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(Note de lecture), Véronique Daine, Amoureusement la gueule, par Isabelle Lévesque


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Posté 26 novembre 2019 - 11:43

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<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: center;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"><br /><em><strong>Une langue-bélier</strong><br /></em><br /></span></p>
<p class="MsoNormal blockquote" style="line-height: 125%; margin-left: 40px; margin-right: 40px; text-align: justify;"><span style="font-size: 12pt; line-height: 125%; font-family: 'Garamond','serif';"> <a class="asset-img-link" href="https://poezibao.typ...1959f200c-popup" onclick="window.open( this.href, '_blank', 'width=640,height=480,scrollbars=no,resizable=no,toolbar=no,directories=no,location=no,menubar=no,status=no,left=0,top=0' ); return false" style="float: left;"><img alt="Daine-amoureusement-la-gueule" class="asset asset-image at-xid-6a00d8345238fe69e20240a4a1959f200c img-responsive" src="https://poezibao.typepad.com/.a/6a00d8345238fe69e20240a4a1959f200c-100wi" style="width: 100px; margin: 3px 15px 5px 5px; border: 1px solid #969696; box-shadow: 8px 8px 12px #aaa;" title="Daine-amoureusement-la-gueule" /></a>Long adverbe de cinq syllabes pour se laisser bercer, brutalement désorienté par le groupe nominal incisif. Voici le livre de Véronique Daine rouge criant ; si ce nâest pas le sang, câest au moins lâomniprésence brute et vive de sa couleur. Difficile dâéchapper à lâattrait du titre ! Et on commence fort : « Le matin je fais mon matin. Jâavance rêvasse le regard en coin. » Ce sera souvent matin au début des quarante-neuf textes en prose qui constituent ce livre, comme si un oisillon perçait coquille pour sortir sa tête, son bec (sa gueule) vers le jour qui sâouvre.<br />On peut interroger ce mot « gueule », le confronter au « visage » civil et lisse comme un masque, se demander si en écrivant on laisse passer la bête, la féroce, celle qui écrit vociférant « joyeuse ». Lâépigraphe de Bernard Noël y incite : « Il y a cette force [â¦] / Elle fait de la langue une bête joyeuse ». <br />Il faut reprendre les expressions, les réinvestir en fonction du matin nouveau, pour se confronter à lâépreuve de dire ou se taire. Le présentatif « câest », à ce titre, permettra chaque fois de propulser le texte vers une autre direction, une option sémantique possible que le matin suivant pourra réorienter. <br />Le déterminant possessif (« <u>mon</u> matin ») orchestre quant à lui une redéfinition du territoire floué par lâappropriation : <em>Amoureusement la gueule</em> restitue le sacre progressif du moi dans lâespace du poème. Câest alors que le pronom de première personne est transcendé car il restaure la relation au monde et la possibilité de lâécriture dans lâespace personnel dépassé.<br />La dimension orale des poèmes de Véronique Daine incite à les dire, presque les cracher pour expulser quelque chose de vital, féroce ; une injonction primitive et nécessaire se fait jour. Écrire et dire sont inséparables, cette voix veut se faire entendre, câest la voix du corps, un dire qui peut se rapprocher parfois, en moins débordant, de la « boule de gueule à gorge qui grogne » de Christophe Tarkos (<em>Caisses</em>, Éditions POL, 1998).<br />Une autre forme de pulsation syntaxique est assurée par les adverbes, « encore et toujours », qui introduisent fréquemment des segments nominaux, secs.<br />« Les jambes comme ôtées pourtant. Les yeux pour personne. Le souffle dans le ventre. »<br />Ce qui est tapi en soi lâest aussi dans le poème : tout en alerte pour surgir, même bref. Cette poésie de lâalerte inclut des comparaisons : il sâagit de parvenir à formuler, en ayant recours à lâanalogie, lâimpromptu, le brut. Ainsi progresse-t-on dans ce livre, dans cette conquête. <br />Des gestes simples (parler, préparer à mangerâ¦) seront accomplis pour offrir visage â manque <em>la gueule</em>, manque <em>amoureusement</em>. Deux temps sont distingués, deux périodes (deux ères ?).<br />« Il faudrait se quitter et quitter lâautre pour sâenfoncer dans une eau ou quelque chose comme ça. Noir. À moins que ce soit gueule. Il faudrait sâenfoncer dans une gueule qui tiraille et réclame noir. Et amoureusement sâil vous plaît. Sâenfoncer amoureusement. »<br />Les mots aussi sont bringuebalés, leur nature change, un adjectif devenu adverbe ou nom crie dans la phrase :<br />« Le téléphone arrache brutal à la gueule. »<br />Des stratégies sont décrites pour que la gueule reste au premier plan, ne laisse pas le visage venir par-dessus. Des noms sans déterminant proposent un espace pour elle :<br />« Corps. Page. Chambre. »<br />Car lâadverbe du titre est indissociable du vivre et de lâécrire,  il est rouge comme le livre quâaccompagnent les profonds et saisissants carbones rouges carrés et nuageux dâAnne Marie Finné.<br />Pour « faire le matin », des efforts sont tentés, des essais aussi : la pluie qui rappelle un poète (Bonnefoy), « tranquillement là », disparu avec « cette mort quâon ne sâétait jamais figurée ». Beaucoup de choses se passent « dormant » : ce participe présent récurrent augure la durée autant que le travail souterrain (travail de sape ?).<br />Dans ce livre nécessaire, le rouge sâarrache au noir. La voix en lutte se fait orale et familière, redondante et comme du <em>penser  </em>venu en tête et sur feuille : « Jây vais mollo lentement ».<br />Bélier, mufle, tout ce qui affleure. À grands coups, la langue. Tendue pour écrire fort et résister. <br /><br /><strong>Isabelle Lévesque<br /></strong><br />Véronique Daine, <em>Amoureusement la gueule, </em>dessins dâAnne Marie Finné, Lâherbe qui tremble, 2019, 70 p., 13 â¬<br /><a href="https://lherbequitremble.fr/">Site de l'éditeur</a><br /><br /><strong>Extrait (p.51 et 53) :<br /></strong><br />Le matin dans la chambre les yeux gueule le visage gueule les jambes et le corps tout entier gueule. Le ventre aussi. Mais la langue ? La langue rien. La langue muette tue. Non-gueule la langue. Radicale non-gueule. Le corps alors à inventer la gueule. À la lever battre. À sâexténuer pour que ça soit transe en langue. Que ça pulse et pilonne. Que ça soit mufle. Que ça vore increvable au corps. Et quâenfin ça soit de langue loin en gueule.<br /><br />Langue-bélier aux parois du corps. <em>Langue-bélier</em> et ça y est. Ça démarre. Ça cogne et ça boute. Ça cherche ses mots. Monte au cerveau. Ça monte et sâemballe par capillarité. Ça fait corps et câest de gueule. Câest mufle et mâaffame. Ça famine ses mots en moi. Ça me prend mâépouse. Me prend prise épousée à grands coups de langue-bélier.<br /><br /><br /></span></p><img src="http://feeds.feedburner.com/~r/typepad/KEpI/~4/ciqRnZpBcS4" height="1" width="1" alt=""/>

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