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(Anthologie permanente) Ron Silliman, choix et traductions inédites de Jean-René Lassalle


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#1 tim

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Posté 06 septembre 2019 - 08:42

<p> </p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...9399f200d-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Livre Ron Spilliman" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4a9399f200d img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4a9399f200d-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Livre Ron Spilliman" /></a>On peut lire <a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/09/po%C3%A8tes-ron-silliman.html" rel="noopener" target="_blank">ici la notice bio-bibliographique</a> de Ron Silliman<br /><br /><strong>Tjanting</strong> (extrait)<br /><br />Pas ceci.<br />Quoi sinon ?<br />Ai recommencé encore &amp; encore. Pas ceci.<br />La semaine dernière ai écrit « les muscles dans ma paume si douloureux dâavoir fendu le croupion rôti que je pouvais à peine tenir le stylo. » Sinon quoi ? Ce matin lèvre boursouflée.<br />Dâà propos vers en lequel. Je débutais redébutais. La lumière grise du jour remplit la pièce jaune dâune sombre façon. Pas cela. La graisse brûlante sâétait répandue à la surface de la cuisinière.<br />Pas cela non plus. Semaine dernière ai écrit « le muscle à la base du pouce si tendu en découpant le bÅuf que jâai pensé avoir une crampe ». Pas ainsi. Alors quoi ? Arriverais-je à commencer ? Ce matin ma lèvre est tendre, défigurée. Étais assis dehors dans une vieille chaise derrière lâanis. Aurais pu lâaborder autrement. <br />Avec stylo différent ce serait différent ? Dâà propos vers en lequel quoi. Des coquelicots poussaient sur le tas de vieux ciment craquelé. Je re- &amp; re-commençai. Ces nuages ne sont pas capables de flamboyer. La pièce jaune a une teinte sobre. Chaque phrase rend compte de sa place. Pas ceci. Vieilles chaises dans lâarrière-cour que lâhiver pourrissait. La graisse sur la cuisinière grésillait &amp; giclait. Même chose mais distincte. Lâodeur dâammoniaque en suspension dans lâair. Pas pas ça.<br />Analogies avec le sable mouvant. Cela non plus. Livre de cambrioleur. La semaine dernière ai écrit « je peux à peine tenir ce stylo ». Papillon blanc au sommet du béton gris. Pas ainsi. Exactement. Alors quoi ? Ce qui sâappelle « gratter » une guitare. Ai découvert que jâavais commencé. Un orange, un blanc, deux gris. Ce matin ma lèvre est enflée, douloureuse. Aucune chose nâest discrète. Jâenfourchai une vieille chaise dehors derrière lâanis. Un brin un bout un comme. Aurais pu le faire différemment. Pilotes &amp; météorologues sâopposent quant au ciel. Chiffre cinq sây inclut. Manière dont les nouvelles pousses sâétendent. Chaque doigt a une fonction particulière. Comme choisir la forme de sa propre exécution. (â¦)<br /><br />Source : Ron Silliman : <em>Tjanting</em>, The Figures 1981. Traduit de lâanglais (américain) par Jean-René Lassalle.<br /><br /><br /><strong>Tjanting</strong> (extrait)<br /><br />Not this.<br />What then?<br />I started over &amp; over. Not this. <br />Last week I wrote âthe muscles in my palm so sore from halving the rump roast I cld barely grip the pen.â What then? This morning my lip is blistered. <br />Of about to within which. Again &amp; again I began. The gray light of day fills the yellow room in a way wch is somber.  Not this.  Hot grease had spilld on the stove top. <br />Nor that either. Last week I wrote âthe muscle at thumbâs root so taut from carving that beef I thought it wld cramp.â Not so. What then? Wld I begin? This morning my lip is tender, disfigurd. I sat in an old chair out behind the anise. I cld have gone about this some other way. <br />Wld it be different with a different pen? Of about to within which what. Poppies grew out of the pile of old broken-up cement. I began again &amp; again. These clouds are not apt to burn off. The yellow room has a sober hue. Each sentence accounts for its place. Not this. Old chairs in the back yard rotting from winter. Grease on the stove top sizzld &amp; spat. Itâs the same, only different. Ammoniaâs odor hangs in the air. Not not this. <br />Analogies to quicksand. Nor that either. Burglarâs book. Last week I wrote âI can barely grip this pen.