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(Anthologie permanente) Jean-Gabriel Cosculluela, S’amuïr suivi de Résister aux mêmes


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Posté 18 octobre 2019 - 08:59

 

6a00d8345238fe69e20240a4e094a5200b-100wiJean-Gabriel Cosculluela publie Sâamuïr,
suivi de Résister aux mêmes,
préface de Jean-Michel Maulpoix,
gravures de Gisèle Celan-Lestrange
aux éditions La Passe du Vent.







Vive

à Marina Tsvetaïeva
à Olvido Garcia Valdés

Gorge gelée et ciélée
de la source
Marina Tsvetaïeva

La menace, pesante, de jours
qui ne viendraient pas
Yves Ravey

Mais il est encore une joie
Marina Tsvetaïeva


Elle garde la brûlure
vive
dâun chemin
vers une maison, vers un horizon
qui sâabsente,
elle garde encore
un chant
en retombée
de sa voix,
elle garde
dans ses pas
lâombre
dâun corps
nomade
jamais
délié
de la terre,
ses yeux
ses mains, son corps
se nomment
à peine
jusquâà Elbouga,
elle ne laisse
jamais dâombre
dedans la terre

Un mot encore

Elle tombe
dans tomber,
elle dit
tomber
sans avoir
de ciel
à terre,
portant
lâoubli
et le vif
et le feu ;
le mot
source
gardé
sur son épaule,
elle commence
vive
de tout commencement,
elle ne laisse
jamais dâombre
dedans la terre.

Lâombre
est debout,
extrême limite,
elle tombe
dans tomber.

Lâombre
nâa
pas de lieu,
pas de feu.

La lumière
cèle
lâombre,
vive.

Jean-Gabriel Cosculluela, Sâamuïr, suivi de Résister aux mêmes, préface de Jean-Michel Maulpoix, gravures de Gisèle Celan-Lestrange, éditions La Passe du Vent, 2019, 112 p., 10â¬, pp.51-53.

Note
Dans cette collection, les recueils ont la particularité dâêtre tous suivis dâun entretien en fin dâouvrage, entre lâauteur(e) et Thierry Renard, responsable littéraire des Éditions La passe du vent.
Le mot de lâéditeur : Dans sa préface à lâouvrage, Jean-Michel Maulpoix nous informe : « Mais si la poésie, en son aridité, est une solitude où dominent la rupture et la déliaison, le poète sây montre entouré : ce livre est tout bruissant de noms chers : José Angel Valente, Roberto Juarroz, Marina Tsvetaïeva, Martine Broda, Éric Celan, Thierry Metz, Bernard Noël, Roger Laporte, Ingeborg Bachmann⦠Câest là comme une famille dâêtres proches, présents ou disparus, dont la relecture accompagne et semble même motiver lâécriture. » Tout est presque dit ici, en quelques phrases. Ce livre est le livre des rencontres, le livre des poètes et des artistes amis. Un grand livre simple, dans sa nudité, son dépouillement. Un livre, donc, comme lâaffirme encore lâauteur de la préface, À la croisée des voix. Et, pareillement, à la croisée des langues⦠Jean-Gabriel Cosculluela est un poète qui non seulement vit en poésie, habite le monde en poète, mais qui côtoie les autres poètes, morts et vivants, dans une « haute » proximité. Sa voix nous parvient jusquâà lâoreille, à la fois grave et douce. Jean-Gabriel Cosculluela est un esprit rare, tendu, sur le fil de sa propre langue.


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