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(Notes sur la création) Olivier Greif : "ne plus vouloir que ce qui est voulu par l’œuvre"


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Posté 24 août 2019 - 05:57

 

6a00d8345238fe69e20240a47a739e200c-100wi« Souvent une Åuvre me vient par le biais dâune idée toute simple (cela peut être un motif de quelques notes), que je griffonne sur un coin de page. Puis je nây touche plus. Je la laisse se nourrir elle-même de lâair du temps, ou plus exactement : je la laisse agir comme un aimant, attirant à elle tout ce qui passe dans sa proximité. Jâaime à allonger cette période où jâai quasiment lâimpression que lâÅuvre grandit sans moi, selon un processus organique qui mâéchappe. Quelques jours ont passé. Ça y est : lâidée a été fécondée ! Parfois je peux presque ressentir lâinstant précis où cette fécondation se produit. Lâidée est devenue un début. Je sais désormais comment commence lâÅuvre. Jâoserais dire : je connais son visage. Quelques mesures sont couchées sur le papier, tel un Åuf. Impénétrables pour lâétranger, mais contenant, comme involuée en elles, lâÅuvre tout entière. Toutefois le moment nâest pas encore venu de composer, ou plutôt dâécrire. Maintenant que lâÅuvre est vivante, en gestation dans le ventre de lâimaginaire, maintenant quâelle possède son identité, je ressens que je dois la laisser croître par elle-même, quâintervenir â câest-à-dire écrire â trop tôt équivaudrait à faire paraître au jour un enfant prématuré. Je retarde avec délice lâinstant où je vais devoir enfermer lâÅuvre derrière les portées de sa prison de papier en les fixant à jamais, la soustrayant à ce monde virtuel, et inaccessible aux néophytes, où elle est sans être, autrement dit : où tout est encore possible. »

Un peu plus loin, dans la même lettre, en 1999 :

« Notre métier consiste précisément à diminuer le plus possible la marge existant entre lâÅuvre telle que nous pouvons la rêver et celle qui restera gravée dans la matière. Diminuer jusquâà inverser la proportion, câest-à-dire jusquâà ce que lâÅuvre incarnée nous semble â car nous en sommes réduits à des spéculations dans ce domaine â sâélever plus haut que ce que nous avions imaginé quâelle serait, quâelle nous surprenne comme nous aurait sans doute surpris lâÅuvre rêvée si nous avions pu lâentendre.
De même quâil faut aux mystiques qui sâabandonnent à la volonté de Dieu, un extraordinaire travail de dépouillement de soi â il leur faut rien moins que renoncer à leur volonté propre â de même la réceptivité quâexigent ces forces inspiratrices de la part dâun artiste pour transiter par lui implique quâil abandonne une certaine part de sa volonté créatrice. Peut-être même toute. Au fond, il faut quâil parvienne à ne plus vouloir que ce qui est voulu par lâÅuvre. Mais faut-il encore quâil apprenne à le savoir. Vous imaginez quel travail dâécoute intérieure, dâeffacement progressif du vouloir, de patience, dâhumilité, cet apprentissage représente ! » (Lettre à Agathe Audoux, le 30 juillet 1999), p. 458)

Olivier Greif, Journal, Aedam Musicae, 2019, 530 p., 32â¬

Image, début du Trio d'Olivier Greif.


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