â White butterfly atop the grey concrete. Not so. Exactly. What then? What it means to âfiddle withâ a guitar. I found Iâd begun. One orange, one white, two gray. This morning my lip is swollen, in pain. Nothingâs discrete. I straddled an old chair out behind the anise. A bit a part a like. I cld have done it some other way. Pilots &amp; meteorologists disagree about the sky. The figure five figures in. The way new shoots stretch out. Each finger has a separate function. Like choosing the form of oneâs execution.<br /><br />Source : Ron Silliman : <em>Tjanting</em>, The Figures 1981.<br /><br />------------------------<br /><br /><strong>Paradis</strong> (extrait)<br /><br />            Parfois je rentre à la maison du travail tellement fatigué que je ne sais pas si je dois pleurer ou vomir ou rester couché au sol en tremblant.<br />            La pente est appelée ligne de chute et on remonte la butte avec les skis perpendiculaires à elle. Dans les refuges les boxes sont comme des petites cellules de prison construites en bois. Le moniteur de cross a décidé quelle fille pour le week-end. Je ne dis pas une femme. Neige aveuglante.<br />            Avion à réaction gros et lent, bas sur lâhorizon. Ses yeux à elle sur moi larges et marron. Aucune douleur nâégale le souvenir dâune douleur. Suis impatient de sentir comment chaque mot prendra son temps à sâécrire. Comme lorsque dans le journal un article sur lâart de chevaucher un chameau nous tire des larmes. Sergés plissés pour chinos pur coton. Ma vie nâest pas ton symbole. Les historiens extraient leurs rimes des faits. Alias voulant, verbe transitif. Tu te souviens des jours où Bob fumait de lâherbe <em>tout</em> le temps ? Eh bien Masanori Murakami a été transféré. Toi aussi tâes un coco. (â¦)<br /><br /><br />Source : Ron Silliman : <em>Paradise</em>, Burning Deck 1985. Traduit de lâanglais (américain) par Jean-René Lassalle.<br /><br /><strong>Paradise</strong> (extrait)<br /><br />            Sometimes I come home from work so tired that I donât know whether to cry or throw up or lie on the floor, shaking.<br />            The slope is called the fall line and you proceed up hill with your skis perpendicular to it. In the cabin, the cubicles are like small jail cells composed of wood. The cross country instructor has decided which girl for the weekend. I donât mean woman. Snowblind.<br />            Big slow jet, low over the horizon. Her eyes on me wide and brown. There is no pain equal to the memory of pain. Iâm impatient that each word takes so long to write. As when, in the newspaper, an article on how to ride a camel brings tears. All cotton pleated chino twills. My life is not your symbol. Historians eke rhyme from fact. Aka will, verb transitive. Remember the days when Bob smoked dope <em>all </em>the time? Well, Masanori Murakami has been released. Youâre a commie, too.<br /><br />Source : Ron Silliman : <em>Paradise</em>, Burning Deck 1985. <br /><br />--------------------------<br /><br /><strong>Débris de crépuscule</strong> (extrait)<br /><br />Est-ce que tu ressens ça ? Cela fait mal ? Est-ce trop doux ? Tu aimes cela ? Plutôt ceci ? Câest ainsi que tu lâaimes ? Et câest correct ? Il est là ? Il respire ? Est-ce lui ? Est-ce proche ? Est-ce dur ? Il fait froid ? Cela pèse vraiment ? Est-ce que câest lourd ? Tu dois le transporter loin ? Ce sont ces collines ? Câest là quâon descend ? Lequel es-tu ? On est déjà arrivé ? On aura besoin de pulls ? Où est la frontière entre bleu et vert ? Le courrier est passé ? Es-tu déjà passé ? Câest parfaitement relié ? Tu préfères les stylos billes ? Est-ce que tu sais à quel insecte tu ressembles le mieux ? Câest le rouge ? Est-ce ta main ? Veux sortir ? Et le dîner ? Combien il coûte ? Tu parles anglais ? A-t-il enfin trouvé sa voix ? Ceci câest de lâanis ou du fenouil ? Tu es déjà défoncé ? Mal à la gorge ? Tu peux distinguer lâaneth si tu en vois ? Tu sens quelque chose qui brûle ? Tu entends une sonnerie ? Tu nâentends pas un gémissement, un miaulement, des pleurs ? (â¦)<br /><br />Source : Ron Silliman : <em>Sunset Debris</em>, Ubu Editions 2002. Traduit de lâanglais (américain) par Jean-René Lassalle.