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(Note de lecture), Embrasse l'ours et porte-le dans la montagne, de Marc Graciano, par Christophe Esnault


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Posté 27 septembre 2019 - 10:08

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: center;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><strong>Au-dessus de la tanière<br /><br /></strong></span></p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...2977e200d-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Marc Graciano embrasse-l-ours" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4b2977e200d img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4b2977e200d-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Marc Graciano embrasse-l-ours" /></a>Faut-il vraiment souffler, à voix basse, le nom de lâécrivain hors dâun cercle de proches ? Cela pourrait être une erreur ; nous sommes tellement bien, lancés sur de longs échanges sur ses textes et sa langue. Le nombre de nos plaisirs nâest pas infini et gardons celui-là : parler et écouter autour de verres de vin, de rhum ou enfumant lâair dâune herbe locale, cela autour du texte et dâun formidable repas, face à la Loire. Improviser des <em>Cahiers Marc Graciano</em> avec J-M, revuiste, avec A. et bientôt sûrement avec L., cela est assez récent dans nos vies et cela sâinstalle comme manger et boire ou comme on parle de nos amours. Pour Maurice Nadeau, il existe une confrérie des lecteurs dâ<em>Au-dessus du volcan, </em>chef dâÅuvre qui a été évoqué lors de « ces <em>Cahiers</em> ». Évoquées aussi les phrases de Claude Simon. Triste de constater que les lecteurs de Claude Simon ou les universitaires qui ont livrés des études sur lâécrivain ne connaissent souvent pas encore lâÅuvre de Graciano. Est attendu (attendu ou fantasmé) le texte qui se situerait au XXIe siècle en connexion directe avec un monde social. Ne pas extraire tant de choses qui chez Graciano parviennent à évoquer notre monde, <em>Notre monde</em> est aussi un film de Thomas Lacoste - je ne le cite pas hâtivement, mais parce que je crois quâil manque des livres en réponse à ce documentaire essentiel - et ce monde politique, économique, sociale est là dans lâÅuvre comme une tension, peut-être dans ce quâil nâest pas, ce quâil nâest plus, dans un chant des disparitions ou de lâoublié, un monde de raretés, dans ces absences sans doute aussi. Avec mon histoire particulière à la chimie, quand je lis dans <em>Embrasse lâours</em> un joli égrainage de noms de plantes et de leurs vertus médicinales, câest un monde immense de soins qui est déterré de son ensevelissement par les firmes pharmaceutiques et qui libère une et des pensées et monde de pensées, de présence au monde, un monde de conscience plus que conscientisé relié à tout moment à la Nature. Cette nature qui si elle est représentée par un animal, un renard où un ours, lâest dâune telle précision que lâon sent le travail de recherche en amont - monde dâérudition -, mais sans trace, sans empreinte, aucune. Avec Marc Graciano, suivre lâanimal, câest être à sa très exacte hauteur, le procédé relève moins de lâart narratif que du chamanisme. Être cet animal et nous le donner à voir et à respirer, entendre ses mouvements. Ce qui se conte en humains, en animaux ou en sÅur de lait, en morts violentes ne mâoblige pas à vous résumer ou décrire un contour de faits, dâactions ou de contexte historique, dévoiler vous empêcherait dâavancer nu(e) et si chaudement vêtu(e) de merveilleux ou de cette mort qui nécessite dâêtre bien vivant (pas si évident) pour la vivre. Être augmenté philosophiquement en lisant Graciano me fait déborder dans un monde sans interlocuteur (dans ma mansarde). Lâaccueil des nouveaux lecteurs doit être régulé, érigeons des murs, grillages ou barbelés, posons des pièges⦠Les comparaisons sont des erreurs, mais sur un registre sensation de lecture, je me sens mieux quand je repose <em>Embrasse lâours</em> comme quand jâai reposé <em>Sidérer, considérer</em> de Marielle Macé et je trouve une connivence entre ces deux écrivains chez qui la portée philosophique use dâune superbe langue ou la langue est un acte de résistance (mot qui a perdu son sens, mais qui peut renaître, avec eux et avec dâautres que lâon sait désormais exister). Si vous aimez les ours, il nây en a pas dans ce dernier texte. Si vous êtes phobique de la littérature urbaine contemporaine, il y en a à sa saturation dans ces pages. Laissez-nous en petit comité, ça nous flatte tellement de nâêtre que quelques rares. <em>Tous sâassirent en cercle autour de lui et le veillèrent, et le pleurèrent, puis, durant la journée qui suivit, ils jeûnèrent tous en signe de deuil et vaguèrent tristement aux alentours pour fagoter du bois mort afin dâétablir un grand bûcher sur la plage de la rivière, et, au soir quand son cadavre fut bien rigidifié, ils lui ôtèrent sa muselière, et, à cause quâil lâavaient serrée trop fortement, elle avait fait se retrousser les babines supérieures, ce qui donnait au vieil ours un sourire sardonique, comme si, par-delà la mort, il se moquait de ce rite funéraire quâon lui donnait. </em>Que deviendrions-nous si un Prix littéraire trop clinquant venait mettre à mal nos cérémonies ou les multiplier ? Pascal Bouaziz, chanteur du groupe Bruit noir, entre désespoir et jeu mégalomane, prétend dans <em>Le Succès</em> : « Un monde dans lequel Bruit noir aurait eu du succès serait forcément devenu un monde meilleur ». Ce qui est vrai pour Bruit noir, lâest aussi pour Marc Graciano. Suffit de troquer le mot succès pour un autre que vous trouverez vous-même, immédiatement après lecture. Ouvrez sentiers, portes et chemins, faites entrer tout le monde.  <br /><br /><strong>Christophe Esnault<br /></strong><br />Marc Graciano, <em>Embrasse lâours et porte-le dans la montagne, </em>Editions Corti, 2019, 184p., 17â¬<em><br /></em><a href="https://poezibao.typepad.com/poezibao/2019/09/anthologie-permanente-marc-graciano-embrasse-lours.html">Lire ce long extrait du livre dans Poezibao</a><br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/lDDS705l1bQ" height="1" width="1" alt=""/>

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