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(Note de lecture), Werner Lambersy, Du crépuscule des corbeaux au crépuscule des colombes, par Arnoldo Feuer


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Posté 10 août 2019 - 09:13

 

Un humaniste, un vrai !

6a00d8345238fe69e20240a4745438200c-100wiWerner Lambersy nâa pas besoin de mon opinion sur son travail poétique, encore moins dâune note de lecture sur le recueil identifié comme « tristiques pour le siècle présent ». Mais pourquoi devrais-je bouder mon plaisir de partager les élans que provoque sa lecture ?

Éloge de lâéconomie ! Il faut la patte dâun maître pour évoquer tant en si peu de mots. Et pour voir, et faire voir, embrasser, dâun même élan, lâimmense et le minuscule, lâuniversel et lâanecdotique. Tout se contient réciproquement, avec la délicatesse et la grâce de ce qui va de soi, comme lâaube/quâon grignote jusquâau/trognon. Ce même poème qui commençait : Du crépuscule du corbeau/aux crépuscules des/colombes â notez les subtils écarts avec le titre de lâouvrage â réussit à nous faire participer simultanément à deux échelles de perception opposées et produit un effet : la présence. Du grand art.

Mais ce petit volume découvert chez mon libraire ne dit pas seulement que Werner Lambersy, facteur de poèmes, est un maître des mots â on le savait â mais de façon moins attendue, quâil est un humaniste authentique, un philanthrope au plein sens du terme, attentif à restituer ce qui dans lâautre participe de lâuniversel. Une vraie affection est à lâÅuvre pour ses frères et sÅurs en humanité même si Le champ caillouteux/de la nuit reste/à sarcler et quâil faut bien constater la jachère à lâabandon/de lââme.

Le poète ne déborde pas dâillusions sur les locataires du « siècle présent », indifférents à la bonne nouvelle/que personne nâécoute, et cela ne lâempêche pas dâen peupler ses poèmes, papis, fillettes, petite dame, messieurs ridés et sages épouses, sans oublier fleuriste, boucher, ami maghrébin et lui-même, vieux fou, afin que lâinventaire humain soit complet. Tout cela exsude une tendresse mélancolique à laquelle il ne se résoud pas à céder, se décidant in fine à plonger comme la baleine sous/les eaux profondes//du songe merveilleux.

On commence à lire un poète, et on trouve bien davantage. Est-il plus belle récompense quand on finit un livre que de se sentir appelé à le goûter à nouveau ?

Arnoldo Feuer

Werner Lambersy, Du crépuscule des corbeaux au crépuscule des colombes, LâAmourier, 2018, 66 p., 12â¬

Extrait :
Demain
il faudra sarcler encore
le champ

caillouteux
du cÅur et des comètes

retourner
du socle ailé
des charrues de l'âme

les friches
d'une enfance
aux plis de coquelicot

(p. 54)


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