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(Note de lecture), Ainsi parlait Bernanos, par Pascal Boulanger


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Posté 25 septembre 2019 - 10:01

 

6a00d8345238fe69e20240a4886167200c-100wiCâest peut-être aux poètes, avant tout, quâil faut confier le soin de nous éclairer sur lâÅuvre singulière dâun écrivain et dâun essayiste. Gérard Bocholier, lâinfatigable animateur de la revue Arpa, poète de lâeffacement qui, dâun recueil à lâautre, figure le temporel et lâéternel, nous avait proposé une étude sur Pierre Reverdy : Les chemins tournants de Pierre Reverdy (Librairie Editions Tituli). Il choisit et présente aujourdâhui des Dits et des maximes de vie de Bernanos.

Les romans et les essais de Bernanos, je les ai, pour ma part, toujours lus dans un état de grande fébrilité. Dans la dévastation en cours, lâactualité de ses écrits sâimpose. Il a été le grand oublié des travaux littéraires se réclamant de lâavant-garde (sauf erreur de ma part, pas un mot sur Bernanos dans la revue « Tel Quel »). Et pourtant, pris entre les égarements de « LâAction Française » et ceux des Internationales ouvrières, il est lâisolé absolu :

Il y a des milliers et des milliers de jeunes bourgeois français catholiques, pour lesquels lâEglise nâest pratiquement rien autre chose quâune grandeur dâétablissement. Cette grandeur les exalte, comme elle exaltait Maurras, et ils prennent cette exaltation pour la Foi.

Tout au long du XXe siècle, et jusquâà ce quâil ait cru, hélas ! trouver une nouvelle chrétienté dans lâInternationale ouvrière, un nouveau pape en Staline, notre peuple a été un enfant perdu.

Il est dâailleurs beaucoup question dâenfance â de lâesprit dâenfance â dans les citations choisies. Bernanos nâa jamais été impressionné par les affairistes des Lettres. Son premier livre, Sous le soleil de Satan, il le publie à lââge de 38 ans. Tous ses autres livres sâécriront dans des situations précaires, sur les tables des cafés, en exil (au Brésil durant sept années), et en serrant les dents : Ce que jâécris semble un balbutiement misérable, je ne mâamuse pas, je serre les dents. Il ne conçoit pas la littérature comme un supplément dââme mais comme un rapport charnel avec la vérité, celle du Mal dont il est, comme les écrivains de sa génération, le témoin. Mais un témoin au combat, scandalisé par lâaggravation de la puissance de mort, par la montée des extrêmes et par la volonté de puissance qui nâest que le moteur du ressentiment contre Dieu et les pauvres.

Lâhumilité et la pauvreté sont une façon de se tenir dans lâêtre. Bernanos, comme Pascal, distingue les grandeurs dâétablissement (les grandeurs conventionnelles) des grandeurs naturelles (les grandeurs de lââme). Cette distinction apparaît dans toute son Åuvre.

Il ne sâagit pas dâenrichir le pauvre, il sâagit de lâhonorer, ou plutôt de lui rendre lâhonneur.

Le monde moderne a deux ennemis : lâenfance et la pauvreté.

Lâenfance et la pauvreté, pour Bernanos, sont toujours lavées des couleurs mondaines du politique. Et ce chrétien-là a toujours été dans lâendurance, face aux ténèbres, et dans lâespérance, autrement dit, dans lâesprit dâenfance retrouvé à volonté.

La grâce est une inconnue, par quoi le calcul des réalistes est toujours faussé.

Pascal Boulanger

Ainsi parlait Georges Bernanos,
Dits et maximes de vie choisis et présentés par Gérard Bocholier, Arfuyen (Coll. Ainsi parlait), 2019, 152 p., 14â¬

Sur le site de lâéditeur

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