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(Notes sur la création) Jacques Réda, Celle qui vient à pas légers


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Posté 22 novembre 2019 - 01:53

 

6a00d8345238fe69e20240a4c9296b200d-100wi[...] Comment sây reconnaître ? Je crois quâon nâinterroge la poésie quâau moment où déjà elle nous a quittés, elle lâinterrogatrice. Le quâest-ce que câest concomitant de lâacte poétique me paraît impossible. On ne formule quâun quâest-ce que câétait vindicatif ou nostalgique. Et sâil est une réponse à la question que pose la poésie, je ne la vois que dans les poèmes où, comme dans les devinettes en images, les oreilles du loup, lâauréole de lâange ou la taille de la bergère restent confondues aux replis des arbres et des nuages. Parfois je me figure quâil nây a pas de lacune (mais des relations si subtiles, si complexes, quâelles découragent lâanalyse et quâon préfère les nier) entre les arrangements de la réalité et ceux des mots en poésie ; quâun poème, dont on peut affirmer quâil est le comble de lâartifice, appartient tout aussi naïvement à la nature que les cristaux de neige, les fleurs, les tourbillons du vent. Et quâenfin, à certains moments, câest lâénergie du monde elle-même qui choisit de sâécrire, qui nous prend pour transformateurs et reporte dans le langage le silence de son énigme. Cosmologie dâivrogne, mais ivrognerie austère, car on boit peu, vraiment.

Jacques Réda, « LâIntermittent » [1969], in Celle qui vient à pas légers, Fata Morgana, 1985, p. 20.

*

Celle qui vient à pas légers, inexplicablement peut se retirer de lâespace habitable où nous nous tenons dans la faveur de son souffle. Câest alors que notre dépit lâabandonne à son tour à la dégradation des hypothèses. Sans doute elle qui jamais ne nous répond, mais questionne silencieusement dans sa distance, comme si quelque chose en nous aussi pouvait se lever et sâen aller à sa rencontre, sans doute il est tentant pour moi de lâappeler poésie. Et, usant du levier rigide qui, aujourdâhui, dans son illusion dâune approche, porte pesamment la critique dâun ne... que arrogant à un autre ne... que servile, je pourrais même dire quâelle est que poésie, et que la poésie... Mais il ne faut rien dire. Car étant celle qui appelle, il nây a pas de nom qui lui convienne â ni quand elle se retranche, qui réduise ou surmonte lâétendue innommable de son mutisme. Sans rien troubler par lâétendue intérieure où comme entre les mots, sa trace demeure inscrite dans les cristaux de neige, il faut attendre, simplement. Attendre. Alors, peut-être, elle reviendra.

Jacques Réda, « Lâitinéraire » [1969], in Celle qui vient à pas légers, Fata Morgana, 1985, p. 34.

[Proposition de Jean-Nicolas Clamanges]


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