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(Note de lecture), Didier Cahen, Déjà vu, par Alexis Pelletier


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Posté 29 juillet 2019 - 08:15

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: center;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';">La musique de <em>Déjà vu<br /><br /></em></span></p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><em> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...16753200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Didier Cahen déjà vu" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4716753200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4716753200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Didier Cahen déjà vu" /></a>Déjà vu</em> </span><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';">de Didier Cahen reprend ou recompose des poèmes publiés dans <em>Un jour même</em> (Apogée 2003) et <em>Les sept livres</em> (La Lettre volée, 2013). À cet ensemble, sâajoutent deux poèmes inédits « Ralentir » et « Détour ». Au bas de la première page de « Ralentir », une phrase agit comme une sorte de clé de lecture pour la totalité du recueil : « Je câest⦠un mot dicté de lâintérieur. » (p.109) Il y a, en effet dans cette écriture une tension vers lâintériorité qui prend à contrepied les marques de notre époque. Ainsi « Faux départ », le premier poème, propose quatre séries de trois tercets qui juxtaposent des sensations : « Tu viens / Le jour se lève / Le monde est symétrique » (p.9). Ici chaque vers peut fonctionner à la fois de façon autonome et sâassocier aux autres, afin de prolonger lâécho de strophe en strophe. Ce tercet est le premier du livre. Le « tu » qui y est lancé ne rencontre son écho que discrètement dans le huitième tercet de la troisième série : « Sans toi / La mémoire doute / Lâamour touche au vertige » (p.17). Et aussi, deux vers avant la fin du poème : « Tout est gravé en toi ». Ce dialogue structure un lyrisme placé sous le signe du commun voire de la communauté. Son expression dit dâabord une absence de complaisance. Le je, certes, se confronte ou plutôt prolonge le tu, par trois fois : « Je est une hiérarchie » (p.13) ; « Le moi est une rumeur » (p.16) ; « Un <em>je </em>ouvre les yeux » (p.19). Mais jamais il ne touche à lâépanchement, comme sâil était dâabord une façon de saisir la multiplicité de ce quâon peut appeler lâexpérience du poète. <br /><br />Cette expérience, dâailleurs se manifeste, non sans une pointe dâhumour mais qui sait parfaitement mesurer son risque, quand par exemple, il est question de lâange : « Lâange parle pour le désir » (p.12) ; « Lâange dort » (p.15) ; « Lâange passe » (p.19) et « Lâange annonce le récit » (p.20). Il y a certes lâexpression toute faite qui surgit et amène une distance avec le poème mais il y a également un ensemble de références qui me fait penser à Edmond Jabès, que Cahen a plusieurs fois commenté. Au début de « Lâauberge du sommeil », par exemple, Jabès écrit notamment : « Avec mes poignards / volés à lâange / je bâtis ma demeure » (Jabès, <em>Le Seuil Le Sable</em>, Poésie/Gallimard, p.99). <br /><br />Ce sont donc ce feuilletage de lâécriture et cette manifestation discrète des références personnelles qui structurent lâespace intime de Didier Cahen. Et les trois parties du second poème de <em>Déjà vu</em>, appelé « Frayeur » confirment cette impression. <em>Je </em>y entre en tension avec <em>on </em>pour « Un chant dâamour / peut-être / le jour venu » (p.23). Et celle-ci de se doubler dâune évolution marquée de lâécriture. La première section est un poème quasi dâun seul tenant puis le flux se brise dans la deuxième avant de se fragmenter complètement dans la troisième. Ainsi il convient de souligner la continuité des vers suivants, pris de la première section de « Frayeur » â « Un simple courant dâair / un chantier corporel / Une coulée dâencre / versée au ras du sol / la poésie sâachève / un coude de phrase opère / Les doigts croisés / pas plus / la vie qui se réveille / Un trou lessivé dâêtre / ainsi de suite / tout vaut réparation / substitution peut-être / On vient / jâexiste au bord des lèvres » (p.25). Le <em>je </em>peut en effet se saisir de la moindre expérience pour affirmer sa place paradoxale. Il se concentre, alors, dans la troisième section de « Frayeur », en « Je me souviens / la quête