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(Anthologie permanente) Marik Froidefond, Oyats


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Posté 13 septembre 2019 - 08:23

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...31be0200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Marik Froidefond Oyats" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4831be0200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4831be0200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Marik Froidefond Oyats" /></a>Marik Froidefond publie <em>Oyats</em>, avec des dessins de Gérard Titus-Carmel, aux éditions lâAtelier Contemporain. <br /><br />LAISSES D'ENFANCE<br /><br />1.<br /><br />tenter aujourd'hui        aux régions natales et incertaines        le souvenir vandale des ronces            rue du point du jour            elles griffaient les genoux les tibias      en notre jeune sang     lorsqu'on se hissait dans l'embellie             pour cueillir les mûres qui éclataient douces et noires             au tournant du chemin là où de ses mains il avait bâti<br /><br />il ne restait plus qu'un peu d'herbe sur l'emplacement de quoi s'agripper encore en nos mémoires mêlées de rêves<br />nous qui fûmes d'un pays autrefois clair<br /><br />la rue montait plus loin que le petit pont         plus loin que la vieille poste et la route des corneilles continuait jusqu'au minuscule cimetière entre les champs et l'église des moissons          anse d'apaisement        pays des mères et des enclos on exultait dans le soleil<br /><br />refaire du bout du doigt le dessin des dalles polies      alignées droites en longue échine        les noms photos et médaillons des enfants qu'on énumérait on les énumérait toi et moi tout à notre gaieté bourdonnante        avec nos robes courtes et nos bracelets       et on sautait au rythme de la bêche     solange simone louise marcelle la comptine de la Ville-aux-Bois parfois jusqu'à la nuit   la comptine pour se préparer à être terre comme toi<br /><br />les mains arrachaient l'herbe actionnaient le levier      de la fontaine<br />apprivoisant la place<br />et 1'eau glacée éclaboussait nos pieds <br /><br /><br />2.<br /><br />le goût des cailloux bleus sous la langue<br />et les mouches tombées entre les longs rideaux d'enfance<br />quelques unes encore grésillantes au revers du coton<br />en retrouver la simplicité<br />en murmurer le mot<br />ce n'est pas si difficile<br /><br />près du miroir il y avait           le lit cerclé des enfants là où les visages disparaissent des photos       là où la nuit tu étouffais sous les chevaux de la tapisserie si vaste      et giboyeuse d'armes de sabots            de fils rouges et             terreux<br /><br />tu croyais qu'il aurait suffi de dire<br />            <em>je connais les bornes et les barrières <br />            les pistes cavalières et les sentiers<br /></em><br />pour que l'air tout à coup revienne et mate le sifflement <br />de tes poumons<br /><br />mais dans l'enchevêtrement des courbes animales et<br />les bataillons de coudes et de<br />jarrets<br />ça durait au-dessus de ta tête<br />ça durait l'odeur du velours ras<br />jusqu'aux écorces         éparses de l'aube<br /><br /><br />3.<br /><br />entre les briques et les briques<br />tout ce salpêtre<br />creusé ongles nus dans l'été immobile<br /><br />les langues des vaches s'allongeaient pour atteindre les pommes<br />jusqu'à ce que<br />tout à coup la cour<br />devienne trop petite    rétrécie pour le charroi <br />et le gravillon sans poids dans la main<br /><br />on était si jolies et méchantes et si gaies<br />à compter les fraises au pied du mur   à recopier les crinolines des gravures<br />pendant qu'un à un s'ajoutaient les carrés de laine      mêlés aux billes de<br />terre les carrés de laine<br />pour langer les morts futurs<br /><br />            (jeux familiers<br />            dans l'odeur des légumes cuits et des pruneaux<br />            le lapin attendait ventre ouvert<br />            <br />            un aboiement enfin<br />            <br />            traversait la fraîcheur du soir)<br /><br />grenier rapiécé des campagnes comment te dire<br />comment dire le fer repeint chaque été           la craie sur les doigts les dictionnaires<br />appris par coeur et l'essoreuse             dans son bruit de carlingue<br />et comment dire le convoi d'octobre dont les roues<br />ont émietté      les ardoises<br /><br />essaie<br />mais à quoi bon<br /><br />(aussi l'odeur humide la nuit quand ça t'étreint) <br /><br /><br />4.