Aller au contenu

Photo

(Note de lecture), Didier Cahen, Déjà vu, par Esther Tellermann


  • Veuillez vous connecter pour répondre
Aucune réponse à ce sujet

#1 tim

tim

    Administrateur

  • Administrateur principal
  • PipPipPipPip
  • 5 112 messages

Posté 08 juillet 2019 - 01:50

 

6a00d8345238fe69e20240a4969c1e200d-100wiNon ce nâest pas « déjà vu » le récent livre de Didier Cahen, le poème - obligeant de relire le monde dans les trous - là où ne se donne pas sa représentation : quand les mots manquent, les êtres, les voix.
Car nous ne cessons de lâattendre et quelques-uns sommes - pour tous - à vouloir ouvrir les yeux sur le vide, et apprendre. Apprendre ce que révèle le chant qui affleure dans lâappel. Amour, larme, musique ne sont-ils dessous ou dans « un simple courant dâair », sur les bords du corps et de la parole, là où lâAutre toujours se dérobe et reste ?
Oui, il faut faire vite quand le poème passe et restitue : le fruit, le sable, un grain de matière, une virgule et la chair.
Alors le poème passe et restitue, en forme de sagesse, son « plaisir simple ». Il recueille. Des fragments de rêve et dâenfance. Quelques miettes de ciel, « des nÅuds légers dans lâair ». Un peu de pluie, de Toi, et de poussière.
Un peu encore dâêtre, de dernier soir. Pour noter encore - un refrain, un bruit de pas, là où nous sommes - en arrière de lââme - mais dans la langue qui sommeille.
Et lâon veut une fois encore croire, « épier le matin », lâombre où dormir, et le verbe à lâenvers afin de glisser vers lâautre rive, avec ceux qui accompagnent.
Car avec le poème recommence le « Tu » qui ouvre un ici qui perdure et pose lâAilleurs dans les intervalles de la mémoire. Et vient un vers, puis lâautre, quand celui qui écrit se fait poreux afin que le poème donne corps à lâincertain - une vie peut-être, un amour, un deuil ; « un temps pour vieillir » avec ce qui reste.
Ce qui reste « trois fois rien/on croit gagner/la guerre », les yeux sèchent, on cherche à nouveau le sommeil, « on se relève », on se souvient de la rumeur et des empreintes, « on ne sait quel paysage », un été encore, un chien, « une rose intérieure ».
Alors lâ« on vérifie son rêve », lâon se demande pourquoi encore le vent et lâair, une poignée de mots soudain soulèvent lâombre et revient lâépaisseur. On note le rouge, on éclabousse la page dâencre pour inscrire le parfum, le papillon, le juif, on retourne les preuves, « on imagine des vers », « on se console ». « On dit le rien/on égrène lâunivers », « on sâoppose », « on se voit /seul et nu », « on règle la nuit /avec ses propres mains ».

Esther Tellermann

Didier Cahen, Déjà vu, éditions Tarabuste, 2019, 176 p., 14â¬



tqVhvW_ZGeI

Voir l'article complet