usée / la soifâ¦// ⦠une voix / des traces de pas / on se demande pourquoi » (p.37). La raréfaction du signe condense donc ce qui, dans la tension lyrique entre le personnel et lâindéfini, devient une sorte de neutre. <br /><br />« Empreintes », le troisième poème du recueil confirme cette impression. On peut y lire le double sens humoristique et neutre à la fois :  « â¦on se dit tu⦠/ ou je⦠» (p.42) Et plus loin : « comme je⦠/ on croit savoir » (p.66). Ou encore « on sort / le je⦠/ on sâhabitude / à moins » (p.69). Lâexpression contenue â le vers de Didier Cahen est le plus souvent bref, rarement plus de 6 syllabes â permet de traverser avec légèreté et profondeur les interrogations comme les illusions de lâécrit. Et aussi toute la cendre que lâHistoire du XXe siècle porte irrémédiablement. Ainsi, la même page peut affirmer « on rate / la marche du ciel » et un peu plus bas : « on déshabille / un grand papillon / juif ». Avec, juste en dessous, à la tourne de la page : « lueur teintée dâespoir / un corps imbibé / -dâêtre » (p.70-71). On sait bien quâà Theresienstadt comme à Auschwitz, le papillon renvoie aux enfants des camps de la mort. Et câest sans doute pour cela que le poème « Empreintes » affirme « un jeu dâenfant / coulé dans le néant / comblé avec des pierres » (p.69). <br /><br />Les pierres sont aussi les poèmes de Didier Cahen qui ne cesse de sâinterroger. Et particulièrement dans le quatrième poème qui est titré « Qui suis-je ? ». En deux sections (A et B), respectivement de 4 et 3 parties, les vers, principalement répartis en quatrains et tercets, construisent une sorte de variation autour de lâinterrogation du titre, en concentrant dâune nouvelle manière les références et les incertitudes du poète. Sous le titre « Décor », on peut, par exemple lire : « Si tout est là / Quel intérieur / Pour la voûte céleste ». Il sâagit dâaffronter ce quâon doit pouvoir appeler un rapport à la transcendance ou à la métaphysique ou, plus exactement, à tout ce qui fait que « la transparence / Ne se voit pas » (p.93) et quâon se heurte à « Lâinfini / En vase / Clos » (p.106). Câest dâailleurs dans « Qui suis-je ? » que le poème déroge au neutre de son énonciation affirmant non pas lâautobiographie mais lâappartenance intime de Didier Cahen à ce quâil écrit : « Comment savoir / Où je me suis trouvé » (p.94). Le masculin résonne ici, même si le souvenir de Jabès nâest de nouveau pas loin. Au début de « Récit », ce dernier affirmait « <em>Il </em>et son féminin <em>Île</em> » (Jabes, <em>Le Seuil Le Sable</em>, p.331). Et Cahen dâécrire, pour sa part : « Je nâexiste pas. Tu es / lâîle. » (p.96). <br /><br />« Ralentir », le poème suivant dans le recueil, prolonge logiquement ce lyrisme qui se retire dans lâaffirmation. « Lâenvers, la nuit du sens, lâhiver⦠/ Sur fond de silence, un monde ouvert / à tous les sens dâhier » (p.119). Apparu dans « Qui suis-je ? », la ponctuation est ici plus présente. Elle façonne un autre rythme, plus en arête sans doute, et plus affirmatif dâun élan ou dâune manière de se confronter au réel. « Comment mieux faire ou fuir, pour éviter la guerre⦠Ici plus de poètes ! « Non-lieu, non-Dieu, non-rien », on ouvre les yeux pour voir, on ferme les yeux pour naître. Je câest⦠un pas de plus, Jérusalem enfouieâ¦, la couverture de chair » (p.129). Il nâéchappe à personne que ce moment en prose ne connaît pas de point final. Il sâouvre vers la lecture sans fin et propose comme des « Détours » à moins que ce ne soit une « Suite ». Et ce sont justement les titres des deux derniers poèmes de lâouvrage. La sensualité y ébauche un pas où « On fait trembler / la chair » (p.142), et demande au « tu » omniprésent dans tout le livre de voir « venir / lâextrême enfance » et de sâen aller. <br /><br />« Va-tâen⦠» est, en effet, la dernière expression du livre. Et lâacte de congédier lectrices et lecteurs doit prendre une signification musicale. Câest du silence que le « tu » surgit dans la première phrase de « Déjà vu », câest sur le silence, à nouveau conquis, que le livre sâachève. Exactement comme la musique naît et sâachève avec et par le silence. <br /><br /><strong>Alexis Pelletier <br /></strong><br />Didier Cahen, <em>Déjà vu</em>, Tarabuste 2019, 176 pages, 14 â¬.<br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/dTSjAqB9sT8" height="1" width="1" alt=""/>

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