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(Note de lecture), Guillaume Boppe, Géomancies suivi de Paysages avec passants, par Yann Mirallès


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Posté 06 septembre 2019 - 01:57

<p> </p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...016db200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Guillaume Boppe Géomancies" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a48016db200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a48016db200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Guillaume Boppe Géomancies" /></a>Plus quâà une poésie descriptive, à quoi semblent inviter les deux titres du livre, on a affaire ici à des sortes de cartes brouillées, à des espaces « où lâair tremble en tous sens », où « ce quâon voit nâexiste pas / mais parle, pourtant ». Câest que les poèmes de Guillaume Boppe ont la curieuse propriété dâopérer un double mouvement, dâapparence contradictoire, de prolifération et dâévidement.<br /><br />Les lieux sont nommés (par exemple lâIrak, le delta du Mékong, lâAsie, le Vésuve), les effets de réel sont bien là (« le duty free / comme le gravier des parcs », « des fumeurs chinois aux lianes annamites / on dérape dans la boue à gros dos motorbikes », « Les bateaux sur le fleuve fier et plastifié », etc.), mais tout est comme habité par ce que lâauteur nomme dâemblée « hantises » â et que les titres, avec leur référence à la divination ou aux « passants », disent aussi à leur manière. Quâil sâagisse de « souvenir », dâ« esprit errant », dâ« ombres [qui] restent dans la ruelle », dâ« âmes itinérantes » ou « dâindices vieillis », ces « présences » épaississent ou opacifient les lieux et la perception que le lecteur peut en avoir. Dâoù cette impression de lire une poésie littérale (« la forêt sâappellera forêt », « on sâen revient au voyage sans voir », « le reflet qui nâen est pas un / nâest pas un reflet ») et en même temps discrètement (ou parfois plus franchement) métaphorique, qui nâhésite pas à évoquer par exemple (à propos de voyageurs ?) « La fenêtre [qui] les prend dans ses mains /Et les murs [qui] glissent dans leurs peaux » ou encore « la mémoire [qui] joue les épidermes / au ciel de leur sang nuageux ». A la manière des films dâApichatpong Weerasethahul (le tropisme asiatique du premier texte joue à plein, évidemment) où le réel côtoie son double, dans ces poèmes lâarchaïque (tel ancêtre, telle apparition surnaturelle, « les monstres / [qui] meurent de faim / [et que] le jour / [â¦] fait pleurer ») prend place dans le quotidien de « la jungle » ou de nâimporte quels lieu et moment : « Et non loin quel dieu attend, / près de ces deux passants qui cheminent, / là où nul ne chemine, devant nos yeux ? » Chez le poète comme chez le cinéaste, lâirruption de « ce qui hante » et qui prolifère est figuré encore par « les animaux qui approchent », par « des tigres » ou par cet « animal interdit » dont la reprise anaphorique à la fin de <em>Paysages avec passants</em> montre bien la présence têtue.<br /><br />Toutefois ces mêmes lieux sont comme creusés (« la ville se creusera ») par ces « mancies ». La brièveté des textes (souvent un poème sur une demi-page, un peu plus ou peu moins â mais le poème nâest-il pas le livre entier ?) et parfois la valeur aphoristique de certaines notations font dâailleurs de ces poèmes le foyer de « villes vidées » où ne reste quâ« un certain la trace », où « le vide regarde bien » et où lâexpérience se dit aussi par un mouvement de restriction : « câest juste quâil faut suivre / le chemin du soir », « câest juste une aventure câest tout pour le regard ». On comprend mieux alors la fréquence des pronoms et déterminants indéfinis ou des adverbes négatifs, en particulier en fins de pages (« certains », « certaines », « nul », « nulle », « rien », « sans plus loin », « neâ¦pas », « sinon »â¦). Tous semblent faire signe vers une sortie du dualisme présence/absence (proche en cela de la pensée zen ? â tropisme asiatique encore ?), vers « Cette question qui dit tout / [â¦] / et qui ne dit rien » et qui est quête de « quelque chose quâon ne sait pas » plus quâattente dâune réponse, sinon ces deux formules qui seraient peut-être une définition du poème-Boppe : « une encre peinte par personne / sâétend sans rien vouloir dire » et « ne rien être vraiment tout le temps ». <br /><br />Une citation de Pline lâAncien, donnée dans les dernières pages, évoque aussi peut-être ce que font si bien ces poèmes : « <em>De fait la ligne de contour doit sâenvelopper elle-même et finir de façon à laisser deviner autre chose derrière elle et montrer même ce quâelle cache</em> ». Cette « ligne » nâest-elle pas en effet celle employée par Guillaume Boppe lui-même ? Souvent courte, entrainant le poème dans sa chute, en tout cas créant un mouvement de verticalité qui pourrait sâapparenter à une tentative dâévidement, elle ne cesse paradoxalement, par son dit et par son dire, de proliférer â ligne noire des mots « montr[ant] ce quâelle cache » (des lieux, des personnages, des ambiances). Le « nul nâest assis sur les bancs la poésie », ligne énigmatique qui clôt une page, est en cela significatif : on ne sait sâil y a ici retranchement (quelque chose manque au GN final) ou au contraire ajout (ce GN en surplus dâune phrase auto-suffisante) â et câest ce non-savoir, ce maintien dâune tension, qui fait précisément la force de « la poésie » ici â de <em>cette</em> poésie plus largement. <br />                        <br /><strong>Yann Mirallès</strong><br /><br />Guillaume Boppe, <em>Géomancies </em>suivi de <em>Paysages avec passants</em>, Propos2 éditions, 2019 106 p. 13⬠- <a href="http://www.marche-poesie.com/nouveautes-2019/entry/4368/?gvid=27168">sur le site du Marché de la poésie</a><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/czDUdlpNAPA" height="1" width="1" alt=""/>

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