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(Anthologie permanente) Jean-Paul Bota et David Hébert Chartes et environs, choix de Matthieu Gosztola


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Posté 30 juillet 2019 - 04:01


6a00d8345238fe69e20240a4bf8830200b-100wiMatthieu Gosztola a proposé à Poezibao une note de lecture de Chartres et environs de Jean-Paul Bota et David Hébert, accompagnée de ces extraits pour lâanthologie permanente du site.


Jâassassinerai un jour mes tableaux.
Chaïm Soutine

Tourmenté, fier, ambitieux pour son Åuvre, rarement satisfait, sa vie de peintre a été une progression inquiète mais continue vers la réalisation de cet ordre interne qui donne leur poids aux Åuvres inspirées [â¦]
Marcellin Castaing in Marcellin Castaing et Jean Leymarie, Soutine, Paris, Lausanne, la Bibliothèque des arts, 1963 

Lèves et couteau en main la nuit ô Soutine pour lacérer ses tableaux...

*

Votre maison est trop belle, je ne pourrai jamais la peindre.
Chaïm Soutine

Natif de Smilovitchi, la maison des Castaing quâil nâa jamais voulu peindre... cette autre, à Lèves, quâil eut envie de représenter : La Maison du Mousseau, une atmosphère sereine quâexprime, baignant un ciel de bleu* et lâor de la façade, maison et végétaux, une palette illuminée... le feuillage des arbres quâallument de fines touches dorées...

*Guillevic

*

La maison de Lèves que fréquentèrent Satie, Cendrars... Soutine donc quây hébergeaient les Castaing...
À songer encore Utrillo et par là-même Valadon, elle la seule relation connue dâE. Satie, au Centre Pompidou, son portrait par S.V... et Vexations quâil composa après leur rupture, mélodie courte destinée à être jouée 840 fois de suite, découverte par J. Cage après la mort de Satie...
Cela encore identiquement à Pessoa-sa malle, les deux pianos désaccordés attachés ensemble emplis de correspondances non ouvertes retrouvées par ses amis au décès dâE.S. dans son studio dâArcueil auquel il refusait lâaccès à quiconque et derrière lesquels se trouvaient des partitions inédites jusquâalors dont celle de lâopéra Geneviève de Brabant quâil pensait avoir égarée... et la collection de parapluies et de faux cols dans un placard ; celle de costumes gris pareils à celui quâil portait en permanence, ceux-là donc dâavance, etc.

Pensée des Nocturnes et Gymnopédies dâaprès la lecture de Salammbô (période Montmartroise) ou celles publiées à Paris en 1888, ô lâannée de naissance de Pessoa, pensée dâelles disais-je & Nocturnes, 1 odeur de peinture à Ch. touchant lâApostrophe...

*

Cliché de 31 à Lèves : les ramasseurs de tilleul parmi lesquels, enfant de L. dont les parents tenaient un bistrot au centre du village, Charlot Cissé que peindra Soutine en 1935-36... Et lââne qui broutait dans leur maison que vendit, devenu adulte, Charlot à la mairie de Lèves, transformée en restaurant scolaire... Soutine, la fenêtre de sa chambre que lâon voit en haut à gauche...

*

Il faut remonter à Giotto pour camper lââne avec autant de naturel, et la modulation laiteuse des bleus et des verts est une réussite chromatique aussi difficile quâexquise.
Jean Leymarie in Marcellin Castaing et Jean Leymarie, Soutine, Paris, Lausanne, la Bibliothèque des arts, 1963

Ou les animaux vivants, période chartraine de Soutine ou nouveau dans son Åuvre du thème ou ça dâaprès les natures mortes, dépouilles de lapins et volatiles des années 20 ou la ferme qui jouxtait le parc dans la propriété des Castaing à Lèves, elle dont peignit à plusieurs reprises Soutine les animaux et Lââne, 1934, pendant du petit Veau référencé dans la collection Castaing... Portraits dâanimaux des années 30 que réalisa Soutine à Lèves ou plus tard. Ainsi encore des Porcs, 1942 conservé au Musée dâArt Moderne de la Ville de Paris... Lââne bleu donc, un rien de rouge ou elle de la signature et lâécho aux touches de rouge (peu) ou quoi de Corot, Constable... ou Le Veau..., tendresse dâeux comme on la retrouve désormais dans les Åuvres de cette période de Soutine...