<br /><br /><br /><strong>Sunset Debris</strong> (extrait)<br /><br />Can you feel it? Does it hurt? Is this too soft? Do you like it? Do you like this? Is this how you like it? Is it alright? Is he there? Is he breathing? Is it him? Is it near? Is it hard? Is it cold? Does it weigh much? Is it heavy? Do you have to carry it far? Are those the hills? Is this where we get off? Which one are you? Are we there yet? Do we need to bring sweaters? Where is the border between blue and green? Has the mail come? Have you come yet? Is it perfect bound? Do you prefer ballpoints? Do you know which insect you most resemble? Is it the red one? Is that your hand? Want to go out? What about dinner? What does it cost? Do you speak English? Has he found his voice yet? Is this anise or is it fennel? Are you high yet? Is your throat sore? Canât you tell dill weed when you see it? Do you smell something burning? Do you hear a ringing sound? Do you hear something whimpering, mewing, crying? (â¦)<br /><br />Source : Ron Silliman : <em>Sunset Debris</em>, Ubu Editions 2002. <br /><br />----------------------<br /><br /><strong>You</strong> (extrait)<br /><br />Rêves durs. Lâinstant où tu reconnais que ta propre mort est tapie quelque part en attente dans ton corps. Un bateau solitaire définit lâhorizon. La pluie nâest pas sûre à boire. <br /><br />A Grozny, à Bihac, lâidée de lâhistoire frissonne à chaque nouvelle explosion. La rose est couchée abandonnée, piquants farouches en bordure dâune fosse commune. Entre les classes buvant café fort, des hommes jeunes discutent la valeur dâun pronom. <br /><br />Quand cela tu vois, rappelle-toi. Une note dans une bouteille ballotte sur une mer de dessin animé. Le nom de lâopérateur radio est LâÉtincelle.<br /><br />Main esquissée en peinture sur un mur de briques. Orage changeant un terrain de jeu en marécage. Enfin nous repérons le canard en bois sur le lac médian. <br /><br />Le tableau de bord de ma voiture tel le clavier dâun piano. Partout des animaux-jouets.<br /><br />Soleil qui sâenfle dans le ciel matinal.<br /><br />Type avec trois bics clippés au col de son sweat traîne les pieds dâune table à lâautre, cherchant à sâéloigner de lâair froid de janvier qui perce par la porte du café, un haut gobelet en styromousse dans une main, <em>De la Grammatologie</em> dans lâautre. Dehors un chien est attaché à quelque banc désert, un vélo enchaîné au panneau Défense de Stationner.<br /><br />Source : Ron Silliman : <em>The Alphabet, </em>University of Alabama Press 2008. Traduit de lâanglais (américain) par Jean-René Lassalle.<br /><br /><br /><strong>You</strong> (extrait)<br /><br />Hard dreams. The moment at which you recognize that your own death lies in wait somewhere within your body. A lone ship defines the horizon. The rain is not safe to drink.<br /> <br />In Grozny, in Bihac, the idea of history shudders with each new explosion. The rose lies unattended, wild thorns at the edge of a mass grave. Between classes, over strong coffee, young men argue the value of a pronoun.<br /> <br />When this you see, remember. Note in a bottle bobs in a cartoon sea. The radio operatorâs name is Sparks.<br /> <br />Hand outlined in paint on a brick wall. Storm turns playground into a swamp. Finally we spot the wood duck on the middle lake.<br /> <br />The dashboard of my car like the keyboard of a piano. Toy animals anywhere. <br /> <br />Sun swells in the morning sky.<br /> <br />Man with three pens clipped to the neck of his sweatshirt shuffles from one table to the next, seeking distance from the cold January air out the coffee house door, tall Styrofoam cup in one hand, <em>Of Grammatology</em> in the other. Outside, a dog is tied to any empty bench, bike chained to the No Parking sign.<br /><br />Source : Ron Silliman : <em>The Alphabet, </em>University of Alabama Press 2008. <br /><br /><br /><strong>Choix et traductions inédites de Jean-René Lassalle<br /><br /><br /><br /><br /></strong></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/fhLbBtCog10" height="1" width="1" alt=""/>

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