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(Note de lecture), Sous l'imperturbable clarté, de Jean-Marie Barnaud, par Marc Blanchet


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Posté 27 septembre 2019 - 08:48

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...93f00200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Barnaud" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4893f00200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4893f00200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Barnaud" /></a>Accueillir le monde dans ses manifestations les plus simples, du passage des saisons aux travaux des hommes, est un défi sans cesse posé à la poésie. Pareille attention demande une traversée du temps ; pour transcrire cette attention, lâexpérience se révèle autant nécessaire que le désir. Le poème devient la trace de ce qui relève à la fois de la perception et de la surprise ; il nâexclut jamais une narration du monde puisquâil sâagit de témoigner du roman des hommes. La poésie de Jean-Marie Barnaud, présentée dans ce volume sous une forme anthologique et chronologique, raconte cette tension entre les épiphanies dâune vie et lâécriture poétique, entre la possibilité dâun émerveillement lucide et lâinéluctabilité de la mort. Aussi est-elle conscience, mémoire, méditation. De même, tenue par les contraires et les preuves circonstanciées du temps, est-elle une tentative dâéconduire tout contentement, dâaccorder la vie terrestre à ce qui lâenglobe sans la défaire, dâatteindre, plus quâune vérité, un accord avec ce qui se perçoit et se ressent. La plupart des poèmes allient un constat de qui sâenfuit, aux limites de lâadieu, et la possibilité dâêtre là, sans sâabandonner aux affirmations ou aux sentences. Le poème se fait alors mouvant, privilégiant souvent le ton impersonnel, non pour mettre à distance, plutôt pour faire de la pensée du poète une adresse pudique au genre humain. Autant dire que pareille voix lyrique aura de quoi déplaire à certains, puisquâelle réfute les aléas formels qui nâauraient pas leur place dans une fraternité immédiate, sincère, éprouvée à lâaune du temps et du périssable. Câest une poésie exigeante, qui entre dans lâici-bas de lâexistence sans jamais sâabandonner à des évidences béates, ou une morale austère qui avancerait masquée. Par sa brièveté, elle sâarticule dans des images qui, plus que communes, ont la simplicité, et même le bon sens, comme finalité et matrice. Il sâagit, par lâécriture poétique, dâune lecture du monde éprouvée aux événements communs de la vie, mesurée par la vision dâune époque confondue à ce qui le fonde : sa propre fable. Plus quâune poésie de la Présence, les poèmes de Jean-Marie Barnaud se font entendre par leur tenue, leur distance, pour approcher au plus près ce qui est là à disparaître et interroge nos vanités. Ils le font sans plainte ni autorité. Cette poésie pourrait sâapparenter à la tenue dâun journal, peu soucieuse dâune conscience de soi devant lâHistoire, quoique profondément nourrie par les violences de lâexistence humaine. Une poésie se prononçant avec une musicalité liée à sa brièveté, articulée par des résonances internes, précises, choisies, de mots qui viennent parfaire le poème par leur soudaineté, leur manière soit de rétrécir la prétention dâune pensée, soit de lâouvrir hors de tout bavardage â comme ce « coi » au final du poème : « Il ne faut pas sâimaginer / Que nous serons nombreux / Sur ce seuil // MeÌme si les voix briseÌes des amis / Nous parvenaient encore / Comme on crie aÌ la brume sur un eÌtang / Comme on largue les amarres du nautonier / Les mains heÌsitantes et gourdes // Dans la piaule / Dans lâhysteÌrie du clapot // Seul / Pour embouquer les passes / Sans cartes ni portulans // AÌ lâestime / Et dehors le peuple des arbres / BardeÌ dâoriflammes / Se tiendra / Coi. » La poésie de Jean-Marie Barnaud est sous le poids dâune traversée à faire, celle évidemment de la vie, une vie rythmée par la succession des jours, une vie elle-même traversée du désir dâen reformuler les enjeux, les dangers, les conforts. Parole vigilante, jamais âpre quoiquâaigüe en ses expressions, cette poésie pose continûment lâhomme devant la fable du monde. Et le questionne sans didactisme sur lâapparence et la vérité, lâenvie et la nécessité. Bien quâancrée dans des formulations et un certain vocable, elle en devient atemporelle. En rejouant la possibilité de dire, elle dit à nouveau les possibilités dâêtre de lâhomme. Elle évolue également dans le temps. Le regard du poète quitte parfois les terres dâune vie naturelle à portée de mains, pour aller dans les villes, où la misère agit davantage. Elle en fait part là aussi sans jugement, sans leçon â et sans embarras. Elle ne sâappuie sur la pauvreté ambiante pour ironiser sur la parole poétique, dans lâidée dâun dénuement douteux. Elle garde justement en elle une constante, la force dâun surplomb où la valeur dâune image, et la force dâun point de vue, ne sont jamais corrompues. « Ici ou laÌ-bas / câest toujours le meÌme monde / et lâeÌtrange / enfonceÌ comme un coin / dans le jour banal » : à la fidélité de ce sentiment du monde nâaura cessé de se croiser une vision dâune conscience supraterrestre à lâÅuvre dans la chair du monde, dont lâinvisible figure nâest jamais déifiée. De même, la présence de lâêtre aimé, dans la longue vie quotidienne, est saluée hors de toute nomination, sans écarter le poids de la réalité partagée. Enfin, comme si cette poésie affirmait cette évolution où la ville devient société, et la société une inévitable politique qui parcourt le poème, le dernier recueil retenu, <em>Le Don furtif</em>, se confronte aux violences de lâémigration, hors des bonnes consciences, avec une lucidité nécessaire devant la dévastation : « Vrai que maintenant / les drones et les missiles / sont les yeux et la foudre / des nouvelles puissances du ciel / qui toucheraient plus suÌrement / Achille au talon / que la fleÌche de PaÌris // Les dieux aÌ preÌsent / travaillent au scalpel ». <br /><br /><strong>Marc Blanchet<br /></strong><br />Jean-Marie Barnaud, <em>Sous lâimperturbable clarté, choix de poèmes 1983-2014</em>, préface dâAlain Freixe, 261 p., Poésie / Gallimard, 8,50 â¬<br /><br /><br /><strong>Extrait</strong> de <em>Aux enfances du jour</em> (1998), p.152<br />Au cadran des horloges<br />Quâon avise de coÌteÌ<br />Ricochant sur les heures <br />Craintif et courant toujours<br />Lâaiguille peÌse sur les nombres<br />Filant sa ronde <br /><br />Mais il se peut que ces heures soient fictives <br />Et que par en dessous<br />Souriant aÌ la façon dâun ange sans pouvoir <br />Le temps sâouvre <br />Comme une plaine sans fin <br /><br />Elle resplendirait<br />Sâil faut en croire les Livres<br />De ruisseaux et de fleuves de lait<br />Elle porterait des baumes pour les blessures <br />Et des philtres<br />Pour flatter le temps des horloges <br /><br />Et tout serait toujours plus vaste <br />Que le monde<br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/9NSBAM3ErYQ" height="1" width="1" alt=""/>

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