*

Soutine â les deux versions quâil donna de La Cathédrale et celle de Faibisch Zarfin, lâami de Smilovichi... sa Communiante à lâégal de La Communiante de Soutine...

*

Peintre des bords de la Volma-sa série des Communiants et Le grand enfant de cÅur au musée de Chartres quâachetèrent en 1925 les Castaing pour la somme de 30 000 francs, à rappeler celui-là de Courbet dans lâEnterrement à Ornans, debout au premier plan, ô tableau de Courbet dont on dit quâil inspira à Soutine série sienne des Enfants de cÅur... rouge et blanc et les surplis de la robe avec ça de Courbet donc et Chardin...

`*

La Maison à Oisème, proche Lèves un village au Nord-Est de Chartres et les deux versions, celle-là, vue plus éloignée, le muret dâenceinte de la propriété au premier plan et le blanc avec ça dâUtrillo, verts et bleus et les bruns, une sorte de synthèse entre Cézanne et Courbet dit Jean Leymarie au propos de lâautre version quoiquâà songer pareillement celle-là... ou Courbet à souvenir Soutine et lâEnterrement à Ornans vers lequel il retournait toujours au Louvre. Dâavec Chana Orloff, Louvre et Fouquet, Corot, Rembrandt, Chardin...

*

Visage ridé de O. au marché le samedi et de F. encore & femme aux flancs, battant leur octave, de mousseline, câest là, Chemin de Mémoire, dessous lâogive des branches en allant vers la Chocolaterie, les masques africains à hauteur de genou près le kiosque à musique & dâelles â ici méditant O. et F. â, à la tombée du soir souffle emporté, et la cuillère du déclin, subitement plongée dans la nuit aveugle presque, inspiratrice, taillant dans le froid sa part dâobscurité, jaune et rose et blanc des lys au Marché aux Fleurs... H. : elle chante un plant de lys à la fenêtre de la cuisine, devisant avec lâhier et les roses trémières, rue Muret ou proche lâEure, fleur de Sainte Gudule dit Nerval, une voix sous lâaverse en allant vers la Chocolaterie â pourquoi penser cela ? â Jâaurais voulu humer chaque angle dâétal, remuer mes doigts comme cithare au faîte invisible du chant des gerbes.

*

Parce quâallant, en tête une musique sacrée de Bach, elle aurait joué de cet orgue, ahh, mêlée aux jets dâeaux, place des Épars, le roucoulement des corniches dessus les toits, à pas paisible, elle va ou sâen vient sans doute depuis la Cathédrale et le moût de la neige au parvis, brillant son chiffre dessous lâor des candélabres et là encore aux ramures imaginaires des catalpas et le port vrillé des pampres, qui filtre, un or absorbé presque, ou carte pilée dâétoiles, une constellation de pistils ferme les yeux au sommeil des vitraux, câest en pensée comme elle avance, parlant à son âme, pensionnaire de sa solitude, cela qui à souffles-saccades lâhabite, un verger bleu sâenfonce, par le front, en tous sens, gagnant les artères voltaïques â où se retranche-t-elle ?, entre un mur dâenceinte déjà, une longère frileuse où elle sâabrite, une cuisine au dimanche donnant sur les berges et les tilleuls, vieux, câest ailleurs, ahh lâéclair de rien sur la rivière tremblant du désordre dâaller quâon devine, intensément, ce quâelle pétrit fut un gouffre ou noir au gouffre cramponné tel polype et le silence, rompu : un train tranchant sa courbe épaisse dans la pluie cristallographique, elle avance, parlant à son âme sâemplissant dâun abîme, encore, et la cathédrale, jâentends le Minotaure à la lieue et Thésée, un chenal de lâexistence mêlée au flou des années, ahh fil tiré de vie, et les décors du ChÅur, dessus le maître-autel une Vierge de lâAssomption, mémoire du Titien autrefois à Venise ou..., cela qui trébuche en elle-même derrière le vent levé du poème...


Jean-Paul Bota et David Hébert, Chartres et environs, Éditions des Vanneaux, collection Carnets Nomades, 2019, 15â¬.


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