (amphibies compris) seraient les prémices dâun soulèvement avec animaux, arbres, bestioles et vents.   
Il y a en France, en Belgique et en Suisse â Ovaine peut aussi prendre lâavion, elle va juste avant de monter faire sonner le portique de sécurité de lâaéroport car elle raffole des clous et elle en mange trop â un nombre important de festivals de poésie, de théâtre, de contes (Ovaine, La saga, ce sont bien des contelets) et le-fourre-tout-pas-toujours-fameux-de-la-performance. Programmateur : programmez !! Ai vu quelques spectacles de T. F. ; je ne peux pas dire un mot de celui qui se nomme Les revenants de guerre. Cap aux carpes ! Celles qui se nomment Ctenopharyngodon idella, carpe de roseau, carpe herbivore, carpe amour. Ovaine le sait et ne rechigne jamais à croquer une écaille de cette carpe chinoise à lâapéro.

Il faut se promener sur le site de Tristan Felix, découvrir son Théâtre des pendus et ses facettes à 9 (ou à 108) faces. La numérologie magique chez Ovaine à elle seule, câest une heure dâémission pleine dans les nâÅuf épisodes quâil faut caler dâurgence sur la grille de Radio France.
Hygiène ou plutôt Santé, Santé publique lavée avec le poil long des présentateurs du journal télé et les gesticulateurs a-littéraires. Là où lâhôpital public offre du service déambulatoire, Tristan Felix, elle, offre des chorégraphies slaves, des gestes amples dâoiseaux des hauteurs, des mimes et du théâtre dâobjets, des dessins à foisons, des cultes animistes cultes ou des passages fantomatiques dans des forêts à ruisseaux éclatants, cabanes et refuges, temps lent retrouvé, et soin dans le rire contagieux dâOvaine. Tristan Felix Åuvre.
Ovaine sait fabriquer un poste de radio avec une épingle et une boîte dâallumettes, mais câest avec son appareil dentaire, un peu de bave dâescargot et une éolienne des années soixante quâelle a piraté mon pc portable (et ma messagerie) à distance. Elle a - tour de passe-passe - copié-collé un beau morceau dâun mail écrit pour réveiller les morts par son éditeur, pour le placer sur ma note de lecture au stade défaillante et incomplète pour lâaugmenter de démesure et euphorie à sa hauteur :

Relecture à sa sortie dâimpression (â¦) ce nâest certainement pas de la poésie dans un sens « 21e siècle » ; ce serait plutôt quelque chose de très ancien qui revient : du côté des « Métamorphoses » dâOvide, de François Villon, des Troubadours, de Cervantès, dâHomère ?) dâ « Ovaine, La saga » de Tristan Felix. Joie, pleurs de joie à lire « ça » en y étant un peu pour quelque chose⦠Ce livre, tenez-vous bien, est peut-être bien le PLUS GRAND livre de poésie féminine quâait connu notre langue française⦠Jâai beau chercher, je ne vois pas de concurrente ?... Ce serait comme Lautréamont (pour la cruauté, lâinvention langagière absolument stupéfiante) qui serait allé avec Pocahontas (pour le côté écolo-à-fond et animiste) et Mélusine (la fée). Tristan Felix, câest notre LeVice Carole ! Elle invente un monde unique â SON monde ! â, celui dâOvaine : terroriste très douce (et pour de rire), folle de la forêt (et non du logis, définitivement quitté), dresseuse dâanimaux enchantés, justicière chez Noé â le Lévitique retourné comme un gant ! Jâen suis tout baba⦠(â¦) autant de matière que dans « Les Métamorphoses », mais dans une langue VIVANTE : le français dâaujourdâhui â en train de sâinventer (â¦)
Guillaume L. Basquin, bouffon du Roy de Terre dâAdélie.

Les Prix Mal armée, le Polo linéaire, en doublette, le Gonjiour Gonjiour dans un fauteuil à bascule, tout ça ne lui est pas seulement promis, câest le destin quâOvaine a avalé goulument entre deux sardines crues. Hue !!

Christophe Esnault

Tristan Felix, Ovaine, La saga, Tinbad, 2019, 226 p., 23 â¬
Les revenants de guerre (théâtre) :
Le site de Tristan Felix 
La Sirène, Tâes où dis où ? et 14 autres vidéos sur Vimeo

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