<br /><br />mère aimante les longs matins de givre dans le froissement des feuilles <br />             au-dessus des roches<br />mère déjà si lointaine   transparente parmi les averses trémières et les<br />             minuscules violettes<br />oublieuse de toi de nous à force de chercher aux traînes de l'enfance ta voix<br />             ta voix emmurée<br />transie de petite fille sans mère pour toi mère pour un fils mère<br />inconsolable<br />mère sans voix si sage et muette<br /><br /><br />            (l'enfance passait blottie entre les galets et la laine de verre<br />             on tenait dans nos paumes un instant la chanson du glacier qui allait de<br />                         village en village<br />             pénétrant nos cabanes et les branchages au dessus du ru<br />             Dolloir permanent Dolloir<br />             es-tu l'ombre ou la douleur<br />             es-tu le souvenir du fleuve gelé franchi en une nuit<br />             ou celui du grand yaka le visage mangé par sa cape comme une aile noire<br />                         craquée de froid et de folie sur le paysage d'enfance<br /><br />la peur toujours           saisit les reins comme à cinq ans)<br /><br />nuit si longue aujourd'hui<br />à contempler le peu<br />de jour qui s'efface au bout des branches<br /><br />mère agenouillée près du bois <br />sous la fumée et le trot des loirs<br /><br />(l'enfance appelle dans mes nuits de cave) <br /><br /><br />Marik Froidefond, <em>Oyats, </em>Dessins de Gérard Titus-Carmel, LâAtelier contemporain, 2019, 117 p., 20 ⬠<br />Lire cette <a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/07/note-de-lecture-marik-froidefond-oyats-par-ludovic-degroote.html">(Note de lecture), Marik Froidefond, <em>Oyats</em>, par Ludovic Degroote</a><br /><br />Présentation du livre sur le <a href="http://www.editionslateliercontemporain.net/collections/litterature/article/oyats">site de lâéditeur </a>: <br />« Premier recueil de son auteur, <em>Oyats</em> restitue le cheminement contrarié dâune parole poétique en quête de son lieu propre. Divisée en cinq parties qui représentent chacune lâexploration dâun imaginaire singulier, lâÅuvre procède par avancées, ruptures, rechutes et décalages, et englobe ainsi dans son architecture rigoureuse un itinéraire tout à la fois existentiel et poétique. Elle exprime en acte la nécessité de rompre pour persévérer, de liquider ses héritages, quâils soient fantasmatiques ou biographiques, pour inventer son souffle, sa voix et sa vision. »<br /><br />Marik Froidefond<br />Née en 1979 à Reims. Vit à Lyon. Maître de conférences en littérature comparée à lâUniversité Paris Diderot où elle dirige lâaxe de recherche « Décentrements lyriques » avec Dominique Rabaté. Ses travaux portent sur la poésie du XXe siècle et contemporaine et sur les relations entre poésie, arts (musique et peinture en particulier) et politique. Auteur de plusieurs études sur ces sujets et dâune thèse de doctorat intitulée <em>Images de la suite baroque au XXe siècle</em>. <em>Comment les poètes partagent les fantasmes des musiciens</em>, elle a codirigé plusieurs ouvrages collectifs : <em>Le Modèle végétal dans lâimaginaire contemporain</em> (PUS, 2014), Unité-Pluralité. La Musique de Hans Zender (Hermann, 2015), trois Cahiers Textuel chez Hermann : <em>Que reste-t-il de la beauté</em> ? (2015), <em>« Quelle parole a surgi près de moi ? » Yves Bonnefoy</em> (2016), <em>Formes de lâaction poétique</em> (2017). Elle écrit aussi sur des artistes et pour des catalogues dâexposition, en particulier sur lâÅuvre de Gérard Titus-Carmel : <em>Allées, contre-allées</em> (RMN, 2008), <em>Écarts tracés</em> (Bernard Chauveau, 2013), préface à <em>Chemins ouvrant dâYves Bonnefoy et Gérard Titus-Carmel</em> (LâAtelier contemporain, 2014).<br /><br /><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/cYGQDR09EoQ" height="1" width="1" alt=""/>

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