Aller au contenu

Photo

(Note de lecture), Mémorial de la terre océane et Thoreau compagnon de route, de Kenneth White par Olivier Penot-Lacassagne


  • Veuillez vous connecter pour répondre
Aucune réponse à ce sujet

#1 tim

tim

    Administrateur

  • Administrateur principal
  • PipPipPipPip
  • 5 163 messages

Posté 31 octobre 2019 - 10:58

<p> </p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...7edb6200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Kenneth White mémorial de la terre océane" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a497edb6200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a497edb6200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Kenneth White mémorial de la terre océane" /></a>Alors que lâécopoétique, qui retenait à peine lâattention hier encore, devient une mode universitaire, souvent complaisante, molle et confuse, la parution de deux ouvrages de Kenneth White permet de rappeler et de souligner plus que lâactualité, la radicalité critique du projet géopoétique dont il trace les lignes de force et définit les contours depuis plusieurs décennies.<br /><br />La parution, en édition bilingue, de <em>Mémorial de la terre océane</em> (Mercure de France) et celle de <em>Thoreau compagnon de route</em> (Le Mot et le reste) ne concèdent rien à lâair du temps. Pour qui connaît lâÅuvre de White, le contraire eût été surprenant. Lâactuelle prise de conscience du saccage écologique planétaire ne lui est certes pas indifférente, bien au contraire, mais il y a loin de cette prise de conscience inquiète à lâouverture dâun espace de vie et de pensée. « Pour ma part, écrit lâauteur de <em>LâEsprit nomade</em>, des <em>Lettres aux derniers lettrés</em> ou dâ<em>Une stratégie paradoxale, essais de résistance culturelle</em>, je reste fidèle à la Terre, convaincu que cette situation extrême peut être le lieu dâune activité de lâesprit à la fois plus large et plus fine. » <br /><br />Recueil de haut vol, <em>Mémorial de la terre océane</em> sâouvre magnifiquement sur une dépression tempétueuse, lieu inaugural de lâ<em>opus poeticum</em>, et se referme sur un rêve hyperboréen, « là-haut en Alaska » : « ici nous ferons battre le tambour du temps ». Les poèmes « Lettre à M. Whitehead », « Dans lâarchipel », « Sanctuaire », « Dans lâAltaï », « Sur les traces de Nietzche » ou « Lâitinéraire du cap Leucate » ponctuent les trois « Livres » de cet ouvrage pérégrin déployant, texte après texte, un « savoir sensible », une écriture qui suit « les rythmes de la Terre, les lignes, parfois continues, parfois brisées, du monde ».<br /><br /><em>« Quel langage <br />un tel esprit peut-il inventer<br />quand il se parle à lui-même ? »<br /><br />soit à lâheure émeraude précédant lâaurore<br />ou par les nuits dâétoiles filantes<br /><br />pas seulement un langage « poétique »<br />mais un langage affranchi<br />bondissant et spontané<br />mêlant silences et sonorités<br />qui rassemble une complexe multiplicité<br />en une nouvelle unité.<br /></em>(« Sur les traces de Nietzche »)<br /><br />Aigu, hauturier, géopoétique et « océano-graphique », ce <em>Mémorial</em> va au plus vif : « cosmologie », « littoralité », « écriture » en traduisent le mouvement. White recueille et conserve, consigne et rassemble, tient registre et relate les faits du <em>monde</em>. « Arpenteur des brumes de lâespace et du temps », il prend note, restitue, commémore : le vol des oiseaux, le mouvement des marées, « le silence massif du roc », les noms et les lieux, la carte et le territoire. « Trouver une terre ferme et pouvoir dire enfin : <em>ceci est réel</em> », écrivait déjà au XIX<sup>e </sup>lâauteur de <em>Walden</em>.<br /><a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4c12a37200d-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Kenneth White Thoreau compagnon d e route" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4c12a37200d img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4c12a37200d-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Kenneth White Thoreau compagnon d e route" /></a>Car la parution conjointe de <em>Thoreau compagnon de route</em> nâest sans doute pas fortuite. Reprenant quelques-uns des essais sur cet « homme du dehors » qui parsèment son Åuvre (le premier a paru en 1978, le dernier en 2018), White expose en un volume tranchant son long cheminement avec cette figure <em>intègre</em> pour laquelle il éprouve « une sensation dâaffinité extrême ». Voulant « vivre une vie en poète », Thoreau nâhésita pas à rompre pour « ouvrir, vraiment, un <em>autre espace</em> » (p. 89), à changer de terrain pour élaborer un nouveau champ de vie et de travail. White en rappelle la radicalité (au-delà des lectures ou des redécouvertes actuelles, toujours bienvenues) : radicalité rare dâune existence quâil faut « penser moins en termes dâexotisme que, tout simplement, dâ<em>exit</em> » (p. 58). Le <em>désaccord</em> de Thoreau avec son époque est profond en effet ; et il ne souffre pas de complaisances ou dâatermoiements. Thoreau « veut <em>sortir</em>, intellectuellement et physiquement », écrit White, « il veut aller <em>dehors</em>, afin de retrouver le Monde ». Mais « retrouver le Monde, cela signifie quoi ? » (p. 51-52). <br />White, et Thoreau avant lui, répondent à cette question, dégageant dans leurs travaux respectifs un « chemin de connaissance ». « Après tous les itinéraires / à travers tous les territoires / une réponse surgit » (« À Roscoff ») : « un champ de forces / un chaos encyclopédique / les strophes dâune catastrophe / avec ses lignes de grâce / et ses exagérations / ses glyphes / et ses ellipses » (« Le complexe centré de Ploumanacâh »).<br />« En littérature, note Thoreau dans son <em>Journal</em>, ce qui est sauvage seul nous attire. Sagesse et douceur sont synonymes dâennui. Ce qui nous ravit, câest le non-familier, le non-civilisé, la pensée libre et vagabonde [â¦]. Un vrai bon livre est quelque chose dâaussi naturel, primitif, sauvage, dâaussi mystérieux et merveilleux, dâaussi ambrosiaque, dâaussi prolifique quâun lichen ou un champignon. » <em>Magnus opus</em> dâune <em>extravagance</em>. Hors les cases et les cadres de lâéchiquier social, loin des sentiers battus et rebattus de lâespace littéraire, Thoreau ouvre « le chemin dâune poétique postmoderne, câest-à-dire ni du moi, ni du mot, mais du monde », commente White. <br />« La terre <em>ferme </em>! Le <em>vrai</em> monde ! Le <em>sens commun </em>! <em>Contact</em> ! <em>Contact </em>! <em>Qui</em> sommes-nous ? <em>Où </em>sommes-nous ? » écrivait Thoreau dans <em>Walden</em>. LâÅuvre de Kenneth White, nomade intellectuel, poète du monde, continue et prolonge cette exigence existentielle et cette économie de vie â « changer de terrain », « élaborer un nouveau champ de lâêtre ». Par avancées, ruptures, tâtonnements, jusquâaux derniers poèmes publiés ce printemps.<br /><br /><em>Mon legs <br />à la stupide société<br />sera un mélange de mépris et dâhilarité<br /><br />à ceux <br />pour qui ma vie et ma pensée<br />étaient un scandale<br /><br />je laisserai<br />au bord du cratère<br />une de mes vieilles sandales.<br /></em>(« Lettres de lâEtna ») â À la mémoire dâEmpédocle) <br /><br /><br /><strong>Olivier Penot-Lacassagne<br /></strong><br />Kenneth White, <em>Mémorial de la terre océane</em>, traduit de lâanglais par Marie-Claude White, édition bilingue, Mercure de France, 2019, 208 p., 19,80â¬<br />et<br />Kenneth White,<em> Thoreau compagnon de route</em>, Le Mot et le reste, 2019, 130 p., 15â¬<br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/ZNsf_fFJoOw" height="1" width="1" alt=""/>

Voir l'article complet